Le P. Michel Quesnel est parti à la recherche du "vrai" Jésus

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P. Michel Quesnel : « Tel qu’on le cerne aujourd’hui, Jésus lui-même se voyait comme un réformateur à l’intérieur du judaïsme. » © Vincent Moncorge
P. Michel Quesnel : « Tel qu’on le cerne aujourd’hui, Jésus lui-même se voyait comme un réformateur à l’intérieur du judaïsme. »
P. Michel Quesnel : « Tel qu’on le cerne aujourd’hui, Jésus lui-même se voyait comme un réformateur à l’intérieur du judaïsme. » © Vincent Moncorge

Ce bibliste, spécialiste du Nouveau Testament, a participé au hors-série Pèlerin « La grande histoire de Jésus ».Il milite pour que foi et culture entrent en dialogue. Rencontre.

« J’ai eu un coup de foudre pour saint Paul ! » Le P. Michel Quesnel parle avec enthousiasme d’un sujet d’études qui lui est familier depuis des décennies : « Les lettres de Paul sont les premiers écrits chrétiens rédigés entre 50 et 65 après J.-C. Elles sont très fortes, parfois difficiles à saisir mais si riches sur le plan littéraire, théologique, historique et même comme instrument de communication… »

À 72 ans, ce bibliste discret poursuit son exploration du message de l’apôtre, travaillant d’arrache-pied à une publication très fouillée de la Première Lettre aux Corinthiens, dans le calme de son bureau bibliothèque lyonnais :


Cela fait deux ans que j’ai commencé, j’espère finir d’ici quatre ans

→ dit-il en souriant.

Ce travail pointu ne l’empêche pas d’être curieux des travaux des autres exégètes et historiens. Il vient ainsi de participer, à Lyon même (Rhône), au colloque de l’Association catholique française d’Études bibliques, où se rencontrent les chercheurs francophones.

Et c’est bien volontiers aussi que Michel Quesnel, qui a enseigné très longtemps le Nouveau Testament à l’Institut catholique de Paris, se plie au jeu de la pédagogie. Il a ainsi publié plusieurs ouvrages sur Jésus (Jésus, l’homme et le fils de Dieu, Éd. Flammarion, 7,20 €., 230 p.) et vient de contribuer au hors-série de Pèlerin « La grande histoire de Jésus ».

Jésus, un réformateur à l’intérieur du judaïsme

Il y explique l’apport des recherches les plus récentes : « Tel qu’on le cerne aujourd’hui, Jésus lui-même se voyait comme un réformateur à l’intérieur du judaïsme, résume-t-il. Au cours de sa prédication itinérante, il a interprété la Torah (la Bible hébraïque) de manière libérale et donné des conseils de sagesse à ses interlocuteurs tout en leur parlant du Salut. Pour cela, il a popularisé une forme de discours très accessible : la parabole. »

Cependant, sur le christianisme des origines, on en revient vite à son sujet de prédilection : « Pour moi, s’enthousiasme Michel Quesnel, Paul est un personnage très moderne qui prône l’importance de la personne avant celle des rituels ; qui veut transformer une religion de la pratique en religion de l’exigence éthique liée à l’amour du prochain. Et c’est le théologien de la liberté ! Peu lui importe la lettre, ce qui compte pour lui c’est l’esprit de la foi ! »

Au point qu’on ose lui poser la question provocatrice soulevée par certains exégètes : Ne serait-ce pas Paul, le véritable fondateur du christianisme ? La réponse est claire :

Non, car le message est celui de Jésus. Mais il est certain que christianisme va s’ouvrir à tout le monde sous l’impulsion décisive de Paul.

Pour ce prêtre oratorien, la foi n’entre aucunement en contradiction avec la science historique : « L’œuvre de Dieu est constamment présente, sourit-il. Elle ne s’est pas arrêtée avec la fin des trois années de prédication de Jésus. »

La vocation de Michel Quesnel est née, à l’adolescence, de la conviction que « si Dieu existe, c’est une cause à embrasser complètement ! »

Et il a toujours voulu œuvrer en paroisse, parallèlement à son travail de bibliste, pour « rester en contact avec les bonheurs et les détresses des gens. »

Depuis sa retraite de recteur de l’université catholique de Lyon, un travail qu’il a « énormément aimé », Michel Quesnel est donc prêtre à mi-temps à l’église Saint-Bonaventure, au cœur de Lyon, où il anime des formations pour les personnes âgées, où il participe à l’édition de brochures sur le patrimoine de la paroisse.

« Avec les autres prêtres, nous avons la volonté de mettre en dialogue la foi et la culture » explique cet érudit qui avoue aussi une passion pour la musique et la peinture.

À chaque fois qu’il peut s’échapper, Michel Quesnel part visiter les grands musées du monde. Il ne s’interdit pas non plus de participer au débat sur l’avenir de son institution, qu’il interpelle dans un livre assez critique, publié l’an dernier : « Rêver l’Église catholique » (Éd. Desclée de Brower, 144p., 15 €.).

Vidéo. Interview du P.Michel Quesnel pour la sortie de son livre Rêver l'Eglise catholique. Durée : 10 minutes.

 
michel quesnel rêver l'Eglise par Durand12michel


« Ce sont les reproches affectueux d’un fils à sa mère bien-aimée, justifie-t-il. Mon expérience m’a donné la conviction que l’Église n’est pas assez diverse, ni mobile, ni tournée vers l’extérieur. »

Il trouve, par exemple, qu’il est temps de reformuler la notion de péché originel, théorisée par saint Augustin contre les pères de l’Église.

« Cette culpabilité héritée d’Adam et Ève, que devrait porter tout chrétien dès la naissance, est une idée fausse ! s’insurge-t-il. Puisque Jésus ouvre le Royaume de Dieu aux petits enfants non baptisés ! »

La solution ? « Il faut dire autre chose aux croyants. Je pense, avec la théologienne protestante Lytta Basset, qu’il faut « oser la bienveillance » (Éd. Albin Michel, 432p. ; 22 €.).

Ce qui n’empêche pas de dénoncer les aspects négatifs de notre société ou de notre nature humaine. »

Trouve-t-il encore le temps de méditer ? « Je m’y adonne lorsque je me retire dans le silence et la solitude de ma petite maison de La Chaise-Dieu (Haute-Loire), répond-il. Je me promène alors beaucoup, je cueille des champignons. »

Le silence des forêts lui semble « plus ouvert, moins enfermant » que celui des cloîtres. « Je n’aurais pas pu être moine » avoue Michel Quesnel, décidément bien de ce siècle. Et bien dans son siècle


Hors-série Jésus

La grande histoire de Jésus

Jésus est l’homme le plus célèbre de la Terre, même 2000 ans après sa mort. Et pour 1,2 milliard de chrétiens, il est aussi le Christ ressuscité un matin de la Pâque, vers l’an 30 de notre ère. Mais que savons-nous vraiment de lui ? Quel était son message et comment ses contemporains l’ont-ils compris ?

Ce hors-série de Pèlerin présente l’apport des dernières recherches sur Jésus, sur les premières communautés chrétiennes et sur les raisons de l’essor du christianisme. Vous y retrouverez les explications du P. Michel Quesnel et d’autres exégètes et historiens, et, en introduction, une contribution exclusive de l’écrivain Alexis Jenni, prix Goncourt 2011.

► 88 p. ; 7,90 €, en vente en kiosque, en librairie

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Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

O Mon Jésus !

ultreia 03/12/2014 à 20:44

Pour ma modeste foi, je veux et resterais, au Jésus de toujours, que je continuerais à prier, à remercier, ou va - il devenir le "prophète de la Bible et du Coran" ? que cherche t-on, on n'en a pas assez de savoir où d'admettre, qu'ils est ... lire la suite

Le vrai Jésus ???????????????

ultreia 03/12/2014 à 20:36

Alors le Jésus qui depuis deux mille ans, nous prions, nous vénérons, n'est pas le VRAI Jésus ???? A force de vouloir tout prouver, rejeter et réétudier, vous mettez le doute dans toute la Chrétienté. Et après nous gémissons......

Paru le 19 avril 2018

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