Devant les députés, trois sociologues livrent des conclusions favorables au mariage homosexuel

agrandir Devant les députés, trois sociologues livrent des conclusions favorables au mariage homosexuel
© Manuel Cohen / AFP
Devant les députés, trois sociologues livrent des conclusions favorables au mariage homosexuel
© Manuel Cohen / AFP

A l'’Assemblée Nationale, les députés ont commencé le 8 novembre les auditions autour du projet de loi visant à ouvrir le mariage et l’'adoption aux couples du même sexe. Reportage sur cette première journée consacrée à l’'approche des sociologues.

À propos de l'article

  • Créé le 28/05/2013
  • Modifié le 28/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Marie-Valentine Chaudron
  • Édité par :Gilles Donada

Trois sociologues étaient invitées jeudi 8 novembre à exposer leurs travaux devant Erwann Binet, député (PS) rapporteur du projet de loi visant à ouvrir le mariage et l’'adoption aux couples du même sexe, et une quinzaine de députés réunis dans une des salles de travail de l’'Assemblée Nationale. Irène Théry, Martine Gross et Virginie Descoutures ont, chacune, fait part de leurs arguments en faveur de la loi.

Irène Théry : "Le fondement du mariage civil a changé"

La première, Irène Théry, a rappelé qu'’en 1999, lors du débat sur le Pacte civil de solidarité (Pacs), elle était contre l’'idée d’un mariage homosexuel.

"J’ai changé d’'avis, a expliqué la sociologue, spécialiste du droit et de la famille. Nous vivons des changements très profonds, qui s’'inscrivent dans une très longue histoire. Il y a 13 ans, il me semblait impossible d’'ouvrir le mariage aux homosexuels car, pour moi, selon ce que j’'avais appris dans mes études de droit, il reposait sur la présomption de paternité. Aujourd'’hui, plus de 50% des enfants naissent de parents non mariés. Le fondement du mariage n’'est plus la procréation mais le couple."

En raison du principe d'’égalité, il doit, pour Irène Théry, être ouvert aux couples du même sexe. "Pour être égaux, il ne faut pas forcément être identique, résume-t-elle. Le mariage est engagement public de deux personnes qui s’'aiment à une communauté de vie. Il repose sur l'’idéal de vivre ensemble longtemps, c’'est une valeur très forte pour nos contemporains, au-delà de la question de la sexualité."

Quel avenir pour les enfants ?

La question des enfants est au cœur des problématiques posées par cette loi qui doit, avec le mariage, ouvrir la voie à l’'adoption. La sociologue, Martine Gross, indique qu'’il existe déjà en France de nombreuses familles homoparentales.

"Impossible d’'en connaître le nombre", précise-t-elle avant de rappeler qu'’il "n’'existe pas de statistiques sur la question puisque ces familles ne sont pas légalement reconnues. Pourtant, elles correspondent à une réalité car beaucoup d'’homosexuels ont des enfants, soit par d’'un mariage hétérosexuel précédent, soit par l’'adoption en tant que célibataire, soit par insémination, à l'étranger, ou système D."

Virginie Descoutures poursuit : "Ces enfants sont juridiquement tronqués d’'une mère, d’'un père, de son nom, de son autorité, de son héritage.… Et si le parent légal décède ? Que va devenir l’'enfant ? L’'autre parent en sera-t-il privé ? Tout cela crée une angoisse terrible pour ces familles."

Martine Gross : "L’'adoption protège les enfants"

"Même si la France autorise l’'adoption par des couples de même sexe, il est peu probable qu'’à l'’international, beaucoup de pays acceptent de confier leurs enfants à des couples homosexuels, estime Martine Gross. Cette mesure permettra surtout à des hommes ou des femmes d'’adopter les enfants de leur conjoint. Il s’'agit surtout de protéger les enfants, c’'est pourquoi l’'adoption doit être ouverte aussi aux couples non-mariés."

Ce point ne fait pas à ce jour partie du projet de loi qui sera sans doute encore l’'objet de nombreuses réflexions et discussions. D'’ici à la fin du mois de décembre, plus de 80 personnes, experts ou témoins, devraient intervenir au cours des 40 auditions prévues par le rapporteur Erwann Binet. Le débat parlementaire débutera dans l’'hémicycle au début de l’'année 2013.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 janvier 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières