Les dangers du travail le dimanche

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© Aurélien Morissard / IP3
Les dangers du travail le dimanche
© Aurélien Morissard / IP3

Travailler le dimanche devient peu à peu la norme en France. Les sociologues Jean-Yves Boulin et Laurent Lesnard mettent en garde contre cette dérégulation.

À propos de l'article

  • Créé le 06/12/2017
  • Publié par :Frédéric Niel
  • Édité par :Cécile Picco

Chronopost, filiale de La Poste, offre ses services le dimanche dans certaines villes, tandis que Carrefour signe un accord avec ses salariés pour ouvrir le matin. Pas un mois ne passe sans l’annonce d’un assouplissement de l’interdiction de travailler le dimanche.

Après tout, pourquoi autoriser boulangers, policiers et comédiens à travailler ce jour-là, et pas les banquiers ou les facteurs ?

Dans un livre, les sociologues Jean-Yves Boulin et Laurent Lesnard racontent l’histoire mouvementée du repos dominical, depuis son instauration comme « jour du Seigneur » (2) en 538 au troisième concile d’Orléans, qui recommande de suspendre les travaux agricoles le dimanche pour assister à l’office. Négligé pendant la révolution industrielle, l’interdit fut rétabli vers 1900 grâce à l’alliance entre clergé et socialistes. Depuis les années 1980, il recule à nouveau dans une société où la consommation dicte sa loi.

Pour le justifier, les thuriféraires du travail dominical invoquent les créations d’emplois qui en découleraient. En oubliant de compter ceux détruits dans les commerces de centre-ville désertés. « La consommation est simplement transférée d’un jour sur l’autre, et d’un lieu à l’autre », explique Jean-Yves Boulin.

Certes, une enseigne qui ouvre le dimanche vendra, dans un premier temps, un peu plus que ses concurrents. Mais si toutes les enseignes du secteur l’imitent, l’avantage s’annule. Du côté des employés, la majoration salariale, justifiée par l’exception, risque de disparaître lorsque le travail dominical se généralisera. D’autant que le droit du travail donnera bientôt la priorité aux accords d’entreprise sur les accords de branche : la concurrence pourrait se durcir entre sociétés, avec la tentation de tirer les coûts salariaux vers le bas.

Mais quid du volontariat des salariés pour travailler ce jour-là ? Une vue de l’esprit, conclut Jean-Yves Boulin après s’être entretenu avec nombre d’entre eux. Si des étudiants y trouvent leur compte, d’autres cèdent à l’employeur, même si cela les oblige à laisser leur enfant à la maison.

Selon un sondage de 2008, 52 % des Français étaient favorables à l’ouverture des commerces le dimanche. Mais 55 % refusaient de travailler ce jour-là ! Bel exemple de « schizo­phrénie » chez le consommateur/travailleur. Celui-ci est en outre un citoyen en quête de liens avec ses semblables. Or, ce jour de « synchronisation sociale » reste irremplaçable pour se retrouver en famille, en paroisse, entre amis, pratiquer un sport collectif, etc.

« La sociabilité perdue le dimanche n’est pas récupérée en semaine », a constaté Jean-Yves Boulin lors de son enquête.

Que pensez-vous du travail le dimanche ? Donnez-nous votre avis en commentaires !

 

(2) , "Dimanche, car le Christ est ressuscité au lendemain du sabbat juif.

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

le travail du Dimanche

saphir 10/12/2017 à 17:14

Nous sommes grands, maintenant ! Le piège est gros, et ne trompe personne parmi nous: la consommation à tout prix -aux USA, ouverture même la nuit, délire! - la perte des repères familiaux, religieux, la culture du "tout et tout de suite", ... lire la suite

Travail du dimanche

penelope 06/12/2017 à 21:06

Je suis contre, cela empêche une vie familiale. En semaine les parents travaillent, les enfants sont à l’école... Le samedi est souvent rempli d'activités différentes. Le dimanche est le seul jour pour nous retrouver en famille. Certes, certains ... lire la suite

Paru le 7 décembre 2017

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