Père Paolo Dall’ Oglio : "Je demande à Dieu de faire de moi un instrument de paix"

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Le Père Paolo DAll'Oglio (deuxième à partir de la gauche) participe à une marche à Bruxelles (Belgique) pour protester contre la violence en Syrie, le 16 septembre 2012. © Olivier Vin / Belga Mag/ Belga/AFP
Le Père Paolo DAll'Oglio (deuxième à partir de la gauche) participe à une marche à Bruxelles (Belgique) pour protester contre la violence en Syrie, le 16 septembre 2012.
Le Père Paolo DAll'Oglio (deuxième à partir de la gauche) participe à une marche à Bruxelles (Belgique) pour protester contre la violence en Syrie, le 16 septembre 2012. © Olivier Vin / Belga Mag/ Belga/AFP

Le jésuite Paolo Dall’ Oglio, fondateur du monastère Mar Moussa, a du fuir la Syrie en juillet 2012. Aujourd'hui, il milite pour que la logique de la violence du régime de Bachar el Assad ne soit pas la seule à prévaloir.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 30/07/2013
  • Modifié le 06/08/2013 à 09:37
  • Publié par :Antoine d'Abbundo
  • Édité par :Antoine d'Abbundo


Le sort du jésuite italien Paolo Dall'Oglio est toujours incertain depuis sa disparition, le 29 juillet 2013, dans la région de Raqa (nord de la Syrie). Le religieux s'y était rendu afin de négocier la libération d'otages auprès d'un groupe d'islamistes. Engagé dans le dialogue entre les communautés en Syrie et soutenant la rébellion, le P. Dall'Oglio avait été expulsé du pays en 2012.

Pèlerin : Après plus de trente ans passés dans le pays, vous avez du quitter la Syrie contraint et forcé, sous la pression des autorités en juillet dernier. Qu'’avez-vous fait depuis ?

Père Paolo Dall’ Oglio : Le tour du monde pour plaider la cause qui me tient à cœœur, celle du peuple syrien ! Je suis allé en Egypte, en Turquie, en Norvège, au Canada, en Italie, en France …

J'’ai rencontré les autorités de ces pays, j’'ai été reçu par le Parlement européen et les responsables des Nations Unies, moi, un simple prêtre, pour demander aux dirigeants, à la communauté internationale de sortir de sa paralysie et de tout mettre en œœuvre pour trouver une solution raisonnable à la crise dramatique que traverse la Syrie, pour ouvrir un espace politique qui rende possible la négociation et sauver ce qui peut l’'être encore.

Or, je constate que, pour l'’instant, la seule réponse de l’'Etat syrien est de continuer dans le mensonge et la fausse accusation en réduisant la révolution à un phénomène terroriste. Mais je ne me décourage pas. Mon rôle est de chercher à fédérer les bonnes volontés et de travailler à ce que la logique de la violence ne soit pas la seule qui prévaut.

Vous avez été reçu, le 11 septembre 2012, par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Que vous êtes vous dit ?

Nous avons fait le même constat : la guerre civile qui se déroule actuellement en Syrie et qui oppose les partisans du président Bachar el Assad aux forces de l’'Armée syrienne libre (ASL) rend impossible tout retour en arrière. Mais il paraît tout aussi difficile d’'arrêter le train.

La réussite de la révolution n'’est, à ce stade, ni acquise ni certaine. J’'ai donc conseillé à la diplomatie française de surfer sur les divisions du régime en place tout en armant les rebelles et en poursuivant les discussions avec la Russie – qui reste le meilleur allié du régime – pour la faire changer d’'avis.

Il s’'agit d’'être en situation lorsque le régime sera prêt de tomber comme un fruit mûr. C’'est de mon point de vue la seule alternative à une intervention du type de celle qu’'a connue la Libye ou l’'Afghanistan. Est-ce que je serai entendu ? Je n’'en sais rien. En tout cas, j’'ai été écouté avec attention.

Vous préconisez de livrer des armes à l’'insurrection. Stupéfiant de la part d'’un prêtre, non ? D’'autant que lors de son voyage au Liban, le pape lui-même a qualifié de "péché grave" le fait de vendre des armes aux belligérants syriens.…

J'’assume ce péché. Je crois, comme le pape, à la non violence et à l’'action internationale. Mais je constate que rien n'’a été fait de conséquent, jusque là, pour éviter que les Syriens se fassent massacrer par le pouvoir en place. Il faut les protéger. C’est un devoir moral.

Ne peut-on craindre que ces armes, les rebelles de l’'ASL ne s’'en servent pour perpétrer de nouveaux massacres ?

Je suis prêtre, pas diplomate. C'’est aux politiques occidentaux de chercher les partenaires fiables au sein de l’'ASL et obtenir d’eux des garanties sur l’'usage de ces armes et les objectifs de l’'insurrection.

La première urgence est de libérer Alep, la grande ville au nord du pays, pour y installer un gouvernement de transition. Si on veut le faire, cela est possible.

Mais si la communauté internationale veut une justification pour ne rien faire, elle a une excuse toute trouvée en brandissant le risque islamique. C'’est l'’argument que ne cesse d’'invoquer le président Bachar el Assad pour se maintenir au pouvoir.

Lors de son voyage pastoral au Liban, mi-septembre, le pape a multiplié les appels à la paix. Quel peut être le rôle du Vatican dans cette région troublée qu’'est le Moyen Orient ?

En juin 2011, trois mois après le début de l'’insurrection en Syrie, j’'ai écrit au Vatican pour alerter sur la situation. "La guerre civile a commencé et si vous ne faites rien, vous allez perdre la chrétienté de ce pays comme cela s'’est passé en Irak", leur ai-je dit.

Or, rien ne s'’est produit et ce que j’'annonçais est, hélas, en train de se réaliser. Les chrétiens de Syrie ont pris massivement la route de l’'exil. Ceux qui ont décidé de se battre aux côtés du régime n’'auront, demain, plus de place dans ce pays.

Les leaders de ces communautés portent une terrible responsabilité dans cet état de fait. Cela fait quarante ans que la Syrie est en guerre. Quarante ans que l’'on torture dans les prisons, les casernes et les postes de police, quarante ans que le régime fait régner sa terreur dans la population, quarante ans que l’'on embrigade les esprits dans les écoles…

Et face à cela, il faut constater que les responsables chrétiens, à quelques exceptions près, n'’ont rien dit et rien fait.

Par peur ou par calcul, ils ont soutenu ce régime autoritaire, mensonger, violent qui, pensaient-il, les préservés de la menace islamique. Ils ont misé sur le mauvais cheval, comme on dit.

Et le résultat est là : nous avons d’'ores et déjà perdu la chrétienté de Syrie. Mais il restera des chrétiens dans ce pays pour lutter, aux côtés des musulmans, pour une société plus juste et démocratique.

Ne sous-estimez vous pas le risque islamique ? Dans tous les pays qui ont connu un "printemps arabe", le pouvoir est vite revenu aux fondamentalistes de l’'islam.

Nous aurons l'’islam que nous saurons espérer. Le monde islamique connaît une révolution sans précédent et nous devons l’'accompagner, ne pas rester dans la logique de l'’affrontement.

Certains voudraient que l'’islam n’'ait jamais existé et entretiennent le désir secret qu'’un jour il disparaisse. Mais l'’islam est là et il faut faire avec en faisant preuve des vertus évangéliques d'’écoute et d'’accueil fraternel.

On nous parle sans cesse de la menace islamique. Elle existe, c’'est vrai. Mais au cynisme des prévisions, je préfère la prophétie de l’'amour de Dieu pour les hommes.

Quelle prière lui adressez-vous en ces temps si dramatiques ?

Je demande à Dieu de faire de moi un instrument de paix. Mais pas la paix de la honte, du mensonge et du renoncement. La paix qui va avec la vérité, la dignité humaine, la justice et l’'harmonie.

Sur pelerin.com (10/08/2011) : P. Paolo Dall’Oglio : "La parole se libère en Syrie". Le père Paolo Dall'Oglio, 57 ans, qui vit en Syrie depuis 1982, a fondé la communauté de Mar Mousa, qui œœuvre « à l'harmonie islamo-chrétienne » et vient de publier un texte pour sortir de la crise.

A lire : Amoureux de l'Islam, croyant en Jésus, Paolo Dall'Oglio, préface de Régis Debray, Les Editions de l'Atelier (2009). Son expérience et sa vision de l'Islam.

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Paru le 19 avril 2018

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