Dominique Bourg, philosophe : "La consommation ne peut plus être un idéal de vie"

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Dominique Bourg, philosophe : "La consommation ne peut plus être un idéal de vie"
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Le 21 juillet 2015 à Paris, un sommet réunissant des personnalités morales et spirituelles du monde entier lancera un appel à la mobilisation des consciences pour le climat. Le philosophe Dominique Bourg, professeur à l’université de Lausanne (Suisse) et vice-président de la Fondation Nicolas-Hulot, en expose les enjeux.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 15/07/2015
  • Publié par :Véronique Badets
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6920, du 16 juillet 2015

Pèlerin. Un Sommet des consciences pour le climat, à quoi cela peut-il bien servir ?

Dominique Bourg

©Bruno Levy/Divergence

Dominique Bourg (photo). La raison profonde pour laquelle le dérèglement climatique a atteint ce niveau de gravité, c’est un consumérisme et un matérialisme sans limite. La consommation est devenue une forme de spiritualité en creux, une croyance quasi universellement partagée. Pourtant, elle produit des frustrations énormes, et sape les conditions de viabilité de l’espèce humaine sur Terre.

Un Sommet des consciences doit permettre d’attirer l’attention sur la nécessité de proposer un autre idéal à l’humanité que de remplir son Caddie.

Mais changer nos comportements est une véritable gageure. Pour cela, il faut adhérer à une autre représentation de la « vie bonne », compatible avec l’avenir de l’humanité. Or, les spiritualités – qui participent à ce Sommet des consciences – ont vocation à proposer des chemins de vie.

Face à ceux qui pensent que seules des solutions techniques peuvent enrayer le changement climatique (ce qui est illusoire), elles placent l’enjeu au niveau de nos modes de vie et de notre modèle économique. Comme l’a fait d’ailleurs le pape François dans sa dernière encyclique.

Face à cet enjeu immense, n’est-il pas un peu limité de faire appel aux consciences individuelles ?
D. B. En appeler à la conscience de chacun ne veut pas dire que la solution s’arrête à l’individu. Ce qui est à changer, fondamentalement, c’est notre manière d’agir ensemble. Les initiatives les plus créatives dans la société viennent de personnes qui se retrouvent autour de projets comme la mise en commun de biens d’équipements, l’échange de semences pour les cultures, l’habitat participatif, etc.

Quand on consomme aujourd’hui, on essaye d’avoir aussi bien, voire plus que les autres. Mais ce qui sauvera l’humanité va dans le sens inverse : c’est un effort collectif pour réduire les gaz à effet de serre – d’abord à l’échelle de petits groupes – et pour partager nos ressources.

Mais au-delà des actions réalisées ici et là, un accord international n’est-il pas indispensable pour lutter contre le changement climatique ?
D. B. Un accord à 195 pays sur le climat (objectif de la COP21, NDLR) sera bien difficile à trouver à Paris en décembre 2015. Au mieux, il accouchera d’une décision pour financer l’adaptation au changement climatique dans les pays les plus pauvres, assortie de quelques objectifs non contraignants pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Ce qu’il faut espérer, surtout, c’est que l’accord de Paris lance une dynamique. Qu’il marque le début d’une prise de conscience mondiale sur le climat, qui permettra de tirer vers le haut, peu à peu, les engagements pris par les États.

Vous avez déclaré qu’une des causes de la crise écologique, « c’est que nous ne parvenons pas à nous représenter moralement les questions d’environnement ». Que voulez-vous dire ?
D. B. Au moment où je vous parle, je suis en Normandie, il fait 16 °C ce matin d’été, la verdure est magnifique, je ne vois pas à l’œil nu la moindre dégradation de l’environnement… Mais si j’analyse la composition de l’atmosphère, ou que je lis une étude sur l’effondrement des espèces animales communes, je prends une certaine conscience du problème, et il peut m’interpeller moralement.

Toute la difficulté est là : comment me sentir responsable lorsque je ne vois pas de causalité directe entre mon comportement et les dommages globaux.

Le Sommet des consciences fait notamment appel à de grandes voix spirituelles. En quoi peuvent-elles aider à se sentir responsable de l’évolution du climat ?
D. B. Les spiritualités peuvent aider à voir plus loin, à faire le lien entre des situations différentes, à se sentir plus solidaire lorsque cette causalité immédiate n’est pas visible.

Leur appel devrait permettre selon moi un approfondissement de notre sens moral au-delà du seul :

 Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse 

précepte qui concerne surtout les relations interpersonnelles. Car nos actes de consommation quotidiens sont loin d’être neutres pour autrui, en particulier les plus pauvres de la planète. Ils ont une portée dommageable, mais au bout d’une chaîne complexe. Les spiritualités obligent à regarder la totalité du monde et à avoir une attitude cohérente. f

 

Interpeller tous les habitants de la planète

Pierre Rabhi, Bartholomée Ier, Muhammad Yunus… Le 21 juillet 2015, à Paris, quarante personnalités morales et religieuses venues du monde entier lanceront l’Appel des consciences pour le climat, en présence notamment du président François Hollande. Le but : susciter une prise de conscience mondiale sur le changement climatique, par-delà les différences de cultures et de convictions religieuses.

Lancée à l’initiative de Nicolas Hulot,avec notamment le soutien de Bayard, cette mobilisation se veut une force de plus pour peser en faveur d’un accord international sur le climat lors du sommet de Paris fin 2015. Vous êtes invités à vous exprimer sur votre lien à la planète en répondant à la question « Why do I care ? » (pourquoi j’y tiens ? pourquoi cela m’importe ?) sur le site du Sommet des consciences pour le climat.


A lire aussi dans Pèlerin, n° 6920 du 16 juillet 2015

De la conscience aux actes
Femmes, hommes, jeunes ou moins jeunes, ils s’engagent au quotidien pour le climat.

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Sommet des consciences 02




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Paru le 18 janvier 2018

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