Jésus au regard de l’histoire

agrandir "Ecce Homo" peinture de Giovanni Battista Moroni (vers 1525-1578), XVIe siecle.
"Ecce Homo" peinture de Giovanni Battista Moroni (vers 1525-1578), XVIe siecle. © DeAgostini / Leemage
"Ecce Homo" peinture de Giovanni Battista Moroni (vers 1525-1578), XVIe siecle.
"Ecce Homo" peinture de Giovanni Battista Moroni (vers 1525-1578), XVIe siecle. © DeAgostini / Leemage

L’existence terrestre de l’homme Jésus ne fait aucun doute pour les historiens, et ce depuis l’époque romaine. Il est même l’un des personnages de l’Antiquité dont on connaît le mieux la vie. En particulier, concernant ses derniers jours.

Fait exceptionnel pour un homme de l’Antiquité, le récit détaillé des derniers jours de la vie de Jésus de Nazareth nous est parvenu. « Les quatre Évangiles sont très proches et cohérents, insiste le P. Alain Marchadour. Les épisodes de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ forment d’ailleurs le noyau le plus ancien car le plus essentiel des Écritures chrétiennes. »

Nous savons ainsi que Jésus est mort crucifié à Jérusalem, un vendredi, sous le gouvernorat du Romain Ponce Pilate. « On peut même avancer la date du vendredi 7 avril de l’an 30, à la veille de la Pâque juive, précise le P. Michel Quesnel.

La crucifixion est un supplice que les Romains ont sans doute emprunté aux Parthes, peuple du nord de l’Iran actuel, pour punir les esclaves et les gens du peuple. » Preuve qu’elle était en usage au 1er siècle, on peut voir, au Musée d’Israël, l’ossuaire de « Yohanan, fils d’Hagalgol » retrouvé en 1968. L’os du talon de cet inconnu, contemporain de Jésus, porte encore le clou qui l’avait transpercé.

►Vidéo. La Passion et la Mort de Jésus - Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 22,14-71 et 23,1-56.

 

Le contexte général, tel qu’il transparaît dans les Évangiles, correspond à la réalité historique relatée par d’autres sources : La Judée est, depuis l’an 6 de notre ère, une province romaine et l’atmosphère y est plutôt tendue.

Ces nouveaux maîtres, militaires et païens, souillent, par leur seule présence, la ville sacrée où les croyants respectent scrupuleusement les préceptes de pureté. Des interdits alimentaires les empêchent de fréquenter les païens. Les juifs les plus pieux sont choqués par les représentations « idolâtres » de l’empereur que Ponce Pilate veut ériger comme dans n’importe quelle cité romaine.

Le judaïsme est lui-même en pleine effervescence spirituelle, traversé de courants de renouveau, face à la caste très conservatrice des grands prêtres, les Sadducéens. En opposition radicale, des groupes de croyants « puristes », les Esséniens ont renié le culte au Temple, tandis que les Pharisiens s’appliquent, eux, à étudier la Torah dans les synagogues qui commencent à fleurir dans tout le pays.

►Vidéo. Interview du P. Michel Quesnel.

 

Autour, certains attendent avec ferveur le Messie, prédisent la fin des temps et parfois… celle de l’occupation romaine ! Quelques-uns - des Zélotes - sont prêts à prendre les armes au moindre incident.

Le moment de la Pâque est donc particulièrement sensible pour la garnison romaine. Les pèlerins, venus de tout le bassin méditerranéen, convergent vers Jérusalem et son Temple pour adorer le Dieu unique de cette religion étrange aux yeux des polythéistes.

Jésus, comme les autres, est monté à Jérusalem. La foule qui l’a applaudi comme un roi à son entrée aux portes de la ville était-elle nombreuse ? Qu’elle a été l’ampleur exacte de sa colère contre les changeurs de monnaie du Temple ? Difficile à évaluer, estime le P. Jérôme Murphy-O’Connor, dans son ouvrage posthume sur Jérusalem puisque d’autres épisodes montrent au contraire un Jésus peu entouré.

►Vidéo. Jérusalem, les lieux de la passion. Source : Le Jour du Seigneur.

 

Le chercheur en conclut néanmoins qu’autour de lui, une atmosphère agitée s’installe, éveillant la méfiance des autorités du Temple.

Le jardin de Gethsémani – lieu qui signifie sans doute « le pressoir à huile » –, au pied du mont des Oliviers, à l’est de Jérusalem, parait le lieu vraisemblable de l’arrestation de Jésus. D’après Jérôme Murphy-O’Connor, les nombreuses mentions de ses allers-retours sur le mont des Oliviers laissent même penser qu’il était hébergé dans les environs. Les oliviers de l’époque ont été arrachés sur ordre de l’Empereur Titus, en 70 de notre ère, tandis qu’il fait détruire le Temple.

Puis, on conduit Jésus chez le grand prêtre Caïphe et le tribunal du Sanhédrin pour un semblant d’interrogatoire. « Le scandale qu’a constitué son action violente au Temple quelques jours plus tôt, a été décisif, insiste Michel Quesnel. La prudence politique imposait aux Sadducéens, chargés par les Romains de maintenir le calme, de le supprimer. »

►Vidéo. "Je suis la Lumière du Monde", homélie d'Alain Marchadour. Source : Assomption.org

 

Mais les autorités juives n’ont plus le pouvoir de justice. Elles doivent s’en remettre à l’occupant. C’est pourquoi l’on transfère Jésus au palais de Ponce Pilate. Une tradition situe ce lieu dans la forteresse de l’Antonia, au nord –ouest du Temple. Depuis le XIVe siècle, le chemin de Croix mémoriel de la Passion démarre de ce point, devenu le couvent de l’Ecce Homo.

Mais on sait aujourd’hui que les gouverneurs s’installaient de façon systématique, dans les palais royaux : Pilate, lorsqu’il séjournait à Jérusalem, vivait donc dans le palais d’Hérode – l’actuelle « Tour de David » proche de la porte de Jaffa, à l’ouest de la vieille ville.

Alain Marchadour a étudié la rencontre de Jésus avec le gouverneur : « Saint Jean en a souligné l’intensité dramatique en mettant en scène une série de va-et-vient des deux hommes, entre l’intérieur du palais et la foule qui attend devant », explique-t-il.

Pour elles qui redoutent les faux Messies, les qualifications de ”roi”, de “fils de Dieu” ou même de “prophète” que Jésus accepte, voire revendique, sont blasphématoires.

→ P. Alain Marchadour.


Il est probable qu’un tribunal provisoire ait été dressé devant les murs. « La grâce accordée au brigand Barrabas correspond certainement à un usage pour apaiser les esprits, au moment des fêtes, alors même qu’on sait que Pilate était un gouverneur très dur », ajoute le chercheur.

Alain Marchadour trouve une grande authenticité à la scène humiliante de Jésus livré aux soldats : « ils en font un roi de carnaval, son déguisement accentuant ironiquement le fait qu’il est en leur pouvoir. Ce comportement vis-à-vis des prisonniers se retrouve, hélas, maintes fois à travers l’histoire. »

Jérusalem a été totalement rasée et reconstruite, sur ordre de l’empereur Hadrien en 135 après J.-C. Il est donc impossible de reconstituer le tracé des rues où Jésus a porté sa croix.

►Carte. Jérusalem au temps de Jésus.

carte

© Pascal Redoutey

En revanche, tout plaide pour l’authenticité du lieu du calvaire, le Golgotha, « lieu du crâne » selon les Évangiles : la présence d’un rocher arrondi expliquerait son nom ; les fouilles sous le Saint-Sépulcre ont révélé des traces de carrière de pierre dont parle déjà, au IIIe siècle, l’évêque Eusèbe de Césarée ; sa localisation hors des murs de la ville antique, obligatoire pour mettre à mort des condamnés comme pour ensevelir les corps.

On a retrouvé des centaines de tombes, taillées dans la roche, à l’extérieur des remparts hérodiens. L’une d’elles, tout près du Golgotha, a bien abrité le corps de Jésus. Il est cependant possible que la référence à une pierre qui roule pour fermer la grotte serve surtout à insister sur l’essence royale de Jésus : ce type de tombes, très rare, était en effet réservé à la famille d’Hérode.

►Vidéo. De Gethsémané au Golgotha (Le chemin de Croix). Source : Byzantine Catholic Patriarchate.

 

C’est au tombeau que s’arrêtent les recherches sur Jésus, le Galiléen : « La Résurrection, trois jours plus tard, ne peut évidemment pas être appréhendée par la science historique, conclut Michel Quesnel. Mais son impact auprès des croyants a été si retentissant que ses effets ont irrémédiablement modifié le cours de l’histoire des hommes. »

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 janvier 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières