Macron triomphe, la participation s’effondre

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© Damien MEYER / AFP
Macron triomphe, la participation s’effondre
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Vainqueur sans appel du premier tour des législatives, La République en marche, parti du président de la République, devrait obtenir une majorité écrasante dimanche prochain. Notre chroniqueur, Alain Duhamel, décrypte ce véritable tsunami électoral, sur fond d’abstention record.

À propos de l'article

  • Créé le 13/06/2017
  • Publié par :Alain Duhamel
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    13 juin 2017

D’abord l’abstention, un record pour cette élection. Elle traduit une grande fatigue démocratique et une large démobilisation citoyenne, qui sont à la fois très inquiétantes et tout à fait explicables. Inquiétantes car ce scrutin est essentiel : c’est à l’Assemblée nationale que se concentre le pouvoir législatif, bien davantage qu’au Sénat, et c’est aussi là que s’exerce l’indispensable contrôle du pouvoir exécutif. Explicables car, suite au lancement des primaires début 2016, la campagne électorale aura duré… dix-huit mois ! Nombre de citoyens en ont par-dessus la tête.

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Par ailleurs, depuis que les législatives ont lieu cinq semaines après le deuxième tour de la présidentielle, la participation ne cesse de baisser. Beaucoup d’électeurs considèrent que tout est joué d’avance, les élections législatives n’étant que la confirmation du scrutin précédent. De plus, il y a cette fois des circonstances particulières : nous sommes en pleine période de « dégagisme », au cours de laquelle s’exprime, partout, une farouche volonté de renouvellement et de recomposition de la classe politique. D’où la démobilisation, et donc la non-participation, ainsi que le rejet absolu des sortants.

Au fond, les Français sont à la fois des monarchistes et des guillotineurs. Monarchistes car, à Emmanuel Macron, élu en partie sur sa personne et son charisme, et qui valorise déjà le statut présidentiel, ils veulent donner sa chance pour qu’il mette en œuvre ses réformes. Guillotineurs, car ils en veulent à ceux qui, selon eux, ont échoué depuis des décennies face à la crise. Et ils se vengent à leur égard de façon aussi radicale que parfois injuste. Enfin, au vu de notre mode de scrutin majoritaire à deux tours – une originalité par rapport aux autres pays européens – tous ceux qui appartiennent à une minorité politique ont le sentiment qu’ils sortiront irrémédiablement battus de cette élection aux allures de rouleau compresseur. D’où la tentation de ne même pas se déplacer. À ce propos, il ne m’étonnerait pas qu’après un tel taux d’abstention ressurgisse en force l’idée d’un nouveau mode de scrutin, agrémenté d’une bonne dose de proportionnelle.

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Une volonté d’ouverture confirmée

En attendant, la victoire massive de La République en marche (REM) est d’autant plus spectaculaire qu’elle résulte d’une amplification, presque automatique et désormais traditionnelle je le répète, du résultat de l’élection présidentielle. S’ajoute à cela le fait que le nouveau président de la République, qui a manifestement tiré les leçons des échecs et difficultés de ses prédécesseurs, a parfaitement réussi ses débuts à l’Élysée. Il n’a pas commis d’erreur dans la composition de son gouvernement, grand test politique au cours duquel il a confirmé et concrétisé sa volonté d’ouverture. Et si le calendrier diplomatique lui a aussi été favorable, il a su s’imposer d’emblée sur la scène internationale. Bref, ce bon départ a grandement facilité les choses à sa formation politique. Nul doute que celle-ci obtiendra, dimanche 18 juin prochain, la majorité absolue avec des centaines de députés.

Restera pour eux le plus dur à faire : montrer, dès que siègera l’Assemblée, qu’ils ont les aptitudes de leurs ambitions. Une chose est d’arriver à se faire élire dans un grand mouvement où l’on est porté par l’élan collectif ; une autre est de démontrer, ensuite, que l’on est individuellement à la hauteur de la tâche… Et cela n’a pas toujours été si facile, comme le prouve l’histoire récente. Sitôt passées les élections législatives de 1958, le fonctionnement de la première Assemblée de la Ve République s’est révélé pour le moins chaotique et, en 1981, le premier spectacle donné par les socialistes à l’extérieur n’a guère été brillant, car emprunt de trop de sectarisme.

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Alors méfions-nous, tout en espérant un véritable renouvellement et une réelle amélioration des pratiques politiques, ainsi que l’épanouissement des jeunes talents. Une chose est sûre : le président de l’Assemblée nationale et celui du groupe de REM devront posséder de grandes qualités en termes d’autorité et d’ouverture d’esprit vis-à-vis des autres formations politiques représentées dans l’hémicycle…

Les Républicains scindés en deux

Parmi celles-ci figurera la droite, lourdement battue lors du premier tour du 11 juin dernier. Elle a perdu un tiers de ses électeurs et la moitié de ses députés. Il s’agit donc d’un échec, d’autant plus préoccupant que Les Républicains n’ont plus de leader incontesté et que s’opposent, dans leurs rangs, deux sensibilités de taille inégale. L’une, majoritaire et de tempérament conservateur libéral, que représentait d’ailleurs François Fillon ; l’autre, modérée, rassemblant nombre de « juppéistes » baptisés « reconstructeurs » par Jean-Pierre Raffarin et en passe de collaborer, au cas par cas et non institutionnellement, avec Emmanuel Macron. Cependant, Les Républicains sont le seul parti, hormis bien sûr LRM, à avoir obtenu davantage de voix, en pourcentage, aux législatives qu’à la présidentielle. Par ailleurs, et alors que François Fillon s’était classé derrière Marine Le Pen le 23 avril, les candidats LR sont arrivés, eux, nettement devant ceux du Front national le 11 juin. Du coup, ils forment toujours le parti naturel d’alternance et ils seront, demain, la principale force d’opposition parlementaire.

Tout autre est le destin du Parti socialiste, qui vit un désastre historique. Il réalise, en effet, son plus mauvais score sous la Ve République, depuis la Libération et même, si l’on remonte plus loin dans l’histoire, depuis la Première Guerre mondiale ! Le PS n’a plus de leader, les trois quarts de ses militants l’ont quitté et, à la crise électorale et idéologique s’ajoutent de graves difficultés financières. Dans ces conditions, la question est de savoir si ce parti réussira à subsister de façon autonome ou se fondra dans REM. À la condition qu’elle s’organise et surtout que le gouvernement obtienne de vrais résultats positifs, cette nouvelle formation politique pourrait devenir, à la place du PS, un grand parti de gouvernement.

De son côté, en net recul lui aussi, le FN demeure un parti de protestation qui ne parvient toujours pas à transformer l’essai législatif. Beaucoup de ses électeurs ont été déçus par Marine Le Pen qui a révélé, à l’occasion du débat télévisé de l’entre-deux-tours de la présidentielle, une insuffisance criante. De plus, ses propos sont aussi anxiogènes que les raisons qui poussent ses électeurs, en colère et profondément inquiets, à voter pour elle. D’où, au bout du compte, l’absence de solutions politiques et une véritable impasse.

La France insoumise, elle, s’en tire mieux avec la perspective de décrocher à l’Assemblée, avec ses « amis ennemis » communistes, un groupe parlementaire. Reste que Jean-Luc Mélenchon a mené une mauvaise campagne législative et que celle-ci a révélé chez lui de lourds traits de caractère. Au fond, le recul de ces partis populistes situés aux extrêmes montre que la discorde et la haine ne paient pas, électoralement.

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Paru le 10 août 2017

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