Sondage : ce que pensent les Français du "mariage pour tous"

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Sondage : ce que pensent les Français du "mariage pour tous" © Monika Graff / Gamma
Sondage : ce que pensent les Français du "mariage pour tous"
Sondage : ce que pensent les Français du "mariage pour tous" © Monika Graff / Gamma

Dans un sondage exclusif Pèlerin/Ifop, les Français expriment une opinion qui paraît désormais tranchée : 60 % disent "oui  au "mariage pour tous". En revanche, ils disent "non" à 54 % à l'adoption et à 53 % au recours à la procréation médicalement assistée.

À propos de l'article

  • Créé le 29/05/2013
  • Modifié le 29/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Timothée Duboc
  • Édité par :Caroline A. Chabir
  • Publié dans Pèlerin
    6789 du 10 janvier 2013

Faute d'un débat organisé pour connaître les convictions profondes des Français, il faut s'en tenir aux sondages pour évaluer leur opinion. Le dernier en date, que publie Pèlerin, est à cet égard éclairant.

Premier enseignement : le dossier n'est clairement pas inscrit sur l'agenda 2013 des Français, 6 % seulement considérant qu'il s'agit d'une question prioritaire. Est-ce si étonnant ? "En période de crise, les demandes portent d'abord sur l'économique et le social. Du coup, le gouvernement s'est piégé lui-même en traitant ce projet en urgence", souligne Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'institut Ifop.

Deuxième enseignement : le gouvernement voit s'effriter une adhésion qui semblait, hier, acquise. "Si une large majorité, 60 % des sondés, continuent de penser que les homosexuels ont le droit de se marier, ils sont désormais une minorité à estimer que ces mêmes couples devraient avoir accès à l'adoption ou à la procréation médicalement assistée - respectivement 46 et 47 % d'avis favorables", poursuit-il.

Les argument des opposants ont fait basculer l'opinion

Ces chiffres sont à mettre en regard avec ceux d'avant la campagne présidentielle : en juin 2011, 63 % des Français étaient favorables au mariage homosexuel et 58 % prêts à accepter que les couples homosexuels adoptent. "Ce revirement est à mettre en relation avec l'intense campagne menée par les opposants, qui ont visiblement su trouver des arguments convaincants, notamment les droits des enfants", décrypte Jérôme Fourquet.

Ce basculement est particulièrement net à droite : en août 2012, 46 % des sympathisants UMP étaient encore favorables au mariage homosexuel. Ils ne sont plus que 33 % aujourd'hui. Idem pour l'adoption : les 38 % favorables à droite se sont réduits à une peau de chagrin, à peine 22 %. Mais cette opposition tranchée entre droite et gauche ne doit pas masquer des clivages sociologiques plus subtils.

Ainsi, si la situation sociale ou le niveau de diplôme ont peu d'influence sur le positionnement de chacun sur ce dossier, l'âge et le sexe dessinent des lignes de partage marquées. En gros, les jeunes et les femmes se montrent nettement plus "ouverts" que les hommes et les personnes âgées, qui défendent une vision plus traditionnelle de la famille.

Un positionnement étonnant des catholiques

Un élément qui pourrait expliquer le positionnement étonnant des catholiques sur ce sujet. "Si les pratiquants restent le fer de lance de l'opposition au projet, très en décalage avec le reste de la société, quatre sur dix se déclarent favorables au mariage et trois sur dix partisans de l'adoption, ce qui n'est pas rien.

Or, on sait que les femmes constituent la majorité des catholiques pratiquants, ce qui explique sans doute la persistance d'une minorité réfractaire au positionnement de l'Église", souligne Jérôme Fourquet.

Reste une question : les mauvais sondages suffiront-ils à faire reculer le gouvernement ? On peut en douter. "Pour l'électorat de gauche, retirer le texte serait un renoncement de plus et le gouvernement ne peut pas se le permettre. En revanche, si la "Manif pour tous" réunissait beaucoup, beaucoup de monde, cela changerait la donne...", prédit Jérôme Fourquet.



> Lire les résultats détaillés en bas de page.

Le "mariage pour tous" n'est pas une priorité

■ Le projet de "mariage pour tous" arrive bien loin derrière les préoccupations économiques, loin aussi derrière une réforme de la dépendance. Même chez les 18-24 ans, tranche d'âge qui accorde le plus d'importance au mariage homosexuel (12 % l'estiment "tout à fait prioritaire" contre 6 % de l'ensemble des Français).

■ Les militants de gauche sont plus nombreux à estimer le dossier crucial (score le plus élevé, 17 %, chez les électeurs du Front de gauche).

Se marier, oui ; adopter, non

■ Plus on vieillit, moins on est favorable au mariage et à l'adoption par les homosexuels. 38 % des 65 ans et plus soutiennent l'union, pour 75 % des 18-24 ans ; 27 % des seniors défendent l'adoption, pour 62 % des jeunes adultes.

■ L'avis des catholiques se distingue de celui de l'ensemble de la population : seuls 41 % des pratiquants sont pour le mariage homosexuel (60 % des Français) et 70 % sont opposés à l'adoption par des couples de même sexe (54 % de la population).

Non à l'insémination artificielle

■ Le droit à l'insémination artificielle pour les femmes ne recueille plus que 47 % d'avis favorables (56 % en octobre 2012). Si les femmes la soutiennent d'une courte majorité (51 %), les hommes, eux, la rejettent fortement, à 59 %.

■ Plus on vieillit, moins on y adhère : 58 % des moins de 35 ans, mais seulement 42 % parmi les 35 ans et plus, dont 27 % de 65 ans et plus, y sont favorables. Parmi les catholiques, 69 % des pratiquants y sont opposés.

L'union civile plutôt que le mariage homosexuel

■ Plus encore que l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, l'alternative que représenterait une union civile, sans ouverture à l'adoption ni à la PMA, est soutenue par une majorité de Français, les 65 ans et plus et les retraités en tête (69 %), même si les 18-24 ans se montrent plus partagés (favorables à 52 %).

■ Toutes les sensibilités politiques y adhèrent : 70 % des sympathisants de l'UMP, mais aussi 58 % de ceux de gauche. Par ailleurs, cette option séduit les catholiques, pratiquants et non pratiquants confondus (69 %).

■ Retrouver les réactions au sondage exclusif Ifop/Pèlerin

Mariage homosexuel : les Français plébiscitent une union civile déconnectée du droit d’'adoption

Les associations familiales catholiques accentuent l'effort d'explication à l'encontre du mariage homosexuel

L’'association des familles homoparentales s'inquiète du "travail de sape" des opposants au mariage homosexuel

■ Écouter Antoine d'Abbundo, rédacteur en chef à Pèlerin, sur Europe 1, dans l'émission Europe 1 Midi du 11 janvier 2013, "La place de l'homosexualité dans la société aujourd'hui", avec Patrick Roger.

http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Europe-1-Midi/Sons/Europe-1-midi-La-place-de-l-homosexualite-dans-la-societe-aujourd-hui-11-01-13-1375643/

6789 Mariage pour tous les vrais enjeux pour les familles

Mariage pour tous, les vrais enjeux pour les familles, un dossier de 25 pages à lire dans Pèlerin n°6789 du 10/01/2013.

■ Quel enjeux pour les familles? Les clés du débats. Du côté des juristes, des psys, des philosophes et des anthropologues.
■ Église : un accueil encore trop timoré des homosexuels.
■ Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris : "Avec le mariage pour tous, il y aura tromperie sur filiation".
■ Le cas de conscience des parlementaires.
■ Les associations familiales donnent la voix.
■ Quand la procréation médicalement assistée (PMA) fait polémique.
■ En Belgique, un droit banalisé.
■ Trois parents d'homosexuels témoignent.
■ Thibaud Collin, philosophe : "Est-il juste de priver un enfant d'un père ou d'une mère? Voilà la question!".

■  Trouvez Pèlerin chez le marchand de journaux le plus proche de chez vous (entrez "Pèlerin" puis votre adresse postale). 

Retrouver les résultats complets du sondage, un dossier de 14 pages.

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Paru le 7 décembre 2017

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