Nicolas Hulot : "Je rêve de voir le pape au Mont-Saint-Michel"

agrandir Nicolas Hulot sur la plage de Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine) avec Wanaï, son berger australien.
Nicolas Hulot sur la plage de Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine) avec Wanaï, son berger australien. © Thierry Pasquet
Nicolas Hulot sur la plage de Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine) avec Wanaï, son berger australien.
Nicolas Hulot sur la plage de Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine) avec Wanaï, son berger australien. © Thierry Pasquet

Comme envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, Nicolas Hulot n'a qu'une obsession : préparer le terrain pour un accord international contre le réchauffement climatique, à Paris, en 2015.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 04/02/2014
  • Publié par :Véronique Badets
  • Édité par :François Boulard
  • Publié dans Pèlerin
    6845, du 6 février 2014

Pèlerin. Comme envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, vous vous êtes rendu deux fois au Vatican depuis cet automne et vous avez rencontré le 28 janvier 2014 le Patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier. Pourquoi cet intérêt pour les Églises ?
Nicolas Hulot.  Je considère que la crise écologique et climatique que nous traversons renvoie à une profonde crise de civilisation. Pour y faire face, les réponses politiques et techniques ne peuvent suffire.

Redonner du sens au progrès, à l’économie, à nos sociétés, passe aussi par une approche spirituelle, où les religions doivent être présentes. Par ailleurs, le changement climatique provoque déjà le décès de centaines de milliers de personnes chaque année et le déplacement de millions d’autres.

L’Église catholique est la première à réagir à ces souffrances. Mais quand elle exprime sa compassion pour les victimes du typhon aux Philippines, je regrette qu’elle ne nomme pas plus clairement la cause de cette catastrophe.

Vidéo. Nicolas Hulot : "Le Vatican va faire un encyclique consacré à l'écologie en 2015". Source : Europe 1. Durée : 13 minutes.

 
Nicolas Hulot : "Le Vatican va faire un... par Europe1fr

D’ailleurs, tous les scientifiques, y compris à l’Académie pontificale des sciences, partagent le constat que le réchauffement de la planète se manifeste par la multiplication des extrêmes climatiques : ouragans, typhons, sécheresses, inondations.

Au moment où l’humanité a du mal à prendre en charge cette question, l’Église catholique me semble avoir une responsabilité particulière pour demander aux responsables économiques et politiques de ne pas sacrifier l’avenir au présent.

La solidarité dans l’espace doit s’élargir à une solidarité dans le temps. Nous sommes en train de générer des phénomènes qui vont amplifier d’une façon insoupçonnée les souffrances et les inégalités des hommes de demain. En ce sens, le souci écologique peut être vu comme la plus haute forme de solidarité.

La famille humaine est à un tournant de son destin.

Vous rêvez d’un voyage pontifical axé sur les enjeux liés au changement climatique, par exemple au Mont-Saint-Michel. Qu’est-ce qu’un tel événement pourrait apporter à votre cause ?
Un sommet majeur sur le climat aura lieu à Paris en décembre 2015, où seront présents les États du monde entier. Le but est d’obtenir un accord global et contraignant pour limiter autour de 2 °C le réchauffement climatique.

J’ai passé l’année 2013 à prendre le pouls de différents États et j’ai pu mesurer à quel point cet accord va être difficile. Chacun rejette la responsabilité sur les autres, ou estime avoir de bonnes raisons de ne pas pouvoir participer à l’effort commun indispensable.

Twitter. Nicolas Hulot s’exprime sur le rôle de l’Église dans les questions environnementales.

 

Or, si la conférence de Paris se solde par un échec, on va précipiter l’humanité dans un monde tragique. Pour la première fois, l’humanité dans sa diversité est confrontée à une menace identique. La famille humaine est à un tournant de son destin.

Comme pour l’instant, je n’ai pas trouvé la formule magique pour ramener nos responsables politiques à une forme de raison et de sagesse, je me dis qu’une voix comme celle du pape serait capable de les toucher.

►Twitter. Appel de Nicolas Hulot en faveur d’un sursaut européen en matière d’écologie.

 

Quand François est allé à Lampedusa dénoncer la « mondialisation de l’indifférence », cette phrase a été reçue largement au-delà des croyants. Certes, il a annoncé une encyclique sur l’écologie pour 2015.

Mais cela n’aura pas la même portée qu’une interpellation faite lors d’un déplacement. Soit sur un lieu affecté gravement par les conséquences du changement climatique, au Sud. Soit en France, pays hôte du sommet, dans un lieu comme le Mont-Saint-Michel symbolisant l’harmonie entre l’homme et la nature.

Quand vous êtes au chômage et à 3 euros près à la fin du mois, vous comprenez tout de suite de quoi il s’agit et où est l’ennemi…

Vous essayez depuis près de vingt-cinq ans, à la tête de votre Fondation, de sensibiliser les esprits à la protection de la planète. Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à cette prise de conscience ?
Le premier facteur est culturel : nous avons en tête que le progrès est toujours en marche et que le temps va bien finir par améliorer les choses. Il y a aussi cette foi absolue dans la science, qui fait penser à certains qu’elle pourra nous offrir des solutions contre le changement climatique.

Enfin, il y a le fait que la crise écologique n’entraîne pas (encore) de souffrances immédiatement palpables. Quand vous êtes au chômage et à 3 euros près à la fin du mois, vous comprenez tout de suite de quoi il s’agit et où est l’ennemi…

Vidéo. Nicolas Hulot évoque sa visite au Vatican dans La Nouvelle Édition de Canal +. Source : Canal +. Durée : 16 min.

 


La relation de cause à effet est plus difficile à voir dans les menaces écologiques. On a l’impression qu’elles sont éloignées dans le temps et l’espace alors qu’elles se développent déjà de manière silencieuse. Nous avons une bombe à retardement sous nos pieds mais nous nous sommes habitués à son tic-tac…

Tant que seule une minorité s’en souciera, nous n’avons aucune chance de nous en sortir. C’est pourquoi les Églises ont un rôle important à jouer : elles sont capables de mobiliser largement les consciences.


► Lire l’intégralité de l’interview dans Pèlerin n° 6845, du 6 février 2014.

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Paru le 5 avril 2018

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