Le bonheur est au jardin



Cette année, la 13e édition des Rendez-vous aux jardins, les 5, 6 et 7 juin, attend à travers la France 1,5 million de visiteurs, dans 2 300 parcs et jardins, considérés comme partie intégrante de notre patrimoine. Un engouement toujours plus grand qui signe la renaissance des arts du jardin.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 27/05/2015
  • Publié par :Guillemette de La Borie
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6913, du 28 mai 2015

J’ai descendu dans mon jardin, pour y cueillir du romarin… Les notes légères et joyeuses de cette chanson populaire se transmettent depuis le XIIe siècle, manifestant le goût constant des Français pour leurs jardins.

Bien longtemps avant le Jardin extraordinaire de Charles Trenet, ou le Petit jardin (« qui sentait bon le bassin parisien »…) de Jacques Dutronc.

Vidéo. Jardin extraordinaire de Charles Trenet. Source : INA.

 

Son. Le petit jardin de Jacques Dutronc. Source : Wat

 

Des jardins dans tous leurs états, jardins historiques composés dans les règles de l’art, jardins de banlieue nichés dans les interstices urbains, jardins partagés et potagers…

D’agrément ou nourricier, la distinction est théorique et récente, nous dit Hervé Brunon, historien des jardins et du paysage : « Autrefois, on mélangeait légumes et fleurs à couper, et les vergers d’ornement donnaient aussi des fruits. »

Cette année, la 13e édition des Rendez-vous aux jardins, les 5, 6 et 7 juin, attend à travers la France 1,5 million de visiteurs, dans 2 300 parcs et jardins, considérés comme partie intégrante de notre patrimoine.


Un engouement toujours plus grand qui signe la renaissance des arts du jardin, après l’éclipse des Trente Glorieuses, où travail manuel et production nourricière semblaient appartenir à un passé agricole révolu. 

Désormais, on aime, on visite et on admire les plus beaux jardins, autant qu’on cultive et embellit le sien.

La France en compte 12 millions. 7 ménages sur 10 possèdent un jardin ou une terrasse. Et 9 personnes sur 10 estiment que le contact avec les plantes, les végétaux et les jardins est important, voire essentiel, dans leur vie quotidienne. Le nombre de potagers – 7, 7 millions –, ne diminue pas, car « le passage à la retraite incite de nombreux ménages à se tourner vers le jardinage », note encore cette étude de l’Insee.

La sociologue Françoise Dubost a étudié ces Jardins ordinaires (Éd. L’Harmattan, 2000, 176 p. ; 16,80 €), souvent de taille modeste – moins de 300 m2 –, mais où près de la moitié des heureux propriétaires travaillent tous les jours. Légumes et fruits du jardin représentent alors presque la moitié de leur consommation, et le quart de la consommation globale des Français.

Animation. Les jardins : les Français en sont fous !

 

Mettre en plein écran pour profiter pleinement de l'animation, et utiliser les flèches pour vous déplacer.

Qu’est-ce qui nous emmène ainsi au jardin ? Pour Hervé Brunon, auteur des Jardins de sagesse en Occident (Éd. Seuil, 2014, 128 p. ; 25 €), ce mouvement est bien plus qu’une mode : « On redécouvre des bienfaits inscrits dans une histoire très ancienne. Dans les monastères médiévaux, le travail au jardin était réputé combattre l’acédie, ou “mal de l’âme”. De la Renaissance, nous vient l’idée que le jardin, avec son harmonie, ses parfums et ses couleurs, peut rééquilibrer l’organisme humain, combattre les maladies comme la terrible “mélancolie”. Dès le XVIIIe siècle, on trouve des jardins à l’hôpital, et au XIXe siècle dans les hôpitaux psychiatriques. »

À côté du soin par les plantes médicinales, il y a déjà ce qu’on appelle aujourd’hui l’hortithérapie, le soin du corps et du mental par le jardinage.

Hervé Brunon voit une continuité dans cette quête de bien-être : « Actuellement, la psychologie de l’environnement mène des protocoles d’expériences pour comprendre pourquoi la nature nous fait tant de bien : comment, dans un monde urbanisé et hyperconnecté, la vie en plein air, le travail manuel et le contact avec le vivant permettent de se restaurer. Le jardinage est une école de patience et d’humilité, qui nous réinscrit dans le cycle des saisons, de la germination à la croissance, avec les aléas climatiques obligeant à toujours s’adapter. »

Des formes nouvelles d’investissement au jardin sont apparues, note-t-il encore, telles « l’émergence, il y a une quinzaine d’années, d’une conscience écologique avec le respect de la biodiversité, la recherche d’un mode de vie plus libre, selon les idéaux de mai 1968 ; la solidarité, avec les jardins d’insertion – par exemple du réseau Cocagne –, ou les Amap, pour donner du travail et de la nourriture à ceux qui n’en ont pas ; et le lien social, cultivé dans le travail en commun et la responsabilité ».

Florent Quellier, auteur d’une Histoire du potager (éd. A. Colin, 2012, 192 p. ; 28,50 €), souligne cette image positive dont a toujours joui le jardinier : « Depuis l’agronome Olivier de Serres au XVIe siècle, ce “bon mesnager” qui, loin des passions du monde, vivait de sa production, jusqu’aux pères de familles des jardins ouvriers du XIXe siècle, consacrant leurs loisirs à nourrir leurs enfants de bons produits, plutôt qu’à faire de la politique ou boire au café ! »

Pour lui, le jardin reste toujours un espace préservé, réputé en dehors du marché, de la violence, de la pollution : « Il y a toute une économie du don et du partage qui persiste à travers les jardins : si le maraîcher vend ses produits, le jardinier les donne, à ses enfants, à ses voisins : un panier de cerises, un bouquet de fleurs, des haricots verts juste ramassés…Il échange des boutures ou des outils. »

Parcelles plantées au cordeau ou nourries au purin d’ortie

On vit dans son jardin, on le fait volontiers visiter, on présente à travers lui une image de soi-même intime et valorisante : impeccablement désherbé, planté de fleurs sophistiquées et de légumes au cordeau, ou au contraire conservatoire d’espèces oubliées, potimarrons, rutabagas ou topinambours nourris de purin d’ortie.

« Même si elles ont été achetées, poursuit Florent Quellier, les graines une fois en terre ne sont plus considérées comme issues du marché, mais fruits du travail du jardinier. Inconsciemment, on est persuadé que ce que l’on cultive est plus sain que ce qu’on achète. »

Même s’il s’agit d’un pot de thym exposé sur un balcon urbain, et que la France est le premier consommateur européen de pesticides.

Le budget moyen des plantations dans nos jardins représente tout de même 290 euros par an (chiffres Willemse). Et émissions de télévision, presse et éditions spécialisées, « journées des plantes » nationales et régionales, associations et ateliers de jardinage prospèrent dans ce terreau.

Car les nouvelles générations de jardiniers, sauf lorsqu’elles sont directement issues du monde rural, ont besoin de conseils pour réapprendre à tenir le plantoir, et sont friandes de techniques nouvelles : la culture urbaine dite « en lasagne », par exemple, ou dans des bacs en hauteur pour les seniors qui trouvent la terre trop basse…

Un loisir qui ne coûte pas cher

Jean-Pierre Dassieu, président de Gamm Vert, numéro 1 des jardineries de proximité françaises, affiche un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros ; il voit dans cet engouement à la fois une conséquence du développement du temps libre, du goût de faire soi-même, et une activité « de crise ».

Quand il faut réduire les dépenses, la vie au jardin, devenu « la cinquième pièce » de la maison, est un loisir qui ne coûte pas cher ; et la culture du potager une manière de faire des économies (couplé avec un congélateur, pour les réserves de l’hiver). Mais les grands chefs étoilés affichent aussi sur leur carte, en gage de qualité, les produits issus de leurs propres potagers.

Comme sur tout marché, il y a des modes, entretenues pour stimuler la consommation : variétés nouvelles, anciennes ou exotiques de plants ; pots de terre ou de fer design ; salons de jardin en toile, teck…

Dernière tendance en date, après les jardins d’hiver ou les volières, les poulaillers, en versions bien plus élégantes que l’ancienne cage à poules ! Alors, pour contempler, se détendre, se retrouver en famille, faire de l’exercice physique, créer ou militer, descendez au jardin, dans toutes les formes de jardins, à travers nos pages !


Catherine Lalanne

« Celui qui plante un jardin plante le bonheur ! » Les Français semblent avoir fait leur ce joli proverbe chinois. Leur engouement pour les parcs, les fêtes des plantes, leur potager n’en finit pas de croître. Pour défendre l’écologie, réaliser des économies et manger sain, il nous faut retourner au jardin. Pour partager avec les enfants, les voisins, ceux qui ont faim, nos potagers se font citoyens. Enfin, loin des tensions et des crises à répétition, reliés au ciel et aux saisons, dans une voie de sagesse et de contemplation, nous nourrissons notre esprit en soignant nos plantations. Pour cultiver cette passion nationale, Pèlerin vous offre vingt pages végétales. Qu’elles participent à vous ressourcer comme elles ont fertilisé notre plume.

► Catherine Lalanne, rédactrice en chef à Pèlerin.


► A lire aussi notre dossier spécial de 20 pages, dans Pèlerin n° 6913, du 28 mai 2015.

bonheur dans le jardin

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Paru le 18 janvier 2018

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