Chantiers participatifs : pour construire autrement

agrandir Sandrine et Christophe devant le chantier participatif de leur maison à Tréfumel (Côtes-d’Armor).
Sandrine et Christophe devant le chantier participatif de leur maison à Tréfumel (Côtes-d’Armor). © Martial Ruaud / Andia
Sandrine et Christophe devant le chantier participatif de leur maison à Tréfumel (Côtes-d’Armor).
Sandrine et Christophe devant le chantier participatif de leur maison à Tréfumel (Côtes-d’Armor). © Martial Ruaud / Andia

Construire sa maison soi-même, avec l’aide de bénévoles, et le plus souvent selon des techniques écologiques : une tendance en hausse qui exprime aussi le désir d’autres relations sociales.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 21/07/2015
  • Modifié le 09/09/2015 à 10:15
  • Publié par :Laurence Valentini
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6921, du 23 juillet 2015

A Tréfumel (Côtes-d’Armor), village de 265 âmes à 15 km de Dinan, il n’est pas difficile de trouver le chantier de Sandrine et Christophe.

Ah, les jeunes qui construisent leur maison eux-mêmes ? C’est par là, à gauche, puis tout droit. Vous ne pouvez pas vous tromper : il y a une yourte sur le terrain 

→ indique un villageois. Quelques centaines de mètres plus loin, la yourte est bien là.

Mais pas seulement. Une tente, une caravane avec une extension bâchée en guise de douche, des toilettes sèches, un vieux batteur agricole recyclé qui sert à fabriquer un enduit naturel occupent aussi la parcelle.

Et bien sûr, une maison en construction dont s’échappe une drôle d’odeur de gadoue. Sandrine, jeune maman de 36 ans, assise dans le futur coin cuisine, prévient : « Il est bientôt midi,
je prépare la salade de tomates mozzarella ! »

Accroupis, en haut sur la mezzanine, Anouk et Olivier, deux bénévoles, finissent d’appliquer l’enduit mural, mélange de terre et de paille, à mains nues. « J’aime bien travailler sans gants, sentir la matière », apprécie Anouk. Marquant une pause, Olivier acquiesce.

Fabrice, le formateur de l’association Botmobil, surveille son mélange dans le batteur. Il enchaîne les allées et venues avec des seaux remplis d’enduit.

Le grand gaillard a toujours l’air d’avoir la tête dans les nuages mais reste vigilant. « Nous travaillons à l’intérieur car je ne suis pas satisfait de mon amalgame pour les murs extérieurs, confesse-t-il. Comme je ne veux pas utiliser de chaux, j’ai misé sur la fermentation de la fibre et de la terre pour que l’enduit soit résistant à la pluie mais ce n’est pas tout à fait réussi. Sur un chantier participatif, il faut toujours s’adapter, tâtonner et surtout prendre son temps. »

Dans le domaine de la rénovation ou de la construction, les chantiers participatifs connaissent un réel engouement.

Le principe : des autoconstructeurs font appel à des bénévoles pour la réalisation de leur projet, via des petites annonces sur des réseaux associatifs.

Habiter dans un lieu le plus sain possible

Les bénévoles sont, dans la grande majorité des cas, des néophytes et sont formés sur place grâce à un intervenant rémunéré par le propriétaire.

À Tréfumel, Sandrine et Christophe ont démarré la construction de leur maison au printemps 2014, après un long parcours du combattant auprès des banques qui se révèlent encore frileuses face aux autoconstructeurs.

Christophe s’est chargé des fondations et du terrassement avec un professionnel du bâtiment. L’ossature en bois a été posée par des charpentiers et la toiture en ardoises par un couvreur.

Tout le reste, en revanche,– murs en paille, enduits, cloisons –a été réalisé par le couple au cours de chantiers participatifs.

« Je ne voulais pas d’une maison en parpaings, confie Sandrine. Lors de ma participation à un chantier, j’ai découvert
la construction d’une maison en paille. J’ai été emballée par le matériau. C’est une ressource locale et saine. Au final, notre habitat sera plus respectueux de l’environnement. »


Cédric Marzelière, coprésident de l’association ECLAt, explique : « Auto construction rime avec écoconstruction. Elle répond au besoin des gens d’habiter dans un lieu le plus sain possible. L’autoconstructeur choisit des matériaux écologiques d’abord pour son bien-être. Les bénévoles qui se lancent dans l’aventure, à l’instar d’Anouk et d’Olivier, le font soit par curiosité, soit parce qu’ils envisagent eux aussi de construire leur domicile. Mais tous ont, à des degrés divers, une sensibilité à la nature et au respect de la planète. »

À midi, la petite équipe passe à table. « Je suis heureuse, se réjouit Sandrine, car cette semaine, j’ai pu m’investir sur le chantier et mettre la main à la pâte. L’été dernier, j’étais enceinte et n’avais pas le droit de monter les murs en paille. Les travaux ont duré cinq semaines avec une quinzaine de bénévoles. C’était toute une organisation ! »


La jeune femme apprécie aussi d’avoir pu rencontrer des personnes de tous les horizons. « C’est grâce à vous, ajoute-t-elle en tendant le saladier, que l’on aura construit notre maison. À la fin, nous vous inviterons tous pour pendre la crémaillère ! »

Fabrice renchérit :

Un chantier participatif, ce n’est pas seulement du travail, c’est d’abord une aventure, des rencontres. On partage, on échange, on vit ensemble. On avance en fonction des capacités des participants. C’est tout un état d’esprit et beaucoup de bienveillance. 

Geneviève Pruvost, chercheuse au Centre d’études des mouvements sociaux (CEMS), analyse ainsi le phénomène : « Ces expériences portent les germes d’un travailler et d’un vivre autrement. Elles dénotent la volonté de rompre avec un système qui oppose temps de travail et autres activités humaines, familiales ou de loisirs. Sur ces chantiers, il n’est plus question de nécessité socio-économique, de hiérarchie. On y recherche la convivialité, l’autonomie, le travail pour le plaisir ,sans concurrence ni compétition. Un chantier réussi est un lieu où les échanges ont été fructueux. »

Plombier-chauffagiste dans la vie, Olivier a ressenti cette différence :

C’est très loin des attentes de mon employeur : toujours plus vite sans respecter les règles de l’art. C’est très frustrant à la longue. 

Et si ces chantiers participatifs qui essaiment dans toute la France étaient en train de réinventer la notion de « travail » ?


► Carnet d’adresses

→  L’atelier citoyen : ce site d’un artisan en habitat écologique fournit des informations, des photos des réalisations et des vidéos pour comprendre l’éco construction.

 Le Gabion : centre de formation à l'éco-construction et à la réhabilitation du bâti ancien. 

 L'Ecocentre du Périgord et Limousin : centre de formation pédagogique aux techniques écologiques sur le bâtiment, l'énergie, l'eau et le paysage. 

 La maison écologique : le magazine propose entre autres, un annuaire de l’écoconstruction et des petites annonces où figurent des chantiers participatifs. 

 Twiza Réseau  : cette plate-forme d’entraide met en relation les porteurs de projets et les bénévoles qui recherchent un chantier participatif.

 ECLAt/Eco et autoconstruction : cette association conseille et forme ceux qui désirent entreprendre la construction de leur habitat.

 Botmobil : association pour le développement des constructions en fibres végétales. Pour s’informer sur les techniques et voir des réalisations.

 RFCP, Réseau français de la construction paille : une plate-forme ressources sur le sujet.

 Terre, Pierre et Chaux : spécialisé dans la réhabilitation des maisons anciennes, cet organisme recense des chantiers participatifs.

 Oïkos : un site d’information, de formation et d’éducation à l’écoconstruction en Rhône-Alpes.

 Empreinte : une association qui développe et promeut l’habitat sain, passif et à faible impact écologique, centre de ressources et annonces de chantiers.


Animation. Six conseils aux futurs autoconstructeurs

 

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Paru le 19 avril 2018

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