Martin Kopp, ambassadeur luthérien pour le climat : "La société civile doit agir maintenant !"

agrandir "Il y aura un accord à l'issue de la COP21, c'est certain, mais que contiendra-t-il ?" Martin Kopp.
"Il y aura un accord à l'issue de la COP21, c'est certain, mais que contiendra-t-il ?" Martin Kopp. © D. R.
"Il y aura un accord à l'issue de la COP21, c'est certain, mais que contiendra-t-il ?" Martin Kopp.
"Il y aura un accord à l'issue de la COP21, c'est certain, mais que contiendra-t-il ?" Martin Kopp. © D. R.

Engagé dans les négociations de la Conférence de Paris pour le climat au nom de la Fédération luthérienne mondiale, Martin Kopp se prépare à une COP21 très intense. Jusqu’au 11 décembre 2015, il est l’une des voix des religions impliquées dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 02/12/2015
  • Publié par :Sophie Lebrun
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    2 décembre 2015

Pèlerin. Comment ont commencé les négociations ?
Martin Kopp. La première journée, lundi 30 novembre, a permis aux chefs d'Etat de faire leurs discours, mais il n'y a pas de grosses annonces. Cela aurait pu être le moment de tracer une ligne rouge pour marquer la suite des négociations, mais cela n'a pas été le cas. On demeure donc aujourd'hui dans l'incertitude.

Les manifestations de la société civile, les rencontres bilatérales avec les délégations nationales sont alors encore plus importantes. Tout est réuni mais rien n'est joué : on oscille entre espoir et inquiétude. Il y aura un accord, c'est certain, mais que contiendra-t-il ? Nous devrons être très attentifs sur les mots choisis : les conjugaisons pourront tout changer. Est-ce que ce sera « Les Etats devront », « devraient », « pourraient devoir »... ?

Mardi 1er décembre, vous avez organisé une animation au Bourget même, sur le Jeûne pour le climat, débuté par de nombreuses personnes en décembre 2013 et qui a lieu dans le monde entier chaque premier jour du mois depuis. Quelles vont être les suites de cette action ?
M. K. Nous allons continuer à être mobilisés pendant la COP21, mais nous ne savons pas ce que deviendra le mouvement ensuite. Nous avons beaucoup de retours de personnes qui ne veulent pas que cela s'arrête. De fait, c'est une initiative qui a une très grande force : elle permet de regrouper des croyants et des athées autour d'une même manifestation et pour un même objectif. C'est très rare. Les gens de religions différentes ne peuvent pas toujours manger la même chose, mais en jeûnant ensemble, ils peuvent  porter un message commun. 

Pourquoi vous engagez-vous personnellement pour le climat ?
M. K. Je vis dans un pays développé, la France, qui n'est pas vulnérable au réchauffement climatique. Dans mon quotidien, autour de moi, pour mes proches, je sais qu'il n'y a pas d'effets immédiats. De fait, ceux qui provoquent le réchauffement climatique ne sont pas ceux qui en subissent les conséquences. Je l’ai découvert, il y a quelques années. Entre mon master en théologie et mon doctorat, j'ai fait un tour du monde en allant volontairement dans des pays pauvres. J'ai commencé par l'Inde : cela a été une vraie claque ! J'en suis revenu militant. Je vis encore sur cette lancée, porté par la parole biblique : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse », ou dit positivement : « Fais à autrui ce que tu veux que l'on fasse pour toi. »

J'ai aussi une approche intellectuelle : je lis les rapports officiels des grandes organisations engagées sur le climat. La Banque Mondiale annonce près 100 millions de personnes pouvant tomber dans l'extrême pauvreté à cause du réchauffement climatique. Une étude scientifique annonce que si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel, une espèce animale sur six risque de disparaître au XXIe siècle.  J'ai l'impression que nous sommes comme des somnambules qui font du funambulisme. Et que nous sommes à un carrefour pour décider vers quel monde nous allons.

En quoi votre foi joue-t-elle un rôle dans votre engagement contre le réchauffement climatique ?
M. K. En tant que croyant, je doute parfois mais ce qui ne me lâche jamais, c'est l'Amour du prochain. Je reste marqué par un de mes professeurs qui disait : « Aimer, c'est être excentrique. » C'est-à-dire sortir de soi-même. L'éthique chrétienne, à mes yeux, c'est sortir de soi-même pour faire sien les soucis d’autrui.

Quand je lis l'histoire du Bon Samaritain, je ne peux m'empêcher de penser que, si demain, un Français croise un homme nu, dans sa rue, couvert de plaies, il ne peut pas ne rien faire. Mais aimer son prochain qui est loin, celui qui n'est peut-être pas encore né et qui souffrira du réchauffement climatique, c'est plus difficile.

Je suis souvent interpellé par la radicalité du Nouveau Testament sur la richesse : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » (Marc 10 :25) Cela amène à se poser de vraies questions sur notre place dans ce royaume...

La biographie de Martin Kopp
1987 : naissance dans une famille de pasteurs à Strasbourg (Bas–Rhin).
2010 :  Master à la faculté de théologie protestante de Strasbourg.
2010-2011 :  tour du monde qui le conduit en Asie, aux États-Unis et en Amérique latine. Puis, il  débute une thèse de doctorat en théologie : « Croire et décroître ? La théologie protestante interrogée par la décroissance selon Serge Latouche ».
2013 : participation à la Cop 19 de Varsovie au sein d'une délégation de jeunes de la Fédération luthérienne mondiale. 
Décembre 2013 : lancement du Jeûne pour le climat.
Depuis 2014 : chargé de plaidoyer pour la justice climatique pour la Fédération luthérienne mondiale. 

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 10 mai 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières