Le philosophe Bertrand Vergely s'émerveille de la Résurrection

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Le philosophe Bertrand Vergely. © Léa Crespi
Le philosophe Bertrand Vergely.
Le philosophe Bertrand Vergely. © Léa Crespi

Dans son livre Retour à l'émerveillement, sorti en 2010, le philosophe Bertrand Vergely reste étonné de la vie. Pour ce croyant orthodoxe, l'émerveillement est l'expression d'une foi profonde. La vie, traversée par la mort et la souffrance, n'en finit pas de jaillir.

PèlerinCatholiques, protestants et orthodoxes fêtent Pâques. Vous êtes vous-même philosophe et orthodoxe : que se passe-t-il à Pâques ?
Bertrand Vergely : Pâques, c'est la Résurrection, pilier du christianisme. Saint Paul dit : « Si le Christ n'est pas ressuscité des morts, notre foi est vaine. » Voilà ce qui est totalement nouveau dans l'histoire du monde. Et ce n'est pas seulement un événement historique mais une promesse !

La Résurrection veut dire que nous vivons, nous mourons et nous vivons encore. Nous ne vivons pas la vie sans la mort, et nous ne vivons pas la mort sans la vie. C'est la vie et la mort : on assume tout. Et tout au long de l'existence, nous pouvons faire des petites expériences de résurrection.

Quelles sont pour vous les sources d’émerveillement ?
Le courage des êtres humains me touche. Je regarde les gens dans le métro, je les trouve courageux. Ils ont de la dignité, ils sont bien. Et puis l'émerveillement, c'est l'expérience de Dieu.

Dans l'orthodoxie, la beauté de la liturgie, des icônes et la prière, sont un émerveillement continu. Enfin, je regarde avec étonnement les dons divins dans ma vie : j'ai de la chance de vivre la vie que je vis. Je ne m'attendais pas à faire des choses aussi intéressantes, à rencontrer toutes les personnes que j'ai rencontrées.
 
L’émerveillement, c’est déjà découvrir que la vie est un miracle, dites-vous…
Le miracle... Il suscite une méfiance de la part des philosophes. Lesquels ne croient pas à une sorte de bonne fée qui va venir tout sauver. Et je suis d'accord ! Je n'ai pas envie de vivre dans l'illusion. Mais en même temps, le miracle est quelque chose de très sérieux : il nous montre que l'existence est beaucoup plus ouverte qu'on ne le pense.

Les miracles de l'Évangile ne sont pas des prodiges, mais bien plutôt des retournements d'êtres. Nous ne soupçonnons pas ce qu'il est possible de faire dès lors que nous laissons parler l'Esprit en nous, ce souffle créateur.

Quand il y a miracle, Jésus renvoie l’homme guéri à son quotidien…
Il s'agit de ne pas fasciner. Le miracle ne signifie pas la fin de la vie, mais le retour à la vie. Le but du Christ n'est pas d'arriver à un « happy end », mais de permettre aux êtres de revenir à eux-mêmes, de retrouver leurs forces pour qu'ils puissent continuer leur chemin dans la vie. Le miracle ouvre un avenir, l'horizon n'est plus limité par la mort et par l'essoufflement.

La souffrance, la mort, le mal, c’est aussi une expérience de foi...
Soyons clairs : le christianisme est contre la souffrance, le mal et la mort. Pour des raisons très simples : notre foi est fondée sur la Résurrection. Si je suis un spectateur de la vie, sans rien faire, tout va à la mort. Mais si je me mets à vivre cette vie mortelle, ma vie devient de plus en plus riche. Je ne vais plus de la vie à la mort, mais de la mort à la vie. C'est ce que dit Maurice Zundel : « Le vrai problème n'est pas de savoir s'il y a une vie après la mort, mais s'il y a une vie avant la mort. »
 
Il y a le grand passage de la mort, mais aussi le quotidien qui n’est pas toujours facile à vivre. Comment garder la foi ?
Nous avons tous des moments d'épreuves, de plainte, de dépression. Puis il y a quelque chose en nous qui dit : « Bon allez, on arrête de se plaindre. » C'est ce que j'appellerais le miracle du « oui à la vie ».

C'est la foi ! c'est une expérience d'adhésion profonde. Quand le Christ dit : « Ayez la foi », il nous dit : « Dites oui ». Dites « oui » au mal, « oui » à la souffrance, « oui » à la mort, et vous verrez... Dieu lui-même s'est risqué dans la Création, et Jésus a vécu la Passion : Dieu prend le risque de l'homme, et le risque de la croix.

Il nous ouvre un chemin, mais comment le suivre ?
Ce chemin de consentement se travaille par beaucoup de sources. Le « oui » n'est pas dit une fois pour toutes, c'est un « oui » à dire tous les jours. Il se construit, il est devant nous. Et nous n'avons pas encore dit « oui ». Le travail de la prière, c'est de demander au « oui » d'advenir.

La prière nous creuse, nous met en état d'extrême attention à l'égard de l'avenir. Plus je prie, plus je parviens à dire « oui » au monde. Alors, je reçois la vie comme un don, une grâce. Et je suis vivant, quoi qu'il arrive.

Bertrand Vergely, auteur de Retour à l’émerveillement, Éd. Albin Michel, 330 p. ; 18,50 €.

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Paru le 14 juin 2018

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