Ils jeûnent pour sauver la planète

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Des convives de "l'apéro jeünatoire" au côté d'Aglaé Dehondt (à gauche), organisatrice de la soirée. © Guillaume Poli / Ciric
Des convives de "l'apéro jeünatoire" au côté d'Aglaé Dehondt (à gauche), organisatrice de la soirée.
Des convives de "l'apéro jeünatoire" au côté d'Aglaé Dehondt (à gauche), organisatrice de la soirée. © Guillaume Poli / Ciric

L’invitation au jeûne alimentaire volontaire fait partie de l’expérience ­chrétienne, encore plus pendant le Carême. Une ascèse personnelle qui invite à la transformation du cœur et à la lucidité sur le monde. Le groupe « Chrétiens et Écologie dans le Loiret » invite, une fois par mois, à un jeûne pour le climat.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 27/02/2015
  • Publié par :Eyoum Nganguè
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6901, du 5 mars 2015

« Un verre d’air (pur ?) du Loiret agrémenté d’une bonne dose de responsabilité individuelle, d’un zeste d’audace et d’un soupçon d’humour… »

Tel était le menu de la collation proposée à plus de 150 convives, le 1er février 2015, au cinéma Les Carmes, à Orléans (Loiret), par le collectif local « Jeûne pour le climat ».

En amuse-bouche, la projection du film De plein fouet – Le climat vu du Sud, du réalisateur belge Geert de Belder a donné le ton : le documentaire montre comment les changements climatiques en cours font déjà de nombreuses victimes chaque année, dans plusieurs pays du Sud.

► Vidéo. La bande-annonce du film De plein fouet – Le climat du Sud.

 

Après la projection, les invités se retrouvent au sous-sol où les représentants locaux des 14 associations organisatrices – le Réseau action climat, le Secours catholique, Action contre la faim, entre autres –exposent leurs objectifs, à travers des tracts et en répondant aux questions du public.

Une initiative originale

Au milieu de la demi-douzaine de stands se tient une table joliment dressée. Des couverts, des plats, des verres, des serviettes en papier. Mais ni toasts, ni petits fours à l’horizon. Pas même une boisson alcoolisée ou une cruche d’eau.

« Ceux qui sont venus ont été prévenus à l’avance qu’il s’agissait d’un “apéro jeûnatoire”, explique, en souriant, Aglaé Dehondt, 40 ans, membre de Chrétiens et Écologie dans le Loiret et organisatrice de la soirée. Chacun sait donc à quoi s’attendre quand il répond à notre invitation. »

 Vidéo. Le jeûne pendant le carême pourquoi ? Comment ? Source : diocèse de Paris.

 

Si cela ne se fait pas de parler la bouche pleine, l’expérience montre qu’a contrario, les gosiers secs délient les langues. Aurélien, 23 ans, explique ainsi qu’après avoir eu vent de cet événement via les réseaux sociaux, il est venu voir.

Je ne suis pas pratiquant, mais jeûner pour le climat est une initiative très originale

→ soutient-il.


Prêtre et accompagnateur de Chrétiens et Écologie dans le Loiret, Jean-Marie Richard rappelle ce qu’est le jeûne pour les chrétiens :  « Une mise en disponibilité, une transformation intérieure au cours de laquelle nous sortons de l’ordinaire pour redécouvrir l’essentiel : que notre vie nous est donnée par Dieu. »

Affable sexagénaire, Marie-Claire est, elle, bénévole de l’association Oxfam : « J’ai été séduite pas cette idée qui consiste à renoncer volontairement à consommer, à notre époque hyperconsumériste. »

Philippe, 44 ans, venu en ami, ne cache pas sa joie : « La plupart des religions, affirme-t-il, prônent le jeûne. Si une telle initiative peut fédérer les énergies et permettre aux défenseurs de l’environnement de se faire entendre, c’est une belle action non violente. »

Pour Aglaé Dehondt, élargir l’événement au-delà du cercle des milieux catholiques est une évidence :

Nous souhaitons que la société civile adhère plus massivement à ce jeûne militant. La participation active des représentants locaux de la Fédération protestante a déjà permis de donner une envergure œcuménique au collectif. Cela nous permet de mobiliser en-dehors de nos réseaux habituels.


 Vidéo. Se priver pendant le Carême, ça sert à quoi ? Source : KTOTV. Durée : 26 minutes.

 

Ce modeste « apéro jeûnatoire » mensuel n’est pas qu’une goutte d’eau dans un océan d’indifférence. L’action s’inscrit dans un mouvement devenu planétaire après son lancement par le Philippin Yeb Saño.

Exprimer sa solidarité

Au cours du sommet international de Varsovie sur les questions climatiques, en novembre 2013, son pays était dévasté par le typhon Haiyan,

l’un des plus violents que les Philippines aient connu de mémoire d’homme. Désemparé devant la souffrance de son peuple et les inerties des discussions d’experts, il avait décidé de protester par le jeûne contre ce qu’il considérait comme une injustice climatique.

Touchées par son geste, des centaines d’autres personnalités et d’organisations de différentes convictions philosophiques et spirituelles l’ont rejoint peu à peu.

Ce jeûne volontaire, qui peut prendre des formes différentes, est une manière de redevenir acteur dans un monde compliqué. Car il exprime d’abord une solidarité réelle avec le nombre grandissant de victimes du changement climatique en cours. Il est aussi une manière douce et ferme d’inviter les décideurs politiques à dépasser leur vision à court terme.

Pour adopter, enfin, un traité global sur les actions à mener afin de limiter les effets des changements climatiques, lors de la prochaine Convention des Nations unies (la COP21), qui se tiendra à Paris, du 30 novembre au 11 décembre 2015.

Depuis le 1er juillet 2014, le Loiret est monté à bord de ce train pacifique du jeûne en créant son propre collectif. Le premier jour de chaque mois, à Orléans, comme dans des centaines de villes à travers la planète, on jeûne désormais « pour » le climat.

« La démarche est à la fois collective et individuelle, locale et globale, explique Aglaé Dehondt. Chacun peut agir pour qu’autour de lui naisse une dynamique qui va influencer ceux qui décident de l’avenir de la Terre. Chaque premier jour du mois, jusqu’en décembre, promet-elle, nous allons organiser une manifestation différente. »

Ingénieur agronome, Yves Froissart, qui est aussi membre de Chrétiens et Écologie dans le Loiret, mesure plus que quiconque la nécessité de se mobiliser pour le climat.

Cette démarche rejoint celle de la  prière car, seul ou en groupe, on sollicite la miséricorde divine pour que notre projet aboutisse

soutient-il.

Se renouveler soi-même

« Ici, complète le P. Jean-Marie Richard, le jeûne apparaît comme une cure de vitamines, qui donne aux uns et aux autres une nouvelle vitalité sur le plan spirituel, qui invite à s’engager, à aimer la nature et notre prochain, créatures de Dieu. C’est une manière de se renouveler soi-même pour se remettre dans la bonne direction. »

Cette action par le jeûne volontaire n’est pas une démarche radicale mais un engagement responsable à forte charge symbolique : « Durant cette journée mensuelle, chacun choisit la forme qui lui convient, explique encore Aglaé Dehondt.

Certains décident de prendre un repas maigre. D’autres optent pour un “jeûne carbone” qui consiste à limiter les activités polluantes, par exemple en se déplaçant à vélo ou en renonçant à manger de la viande. » Pour elle, un mot résume ce parti pris : celui de la sobriété.

« Pas ­question de faire du zèle, ajoute-t-elle. Il vaut mieux ne pas jeûner si on risque une hypoglycémie. »

Yves Froissart renchérit :

Le jeûne est à la fois une épreuve physique et un défi pour la foi qui se situe en droite ligne du Carême. Nous, cathos et écolos, sommes en résonance avec le saint patron des défenseurs de l’environnement. Saint François d’Assise, célébré chaque année le 4 octobre, et qui s’était fait pauvre lui-même pour pouvoir défendre les plus précaires.


Ce qui ressemble à une ascèse personnelle exprime donc désormais un souci plus profond, celui d’une solidarité concrète et d’une lutte contre les injustices du monde. « Être responsable dans notre comportement à l’égard de la planète, conclut Yves Froissart, devient une urgence pour ­chacun désormais. »


Le Carême 2015 sous le signe de l’écologie

Porteur du projet « Jeûne pour le climat » à Orléans, l’association Chrétiens et Écologie dans le Loiret s’inspire aussi de la campagne annuelle du CCFD-Terre solidaire.

Une opération intitulée « Tous responsables de la Création » et qui ­propose, aux communautés, réflexions spirituelles et témoignages sur le lien entre foi chrétienne et actions écologiques. Plusieurs propositions d’animations, invitant à revenir à l’essentiel, sont aussi proposées.

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Paru le 18 janvier 2018

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