En Polynésie, des océans & des îles en héritage

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© Marino Degano
En Polynésie, des océans & des îles en héritage
© Marino Degano

Frère Maxime est un Polynésien heureux… mais mobilisé. Il est l’un des acteurs défendant ces îles paradisiaques & leurs populations, après trente ans d’essais nucléaires et des rêves de grandes réserves marines.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 04/01/2015
  • Publié par : Dominique Lang
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët
  • Publié dans Pèlerin
    6944 du 31 décembre 2015

« Tout est lié ! » Cette conviction, répétée à maintes reprises dans l’encyclique Laudato si’ du pape François, est aussi celle de frère Maxime dans ses divers engagements : « Défense et émancipation des populations, respect de l’environnement et de la conservation des espèces, lutte contre les pollutions de toutes sortes : autant de domaines interdépendants pour lesquels il faut agir sans relâche et sans concessions. »

Avec un tel programme, on comprend que, pour cet homme de 75 ans, le temps n’est pas encore venu de prendre sa retraite. Un comble pour cet habitant de la Polynésie française, l’un des environnements les plus paradisiaques de la planète.

Défendre les hommes et l’environnement

Mais une posture tout à fait cohérente avec son statut de « frère de Ploërmel », congrégation missionnaire bretonne (1). Leur fondateur, Jean-Marie de La Mennais (1780-1860), lance, quelques semaines avant de mourir, une ultime aventure vers ces terres australes.

Frère Maxime est l’un de leurs lointains successeurs, même si, étant polynésien de souche, sa propre « traversée » a été plus intérieure. « Dans ma jeunesse, confie l’homme, j’avais déjà ce désir de faire quelque chose d’inhabituel de ma vie. » Il sera donc religieux et éducateur. « En devenant enseignant à mon tour, j’ai aimé cette impression de servir efficacement dans l’éducation des jeunes. »

Vingt ans durant, il a ainsi été responsable du « Foyer des îles », à Papeete, accueillant des adolescents venus de tout l’archipel. Désormais, il se consacre à plein-temps à défendre les droits des populations locales ou des projets environnementaux.

« Je ne me considère pas du tout comme un militant. J’essaye juste d’être cohérent avec mes convictions, pour respecter la Création dont nous sommes les humbles gestionnaires. Je ne suis pas non plus un combattant. Sachant que Jésus a vaincu le mal et la mort, je suis certain de la victoire finale, d’une manière ou d’une autre. »

Les traces du nucléaire

Frère Maxime n’aime pas non plus le mot « écologiste », trop « pollué par des amalgames inacceptables ».

« Serein, déterminé et en paix » 

→ cette description lui convient mieux.

L’association « 193 », qu’il a fondée, veut ainsi aider toutes les générations de Polynésiens à se souvenir des 193 essais atomiques français dans la région, entre 1966 et 1996. Une question toujours taboue pour beaucoup.

« Les essais nucléaires nous ont longtemps poussés à vivre au-dessus de nos moyens grâce à l’argent qui circulait alors. Mais depuis qu’ils ont cessé, il n’en reste plus que les conséquences dramatiques. »

La multiplication de cas de cancers au sein des 270 000 habitants de la collectivité d’outre-mer l’inquiète et le révolte. Tout comme les lenteurs de l’administration française pour d’éventuels dédommagements.

Des projets en chemin

Depuis quelques mois, il participe aussi activement à un programme préparant la création d’une immense réserve naturelle marine, de près d’un million de kilomètres carrés, soutenu par le programme « Héritage mondial des océans ».

Les élus de Rururu, Tubuai, Rimatara et Raivavae, que frère Maxime a rencontrés avec l’ONG Pew (2) à l’origine du projet, ont déjà donné leur accord. Le projet pourrait aboutir avant la fin de l’année prochaine.

En attendant, les frères de Ploërmel poursuivent leur mission. La communauté où vit désormais frère Maxime s’est ainsi donné un patron approprié : François d’Assise. Tout un programme.


(1) Il s’agit en fait des Frères de l’instruction chrétienne de Ploërmel.

(2) http://www.pewtrusts.org

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Paru le 5 avril 2018

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