Quatre jeunes agriculteurs dialoguent avec leur ministre Stéphane Le Foll

agrandir De g. à d. : Carine Chassé, Estelle Foulon, Jean-Guillaume Capelle, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et Séverin Lavoyer.
De g. à d. : Carine Chassé, Estelle Foulon, Jean-Guillaume Capelle, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et Séverin Lavoyer. © William Beaucardet
De g. à d. : Carine Chassé, Estelle Foulon, Jean-Guillaume Capelle, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et Séverin Lavoyer.
De g. à d. : Carine Chassé, Estelle Foulon, Jean-Guillaume Capelle, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et Séverin Lavoyer. © William Beaucardet

À l’occasion du Salon de l’agriculture qui s’ouvre à Paris le 22 février, Pèlerin a convié quatre jeunes agricultrices et agriculteurs à rencontrer Stéphane Le Foll, leur ministre de tutelle. Avenir du métier de paysan, défense des produits français, nouvelles pratiques qui allient performance économique et respect de l’environnement, tous les sujets étaient sur la table.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Publié par :Benoît Fidelin et Dominique Lang
  • Édité par :Vincent Mui
  • Publié dans Pèlerin
    6847 du 20 février 2014

Le Salon de l'agriculture, à Paris, accueille cette année, du 22 février au 2 mars 2014, 1 300 exposants venus de 22 pays. 4 000 animaux seront présents, 16 400 vins offerts à la dégustation et à la vente, 4 633 produits de nos terroirs en compétition pour le Concours général agricole. Placé sous le thème de "l’agriculture en mouvement", le Salon 2014 dévoilera les innovations de l’agriculture du XXIe siècle : nouvelles technologies pour de meilleurs rendements, techniques de pointe pour un respect accru de l’environnement… Les visiteurs pourront expérimenter in vivo une journée à la ferme, s’immerger dans le quotidien des paysans… et goûter leurs innombrables productions ! Tous les renseignements sur www.salon-agriculture.com


Carine : Jeune agricultrice, je suis toujours étonnée de voir le peu d’attractivité que suscite mon activité dans la société française. Et il est difficile de trouver des candidats à l’installation et des salariés agricoles. Comment redorer le blason de ce métier passionnant ?

L’image de l’agriculteur est perçue de manière différente chez le citoyen et le consommateur. Nous sommes l’un et l’autre à tour de rôle. Comme on est, à tour de rôle, le conducteur d’une voiture et le piéton qui s’énerve contre les voitures.

Pour le consommateur, c’est autour du rapport entre la qualité des produits et leur prix que l’arbitrage se fait au quotidien. Le citoyen, lui, a un regard plutôt positif sur les agriculteurs, et leur rôle nourricier, même si de lourds a priori demeurent, en raison des dérives qu’a pu connaître le modèle agricole intensif ces quarante dernières années. Les gens sont très sensibles aux pollutions qu’il a engendrées et ne perçoivent pas toujours les efforts faits par nos paysans pour les limiter.

Vidéo. Aux États-Unis, l’exemple d’une agriculture intensive plus respectueuse de l’environnement. Source : AFP.



Pèlerin : Comment sortir de ces a priori ?

En entrant dans un nouveau projet, agroécologique, qui entraîne le "verdissement" des pratiques agricoles… Mais je veux d’abord répondre à la première question sur l’attractivité. On dénombre quand même entre 6 000 à 10 000 installations nouvelles chaque année ! Un renouvellement s’opère, même si le métier est jugé difficile – ce qui est vrai –, offrant peu de perspectives – ce qui est faux – et peu soucieux de l’environnement – ce qui est faux également.

L’enjeu principal de cette activité est de nourrir, aujourd’hui et demain, l’humanité. Comment fournir assez d’aliments pour accompagner l’évolution de la démographie mondiale en préservant les ressources naturelles, tout en étant attentif aux enjeux énergétiques et en développant une agriculture durable et de qualité ? Voilà le défi !

C’est en visant tous ces objectifs que l’agriculture retrouvera une meilleure image dans la société. Mais, mieux qu’un ministre de l’Agriculture, ce sont des parcours de vie tels que les vôtres qui aident les gens à comprendre ces enjeux.

Vidéo. L’agriculture française en chiffres. Source : laFNSEA.



Estelle : Éleveuse de chèvres en Haute-Marne, je suis confrontée à la hausse des charges et du coût de l’alimentation animale. Autour de moi, beaucoup d’éleveurs deviennent cultivateurs de céréales, métier plus rentable et moins prenant. Les étables et les prairies sont retournées pour devenir des champs de maïs ou de blé. Comment stopper cette hémorragie ?

Je partage votre constat. Le nombre d’éleveurs se réduit en France. D’où un vrai danger pour notre indépendance alimentaire, en raison de la baisse de la production de lait et de viande. J’ai donc choisi d’engager une stratégie politique qui tente d’inverser la tendance. En luttant d’abord pour la revalorisation du prix payé aux éleveurs. Il n’est pas tolérable, par exemple, que des négociations avec le secteur agroalimentaire prennent comme base de départ, à propos du lait, un prix inférieur à celui de l’année dernière.

La formidable réputation de notre agriculture ne suffit plus, même si elle pèse encore auprès de partenaires historiques

→ Stéphane Le Foll

Pèlerin : En attendant, de nombreux éleveurs laitiers sont aujourd’hui tentés de vendre leur production sur les marchés internationaux, plus rémunérateurs…

C’est vrai. Vous imaginez les conséquences pour notre pays et notre industrie agroalimentaire si une grande partie du lait que nous produisons partait d’abord sur les marchés chinois ? Voilà pourquoi il est urgent de réévaluer les aides accordées aux éleveurs.

De nombreux dispositifs, plus équitables, sont actuellement mis en place en ce sens. Cela dit, il faut aussi mieux organiser nos filières agricoles pour qu’elles deviennent plus compétitives.

Vidéo. Présentation de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (déjà adopté en première lecture par l’Assemblée nationale), par Stéphane Le Foll. Source : Min Agriculture.



Pèlerin : Pouvez-vous nous donner un exemple ?

Les producteurs ont présenté le 11 février 2014, avec mon soutien plein et entier, un label qui permettra d’identifier, de manière claire, les produits de la filière des "viandes de France". Cela les valorisera et ce n’est que justice ! Toutes ces viandes sont en effet produites selon les normes européennes, dans des conditions sociales exigeantes, dans le respect de la sécurité alimentaire et du bien-être animal.

Cette exigence doit s’appliquer à d’autres filières, comme la production de fleurs, par exemple, très menacée par les importations des Pays-Bas ou du Kenya, ou encore la nébuleuse des productions viticoles. Comment voulez-vous qu’un consommateur français, et plus encore étranger, s’y retrouve dans la multitude de produits que nous lui présentons ? Les nouveaux labels vont aider à structurer les filières et à clarifier l’origine des produits.

Vidéo. Présentation du logo « viandes de France ». Source : Min Agriculture.



► Retrouvez l'intégralité de l'article dans Pèlerin n° 6847 du 20 février 2014.

Trouvez Pèlerin chez le marchand de journaux le plus proche de chez vous (entrez "Pèlerin" puis votre adresse postale).

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 5 avril 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières