Les héritiers du P. Ceyrac

Le 30 mai 2012, à Madras (aujourd’hui Chennai), en Inde, s’éteignait le P. Pierre Ceyrac, 98 ans. Ce jésuite, « passeur de joie » qui s’efforçait, chaque jour, d’aimer un peu plus, a bouleversé et « mis en route » des générations de Français et d’Indiens. Nous en avons rencontré quelques-uns…

À propos de l'article

  • Créé le 08/01/2014
  • Publié par :Philippe Demenet
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6809, du 31 mai 2013

Je franchis la grille majestueuse de la prestigieuse université jésuite Loyola College, à Madras (Inde), et soudain, le silence. Aussi profond, envoûtant que le bruit de la rue était puissant, déchirant.

En cercle, sous un gigantesque banian, des jeunes gens révisent leurs contrôles. Les 10 000 étudiants de Loyola savent qu’ils formeront demain l’élite dirigeante de ce pays de 1,24 milliard d’habitants, devenu un géant économique.

Sous les palmiers alignés, les barrières métalliques sont ornées de slogans que n’aurait pas reniés le jésuite français Pierre Ceyrac, qui a vécu ici les vingt dernières années de sa vie, tel : « La foi sans la justice n’aboutit à rien. » Mais qui y prête attention ?

À gauche de l’église néogothique du campus, adossé à un vaste terrain de sport, je découvre un alignement de pierres tombales sur trois rangs. Leur rigidité évoque un cimetière militaire. La première d’entre elles porte cette inscription : « Fr Pierre Ceyrac SJ », et trois dates : sa naissance à Meyssac, en Corrèze (1914), son entrée au noviciat de la Compagnie de Jésus (1931) et sa mort, survenue le 30 mai 2012. Il avait 98 ans.

Une jeune femme me fait signe. Sophie Nalin, 29 ans, volontaire Fidesco (organisation catholique de solidarité qui envoie des volontaires en mission à travers le monde).

Si l’espérance t’a fait marcher plus loin que la peur, tu pourras tenir jusqu’au soleil de Dieu.

Elle a rendu visite au vieux prêtre, les derniers mois de sa vie. « Être à côté de lui, sans même prononcer un mot, suffisait à partager l’amour qui émanait de tout son être », dit-elle. Les larmes aux yeux, elle évoque son expression favorite : « Ah ! formidable ! » ou « sandosham ! » (heureux, en tamoul).Father Pierre - comme on l’appelle ici - était-il à l’aise dans ce campus à l’américaine ?

Le recteur de l’université Loyola, le P. Amal, ne me cache pas que le prêtre français représentait pour lui « un défi ». Jusqu’en 2007, tous les samedis, le vieil homme se laissait poursuivre jusque devant sa porte, à l’intérieur de la résidence jésuite, par des dizaines de mendiants à qui il distribuait sans compter.

Le recteur l’avait averti : « Père, certains reviennent deux, trois fois. » Et le jésuite français lui avait répondu : « Les pauvres ont été trompés toute leur vie. Ils ont le droit de nous tromper à leur tour. »

Jeune missionnaire en Inde, le P. Pierre Ceyrac relisait souvent cette phrase, dans son bréviaire qui ne le quittait pas : « Si l’espérance t’a fait marcher plus loin que la peur, tu pourras tenir jusqu’au soleil de Dieu. »

Dès 1954, aumônier national des étudiants - au sein de la Fédération des universités catholiques de l’Inde (Aicuf) -, il sillonne cet immense pays, en train, en Peugeot 304 bâchée ou en moto. Partout, il interpelle les étudiants : « Où est ton frère ? Dans les bidonvilles de Calcutta, dans ceux de Bombay ? »

Il est ému par l’élégance des pauvres, le « sourire de l’Inde », mais choqué par l’injustice et l’indifférence des plus riches. Il veut construire un « monde de justice ». Non par idéologie, mais par amour brûlant des laissés-pour-compte.

« Les pauvres sont les faces diverses de la passion du Christ dans le monde », écrit-il à sa nièce, Véronique Ponchet de Langlade, qui anime l’association Pierre-Ceyrac et recueille des fonds pour soutenir ses actions. Car parler ne lui suffit pas. Il lui faut agir. « À quoi bon étudier si votre cœur est sec ? » lance-t-il, les larmes aux yeux, aux étudiants français et indiens de bonne famille, issus des grandes écoles et des universités jésuites, qu’il envoie par centaines creuser des puits, construire des routes et des dispensaires lors de chantiers d’été (actions poursuivies par l’association Inde Espoir.)


Comment un homme blanc peut-il se sentir l’égal d’un vieil homme suant, au teint sombre, qui ne compte pour rien dans sa propre société ? 

Selon l’hindouisme, chacun subit le destin que lui vaut son « karma », les actes accomplis dans une vie antérieure. Les catholiques indiens, eux-mêmes, n’échappent pas à cette vision du monde. En 1963, Siddharta, 16 ans, issu d’une famille aisée de chrétiens syriaques (évangélisés, dit-on, par l’apôtre Thomas) - son père est ingénieur aéronautique - voit, à Madras, un étranger de haute taille descendre de sa moto pour aider un portefaix à tirer sa charrette à bras. Un geste impensable en Inde.

« Comment un homme blanc peut-il se sentir l’égal d’un vieil homme suant, au teint sombre, qui ne compte pour rien dans sa propre société ? » se demande-t-il alors. Inspiré par Father Pierre, le jeune homme abandonnera son rêve de devenir écrivain et se lancera dans l’action sociale et politique jusqu’à devenir président national de l’Aicuf.Quatorze ans plus tard, un cyclone soulève un raz de marée dans le golfe du Bengale. Au sud-ouest de Madras, un barrage se rompt, noyant des dizaines de villages.

« On y va ! » Father Pierre et quelques étudiants quittent immédiatement Madras à bord d’une camionnette bâchée et foncent vers Koomboor. Ils ne connaissent pas la région, ni ce qui les attend. Parmi eux, le Français Marc Giordan, 25 ans, et Henri Tiphagne, 21 ans, un catholique indien, volontaire permanent à l’Aicuf. Après avoir rassemblé les cadavres, la dizaine d’étudiants mobilisée par Father Pierre - des hindous, des chrétiens, des musulmans - s’installe pour reconstruire, développer des soins de santé primaire, « conscientiser » les paysans.

Son. Hommage au P. Ceyrac. Durée : 1 heure. Source : RCF.

 

Un chef de village s’oppose à ce qu’ils curent un puits. « On ne savait pas que ce puits servait aux intouchables, se souvient Henri Tiphagne. Les intouchables, ou « dalits », sont considérés comme des sous-hommes et relégués à la frange de la société. Father Pierre passe outre. Malgré les menaces, le puits sera nettoyé. Et beaucoup, parmi les jeunes volontaires, vont interrompre leurs études pour accompagner les villageois pendant de longues années. Father Pierre vient les encourager régulièrement. Il leur répète cette phrase, découverte dans le livre d’or d’une léproserie : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu. »

Marc Giordan, le volontaire de Koomboor, anime aujourd’hui une ONG de développement qui intervient dans huit pays du monde en se fondant sur l’écoute des besoins et le potentiel de chacun, au sein de sa famille. C’est ainsi qu’agissait le P. Ceyrac, son mentor. Henri Tiphagne, lui, a créé l’ONG People’s Watch (vigilance populaire), à Madurai, dans le sud de l’Inde. Lui et sa femme Cynthia sont désormais célèbres pour leurs actions d’éclat en faveur des droits de l’homme.

En ce mois de février 2013, à Madras, un homme de haute stature, moustache et voix de stentor, appelle les élèves d’une école de travailleurs sociaux à « changer le monde ». Chaudement applaudi, Henri Tiphagne, 58 ans, donne à son public, enthousiaste, son numéro de portable : « Appelez-moi pour me signaler toute violation des droits humains. » Il doit tout à Father Pierre : son engagement, son courage, sa foi.

Carême P. Ceyrac 2

Il se souvient de lui, dans les camps d’été, maniant la pioche avec les étudiants pour creuser un puits ou bâtir une route menant à un village d’intouchables, dans un pays où la prêtrise - et la blancheur de peau - aurait dû épargner au missionnaire français ces tâches jugées serviles… « Deux heures lui suffisaient pour électriser le groupe, se souvient Henri Tiphagne. Et il ne s’exprimait pas seulement par la parole, mais par le corps. Il n’avait qu’à poser la main sur une vieille femme, toute recroquevillée, pour qu’elle se redresse. »

À la suite de critiques virulentes de son ONG contre la police, Henri Tiphagne et ses 80 collaborateurs ne perçoivent plus aucun salaire depuis six mois. Les comptes bancaires de People’s Watch ont été gelés par le gouvernement de Delhi. « Father Pierre disait : quand on est catholique, il faut en payer le prix. J’en paye le prix. »

Le 29 juillet 1978, à Villupuram, non loin de Pondichéry, des commerçants massacrent douze « cordonniers » - la plus méprisée des castes d’intouchables - et brûlent 220 de leurs maisons. Dès le lendemain, Antony Raj, Pierre Ceyrac et Claude D’Souza, trois jésuites, se précipitent sur les lieux, où ils retrouvent Chinnappan, 23 ans, un catholique dalit, animateur local de l’Aicuf.

La tension est alors extrême. Les hautes castes s’opposent au retour des intouchables dans le quartier. « On reconstruit », décide Father Pierre. Chinnappan mettra deux mois avant d’accepter cette mission suicide. Quatre policiers seront affectés à sa protection, pendant trois ans.


Dates-clés

Années 1970 : début de l’opération 1 000 puits autour de la ferme.

1980 : à la demande du supérieur général des Jésuites, il rejoint les camps de réfugiés cambodgiens, en Thaïlande.

1992 : retour en Inde, à 79 ans. Il soutient des foyers d’accueil pour enfants pauvres.

30 mai 2012 : décès à Chennai (Madras).

Aujourd’hui âgé de 58 ans, Chinnappan m’exprime « la reconnaissance des dalits envers Father Pierre ». Il continue de bâtir pour les sans-toit au sein d’une ONG qu’il a fondée : Kalvi Kendra (Centre pour l’éducation). À la suite du pogrom, le parti créé par le jésuite Antony Raj - le Mouvement chrétien de libération dalit - prend son essor. Cet homme au visage de bagarreur est l’un des rares intouchables catholiques qui soit devenu prêtre, alors que ceux-ci représentent 65 % des fidèles de l’Église catholique indienne.

Quand Antony Raj se fait réprimander par les évêques, Father Pierre le soutient, bien qu’il ne partage pas son engagement qu’il juge trop exclusif. En 1994, quand Antony Raj est contraint de se mettre à l’abri pour échapper à des menaces de mort, son ami Pierre l’accompagne dans sa cache, à Madurai. Ils vont y rester six mois.

Le soir, Antony Raj surprend Father Pierre, le visage perdu dans les étoiles, fasciné par la beauté du monde. « Il y avait du mystique en lui, dit-il. Il distribuait de l’argent, du lait en poudre… mais l’essentiel n’était pas là. C’était sa présence. Une présence sacramentelle, auprès de ceux qui souffrent. »Aujourd’hui, le P. Antony Raj, 69 ans, dirige un vaste campus, près de l’aéroport de Madurai qui accueille des centaines de jeunes filles intouchables, sélectionnées pour leur talent, à qui son organisation procure les moyens de se former à un bon niveau.

« La connaissance, c’est le pouvoir », aime-t-il répéter. De l’autre côté de la route, il a fondé un hôpital modèle de 20 lits qui accueille les villageois les plus pauvres. Il l’a appelé Hôpital Ceyrac, bien que Father Pierre n’ait pas voulu l’aider financièrement. « Il a fait mieux, dit ce dalit que l’on sent déchiré : il m’a inspiré et m’a aidé à répondre à cette question : “Qui suis-je ?” en me soufflant la réponse : un être humain comme les autres. »La longue Museum street, à Bangalore, la capitale high-tech de l’Inde, est garnie d’innombrables institutions catholiques, dont un Catholic Club réservé à des membres huppés. Le père jésuite Claude D’Souza, 82 ans, habite en face, dans une maison de retraite baignée par les cris d’une école catholique voisine.

D’un pas lent, le vieux compagnon de lutte de Father Ceyrac m’accompagne jusqu’au parloir. « Mon père, confie-t-il, était un industriel du textile, dans le Karnataka. J’ai grandi entouré d’un personnel important. Dans ma famille, catholique, on n’évoquait pas les question des castes ou de la pauvreté. C’est Father Pierre qui me les a fait toucher du doigt. »

Après avoir initié plusieurs projets dans les bidonvilles de Madras, fondé, en pleine sécheresse, une ferme modèle de 45 hectares - où des étudiants planteront 3 000 cocotiers, 5 000 manguiers et goyaviers -, Father Pierre s’en va partager, pendant treize ans, le sort dangereux des réfugiés cambodgiens de Thaïlande.

Quand il revient en Inde, à 79 ans, son pays d’adoption ne l’attend plus. Il est logé à la résidence jésuite de l’université Loyola, mais lui qui a toujours « cherché le visage du Seigneur dans celui des plus pauvres » ne peut se satisfaire de cette enclave aux allées proprettes, avec ses terrains de cricket et ses réceptions fastueuses.

Il sombre dans la dépression. Un jeune homme, Kalei, né en prison, vient alors à la résidence, lui présenter 13 « orphelins ». De la main à la main, Father Pierre lui donnera de quoi construire trois foyers, abritant au total 250 enfants. Il s’agit de les éduquer, de leur offrir un avenir. Avec eux, Father Pierre s’enthousiasme, revit.

 Son. Le P. Ceyrac invité de Radioscopie, extraits. Durée : 10 minutes. Source : Ina.

 

Des années plus tard, en 1999, Philippe Malet, un jeune Français au visage impassible, est envoyé pour six mois à Madras par le Secours populaire français afin d’« évaluer » et de développer des partenariats.

Ce faisant, comme beaucoup de Français de passage, il rend visite au P. Ceyrac, 85 ans. Il a passé au crible les comptes des homes d’enfants. « Kalei n’est pas digne de confiance », lui dit-il, sans ménagement. « Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne sont pas critiquables », lui rétorque, irrité, le jésuite. Il lui faudra trois ans avant de reconnaître que son interlocuteur avait raison… Pendant son séjour à Madras, Philippe Malet pénètre par curiosité dans un bidonville, près de la gare centrale, l’un de ces « villages dans la ville », aux toits de tôle ou de chaume.

Un homme l’invite à prendre le thé. Des jeunes lui confient leur désir d’apprendre. Il en parle au P. Ceyrac. Ce dernier lui donne aussitôt 7 000 roupies, de quoi acheter les deux premières machines à coudre d’un futur atelier de couture.Philippe Malet était venu pour six mois à Madras. Il y est resté. Le P. Ceyrac a béni son union avec une Tamoule, dont il a deux enfants. Aujourd’hui, un petit immeuble marqué Speed Trust (le nom de son ONG) se dresse à l’entrée du bidonville. Soutien scolaire à tous les étages, vente de sacs tressés à partir de matériaux de récupération, atelier de couture, école d’esthéticiennes pour les femmes défigurées après une tentative de suicide par le feu… « Sans le P. Ceyrac, dit Philippe Malet dans un sourire fugace, rien de tout cela n’aurait vu le jour. »

Carême P. Ceyrac 4

Près de Bangalore, Siddharta, 65 ans - le jeune homme qui avait vu, avec étonnement, un Blanc aider un portefaix - anime un ashram (lieu de retraite spirituelle) engagé dans l’action sociale et la défense de l’environnement. Vêtu d’une sobre tunique, assis dans la quiétude d’une véranda ouverte sur une nature exubérante, l’ancien responsable de l’Aicuf veut unir toutes les spiritualités présentes en Inde. Lui aussi, à sa manière, poursuit le sillon tracé par Father Pierre. « Il accueillait toutes les confessions dans les chantiers d’été et prônait avant tout un humanisme chrétien », me rappelle-t-il.

Que faire de l’héritage du P. Ceyrac ? La province jésuite de Madurai (qui compte à elle seule 500 prêtres !) a repris en main la gestion des trois homes d’enfants Père-Ceyrac. Toujours financés par les donations collectées en France, ils abritent 140 garçons et filles.

À trois heures d’autoroute, au sud de Madras, à l’intérieur d’un enclos perdu dans la campagne, un garçon énergique et souriant me fait visiter l’un de ces trois homes. Albert Velankanni, 29 ans, pousse une à une les portes des maisons basses qui encadrent la cour. Dans la fraîcheur de la pénombre, des élèves - du primaire au lycée - révisent leurs leçons, assis en tailleur sur des nattes.

Le foyer de Pelakuppam accueille 50 garçons de 8 à 23 ans. Neuf d’entre eux ont atteint le niveau universitaire. Un succès inespéré pour ces jeunes issus de familles intouchables. Albert me montre le tout dernier petit mot que Father Pierre a griffonné d’une main hésitante, le 4 février 2012, jour de ses 98 ans : « Dieu vous bénisse tous, les enfants. Avec tout mon amour. Fr Ceyrac SJ. »

Malgré la saison sèche, il pleut des cordes sur Manamadurai, la ferme modèle que Father Pierre avait créée sur un sol aride, en 1967, dans la ville éponyme, pour procurer « nourriture et travail » à la population. Ce « désert devenu jardin », à 500 km au sud de Madras, était pour lui un symbole.

 

Être missionnaire, écrivait le P. Ceyrac, c’est accepter et adopter un pays pour toujours. C’est renaître, se réincarner en Inde. Comme le Christ est venu parmi nous…

Après une heure de route sous un déluge, Palani, 58 ans, un hindou disciple de Father Pierre, m’ouvre le portail et m’introduit dans une allée de bâtiments vides. Le home pour enfants polio, l’opération 1 000 puits ou la création d’emplois à la ferme, tout cela, malgré des succès étonnants, n’a plus de raison d’être.

L’Inde a vaincu la famine, éradiqué la polio, scolarisé ses enfants. Elle apporte l’eau courante dans les villages. Nostalgique d’un temps révolu, Palani palpe les mangues presque mûres, me fait admirer la taille des cocotiers et des manguiers irrigués au goutte-à-goutte. Mais certains cocotiers, du fait de l’âge, ont perdu leurs palmes.

« Ne jamais revenir en arrière », écrivait le P. Ceyrac. Que deviendra cette ferme modèle ? L’association Pierre-Ceyrac et les jésuites de la province de Madurai réfléchissent à son avenir…« Être missionnaire, écrivait le P. Ceyrac, c’est accepter et adopter un pays pour toujours. C’est renaître, se réincarner en Inde. Comme le Christ est venu parmi nous… » Antony Raj le compare aujourd’hui à Jeanne d’Arc : « C’était le sang, c’était le feu. Il avait le sens du sacrifice. » Henri Tiphagne, lui, en garde une tout autre image : « C’était un passeur d’énergie et de joie. » Dans le parloir de sa maison de retraite, le P. Claude D’Souza me glisse, dans un sourire lumineux : « La sainteté ne se décrète pas, elle est. » 

4 février 1914 : naissance à Meyssac (Corrèze).1931 : entre au noviciat de la Compagnie de Jésus.1937 : débarque en Inde. Études de théologie. Licence de tamoul et de sanscrit.1943-1944 : une famine ravage le Bengale.21 novembre 1945 : ordonné prêtre. L’année suivante, il rencontre Gandhi.Début des années 1950 : aumônier à l’université jésuite Saint-Joseph, à Trichy (Tiruchipalli).

L’Inde comprend 80 % d’analphabètes. Les trois quarts de sa population vivent dans la misère. L’espérance de vie à la naissance est de 32 ans.1955 : aumônier général de l’Aicuf (All India Catholic University Federation). 1967 : en charge du travail social au sein de l’Aicuf. Famine dans l’État du Bihar. Il achète 45 ha de terre stérile à Manamadurai (Tamil Nadu).


À lire

Une vie pour les autres (biographie), de Jérôme Cordelier, Éd. Tempus, 275 p. ; 8 €.

Tout ce qui n’est pas donné est perdu, du P. Ceyrac, Éd. Desclée de Brouwer, 111 p. ; 12 €.

Les chrétiens de l’Inde, entre castes et Églises, de Catherine Clémentin-Ojha, Éd. Albin Michel, 297 p. ; 21 €.

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Paru le 23 novembre 2017

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