Après le mariage, l’adoption pour tous ?

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"Est-ce à l’État de gérer la vie de famille ?" s'interroge la philosophe Marie Gaille, directrice de recherches au CNRS. © Magali Delporte / Picturetank
"Est-ce à l’État de gérer la vie de famille ?" s'interroge  la philosophe Marie Gaille, directrice de recherches au CNRS.
"Est-ce à l’État de gérer la vie de famille ?" s'interroge la philosophe Marie Gaille, directrice de recherches au CNRS. © Magali Delporte / Picturetank

Après un avis favorable de la Cour de cassation à l’adoption par l’épouse de la mère biologique d’un enfant né par PMA (Procréation médicalement assistée) à l’étranger, les associations et spécialistes de l’enfance s’inquiètent.

À propos de l'article

  • Créé le 01/10/2014
  • Publié par :Laurence Valentini
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6879, du 2 octobre 2014

La Cour de cassation – la plus haute juridiction française – a tranché. Saisie par deux tribunaux de grande instance qui souhaitaient des éclaircissements sur la loi Taubira, elle vient de conclure que « le recours à une insémination artificielle avec donneur inconnu, à l’étranger (NDLR : bien qu’interdite en France), ne fait pas obstacle à ce que l’épouse de la mère adopte l’enfant ».

 Vidéo. La cour de Cassation valide les adoptions d'enfants nés de PMA. Source I<Télé.

 


Cette décision a bien sûr provoqué nombre de réactions. Les associations de défense des familles homoparentales se réjouissent « de la prise en compte de l’intérêt supérieur de l’enfant quel que soit son mode de conception ». Pour elles, cet avis « contribue à une meilleure protection de l’enfant en cas de deuil
ou de séparation ».

Les opposants, en revanche, considèrent que la Cour de cassation entérine le détournement de la législation et organise « la fabrication de l’enfant sans père ».

« Les réclamations des adultes ont primé sur l’intérêt de l’enfant, déplore le pédopsychiatre Christian Flavigny. Un enfant a besoin d’un père pour grandir.
C’est la référence centrale, nécessaire à la construction de sa vie psychique. Sous prétexte de le protéger, on le prive de cette sécurité fondamentale et on met une femme à la place. Même si elle sera une bonne « éducatrice », c’est une falsification ! On a simplement aboli la logique de filiation. »

« Dire qu’il n’y a pas de père repose sur un malentendu »

Un point de vue que tempère la psychanalyste, Geneviève Delaisi de Parseval (Auteure de Voyage au pays des infertiles, Éd. Odile Jacob, 2014, 208 p. ; 21, 90 €.) :

« Ce qui est important pour un enfant, c’est d’avoir deux parents. Bien sûr, il vaut toujours mieux grandir dans le schéma traditionnel, entre un homme et une femme, mais j’ai constaté que deux mamans qui élèvent un enfant, ça fonctionne ! Dire qu’il n’y a pas de père repose sur un malentendu. L’enfant sait très bien qu’un homme est à l’origine de sa naissance. De plus, les femmes homosexuelles, recourant à la PMA à l’étranger, acceptent dans leur grande majorité qu’il ait accès  à ses origines, donc à son père, une fois adulte. »

Pour la philosophe Marie Gaille, directrice de recherches au CNRS, c’est aux questions soulevées par les nouvelles formes de vie familiale qu’il faudrait s’intéresser : « Qu’il s’agisse des familles monoparentales, recomposées ou homoparentales : quel choix de société fait-on ? Est-ce à l’État de gérer la vie de famille ? Est-ce à la société de prendre en charge le désir personnel d’enfant ? Quid des pratiques médicales controversées comme, par exemple, la gestation pour autrui… » Au-delà des positions idéologiques des uns et des autres, sans doute aurait-il fallu un vrai débat, pédagogique et respectueux, et non pas se contenter de l’air du temps pour légiférer sous prétexte que la société évolue.

De son côté, l’association La Manif pour tous rebattra le pavé dès le dimanche 5 octobre 2014. Convaincue que l’avis de la Cour de cassation, même s’il n’est que consultatif, incitera les couples de femmes à avoir recours à la PMA à l’étranger, Ludovine de La Rochère, sa présidente, s’inquiète :

« Après la PMA, ce sera la GPA – gestation par autrui –, qui se trouvera encouragée avec toutes les dérives et les conséquences qui en découleront. »

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Paru le 14 juin 2018

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