Alternatiba : des coups de pédale pour le climat

agrandir Le tour Alternatiba, pour lutter contre le changement climatique, fait étape à Sedan (Ardennes).
Le tour Alternatiba, pour lutter contre le changement climatique, fait étape à Sedan (Ardennes). © Bruno Gouhoury/Andia
Le tour Alternatiba, pour lutter contre le changement climatique, fait étape à Sedan (Ardennes).
Le tour Alternatiba, pour lutter contre le changement climatique, fait étape à Sedan (Ardennes). © Bruno Gouhoury/Andia

De juin à septembre 2015, des militants engagés contre le réchauffement climatique sillonnent la France à vélo. Leur but : convaincre que chacun peut apporter des solutions face à ce grand défi.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 10/08/2015
  • Publié par :Pierre Wolf-Mandroux
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët
  • Publié dans Pèlerin
    6923 - 6924, 6-13 août 2015

Le 30 juillet, 8 h 15. L’heure du départ est venue. Le cortège de cyclistes du tour Alternatiba s’ébranle, prêt à avaler 70 km.

► La démarche Alternatiba (source : Alternatiba.eu)



Partis le 5 juin de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) pour un périple de 5 500 km qui se terminera le 26 septembre à Paris, les participants à ce tour de France alternatif ont passé leur jour de repos, le 29 juillet, en Belgique, avant de poursuivre leur route, le lendemain, jusqu’à Charleville-Mézières.

Les Ardennes se dévoilent progressivement sur des routes champêtres où se succèdent fermes, vallons et forêts. Les cyclistes, vêtus de dossards Alternatiba et pourvus de fanions, n’omettent jamais de saluer chaleureusement les passants, en dépit de la fraîcheur matinale.

Ces derniers leur rendent la politesse, intrigués par ce spectacle. Cette étape passée, les militants s’arrêteront encore dans plusieurs villes, comme depuis le début du tour, pour sensibiliser les citoyens à leur combat, à quelques mois de la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris fin 2015.


Plus d’informations : http://www.cop21.gouv.fr/fr

            

Un changement qui vient des citoyens

Le mouvement Alternatiba est né à Bayonne de la frustration d’habitants basques dépités de voir que la conférence sur le climat de Copenhague, en 2009, ait été suivie de si peu de mesures contre le réchauffement climatique.

Ils ont voulu prouver que le changement pouvait et devait venir des citoyens eux-mêmes. Joan, un étudiant en commerce de 21 ans, fait partie de la dizaine de personnes qui constituent le moteur de l’aventure.

La peau tannée par bientôt deux mois de vadrouille sur les routes de France, il affiche un sourire radieux : « Mes idéaux m’ont poussé à faire ce tour, même si cela signifiait que j’allais rater pour la première fois les fêtes de Bayonne ! Je viens d’Irissarry, un petit village basque. L’histoire de ma région a montré qu’il ne servait à rien de réclamer le changement par la violence.

     

  "Il vaut mieux construire soi-même en proposant des solutions."

     

Des militants écologistes locaux se rallient régulièrement au tour Alternatiba. C’était le cas, à Sedan, du militant Vert Luc Jonet.

Cet ancien cadre chez Thalès, qui travaillait en région parisienne, a déménagé à l’heure de la retraite dans ses Ardennes natales pour vivre une existence « monacale ».

Mais son engagement écologique et sa foi de catholique pratiquant ont eu raison de ses aspirations à la quiétude. Débonnaire, il défend inlassablement la nécessité d’une transition écologique auprès des Ardennais, même si la tâche n’est pas aisée dans cette région économiquement sinistrée.

"Les personnes âgées installées à la campagne craignent qu’un autre modèle ne leur fasse perdre en confort matériel", constate-t-il.

    

"Utiliser un vélo plutôt qu’une voiture est vu ici comme un signe de déclassement social."

      

"Quant aux agriculteurs du coin, souvent étranglés financièrement, ils ne veulent pas limiter l’utilisation de produits chimiques."

85 groupes affiliés à Alternatiba en France

Pour les persuader que l’écologie est au contraire l’affaire de tous, les militants d’Alternatiba leur prodiguent des conseils simples, plutôt que de s’embarquer dans des débats théoriques ou techniques, souvent incompréhensibles pour beaucoup.

Ils montrent comment chacun peut agir à son propre niveau, via des initiatives locales : recycler ses déchets, acheter sa nourriture dans des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap), adhérer à Enercoop, une société coopérative qui fournit de l’électricité issue à 100 % de producteurs d’énergie renouvelable…

L’équipe basque d’Alternatiba a peu à peu fait des petits. 85 groupes affiliés au mouvement ont émergé dans toute la France depuis près de deux ans.

"Imaginez-vous ce que nous avons déclenché à partir d’un petit groupe local !"

s’enthousiasme le coordinateur du tour, Txetx Etcheverry.

"Nos rencontres au fil de ce tour de France nous permettent, à nous aussi, d’apprendre plein de choses nouvelles. Des bricoleurs bénévoles ont par exemple mis en place des ateliers pendant lesquels ils apprennent aux gens à réparer des objets du quotidien, tels qu’un mixeur, plutôt que de les jeter. Nous terminerons l’aventure avec une boîte à outils dix fois plus fournie qu’auparavant."

Souvent accueillis par les maires des villes-étapes, les militants d’Alternatiba n’oublient jamais de leur remettre un projet de pacte comportant quinze mesures : favoriser la circulation à vélo, utiliser des produits locaux et bio dans les cantines, encourager les citoyens à monter des projets d’habitat collectif et écologique… Les maires doivent s’engager à en appliquer cinq.

Retrouvez ici la charte du mouvement :

Charte-Alternatiba

         

La joyeuse troupe reprend ensuite la route juchée sur deux triplettes – des bicyclettes à trois places – et sur une quadruplette – un modèle à quatre places. Ces véhicules permettent de parcourir de longues distances en fournissant bien moins d’efforts que sur un vélo individuel.

Le symbole est limpide : l’union fait plus que jamais la force dans l’édification du monde de demain.

     

Retrouvez ici le journal du tour Alternatiba au quotidien

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Paru le 18 janvier 2018

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