Agnès Walch : "Le mariage homosexuel est une révolution anthropologique fondée sur une fausse idée de l'égalité"

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Agnès Walch
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Le mariage a toujours eu pour mission de protéger les enfants. Qu'en serait-il dans le cadre d'un concubinage ou d'un mariage homosexuel ? Éclairage de Agnès Walch, historienne, spécialiste de l'histoire du mariage, du couple et de la famille.

À propos de l'article

  • Créé le 28/05/2013
  • Modifié le 28/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Isabelle Gravillon
  • Édité par :Marine Bisch

Agrégée et docteur de l'université Paris-IV Sorbonne, Agnès Walch est maître de conférences à l'université d'Artois. Elle a notamment publié Histoire du couple en France, de la Renaissance à nos jours (éditions Ouest-France, 2003) ; La Spiritualité conjugale dans le catholicisme français, XVIe-XXe siècle (éditions du Cerf, 2002).

Pèlerin : Au cours de l’'histoire, quelle a été la fonction sociale du mariage ?
 
Agnès Walch : La fonction première du mariage a toujours été de protéger la femme et les enfants de la puissance masculine et des aléas de la vie. Il a été conçu pour cela, conjointement par les autorités civiles et religieuses.

Au cours de l’'époque romaine, de l’'Ancien Régime et même jusqu’à récemment, l'’institution du mariage permettait à une femme de ne pas se retrouver sans protection quand elle quittait sa famille pour se marier : au travers de cet accord, l’'époux était tenu d’'assumer ses responsabilités envers son épouse et les enfants nés de cette union, de subvenir à leurs besoins.

Pour un enfant, naître hors mariage constituait donc un handicap ?

Pendant des siècles, cela a été le cas. Les enfants naturels, souvent appelés des bâtards, n’'avaient aucun droit à l’'héritage. Ils étaient peu protégés dans la mesure où ils ne dépendaient que de leur mère, de sa capacité à les éduquer et à leur permettre d’'acquérir un statut social.

Ce n’'est qu’'en 2006 que l’'égalité juridique entre enfants nés au sein d’'un mariage et ceux nés hors mariage a été reconnue par la loi. Mais du point de vue du droit, la protection dont jouit un enfant né au sein d’'un mariage reste plus affirmée que celle de l’'enfant né d’'un concubinage : lors du mariage civil, les époux s’'engagent à pourvoir ensemble à l’'éducation des enfants et à assurer leur avenir. C'’est inscrit dans le code civil.

Dans le cadre d’'un couple non marié, il n’'y a pas cet engagement vis-à-vis de l’'enfant. Ce sont deux engagements individuels au moment où chacun le reconnaît.

Au regard de l’'histoire, que représenterait l’'instauration d'’un mariage homosexuel ?

Une véritable révolution anthropologique ! Jusqu'’à une époque récente, aucune société n’'a marié des personnes du même sexe. À toutes les époques, toutes ont fondé le mariage sur la différence des sexes et posé comme but premier la procréation.

Aujourd’'hui, cette conception du mariage est attaquée au nom de l'’utopie républicaine telle qu’'elle a été définie en 1789 : liberté (pourquoi interdire aux homosexuels de se marier alors que leur projet ne nuit pas à leur prochain), égalité (tout le monde doit avoir le même accès à la loi), fraternité (ce serait être un mauvais concitoyen de s’'opposer à ceux qui revendiquent des droits).

Or ces arguments sont fondés sur une fausse idée de l’'égalité : être égaux ne signifie pas être semblables.

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Paru le 22 juin 2017

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