Les chrétiens en Syrie au risque de la révolution

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Un soldat de l'Armée syrienne libre à Alep le 6 octobre 2012. © Wikicommons
Un soldat de l'Armée syrienne libre à Alep le 6 octobre 2012.
Un soldat de l'Armée syrienne libre à Alep le 6 octobre 2012. © Wikicommons

La situation de la Syrie est toujours aussi dramatique malgré de timides avancées diplomatiques. L'analyse de Roland Dubertrand, conseiller pour les affaires religieuses au Quai d'Orsay et de Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l'Œuvre d'Orient.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Publié par :Antoine D'Abbundo
  • Édité par :Marine Bisch
  • Publié dans Pèlerin
    6750, 12 avril 2012

Pèlerin. Après des mois de blocage, le gouvernement syrien vient d'’accepter le plan de paix proposé par l’'ancien Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Que faut-il en espérer ? 
Roland Dubertrand. Ce plan prévoit l'établissement d'un cessez-le-feu qui est en vigueur depuis jeudi 12 avril 2012, le retrait de l'armée des villes assiégées et le libre accès aux organisations humanitaires et à la presse. Mais si le président Bachar el-Assad l'a accepté, il ne l'a, pour l'instant, toujours pas appliqué et la répression continue sur le terrain.

La France soutient-elle cette initiative ?
 R. D. Oui, et nous souhaitons qu'elle produise des effets dans un délai raisonnable. Une date a été fixée au 10 avril 2012 par Kofi Annan. Alors que le régime s'acharne depuis des semaines contre la population civile avec des moyens militaires lourds, le plan Annan est une voie pour tenter de débloquer la situation.

Les chrétiens en Syrie au risque de la révolution Roland Dubertrand

Pour autant, le gouvernement français continue de promouvoir le plan de transition proposé par la Ligue arabe qui prévoit la dévolution des pouvoirs de Bachar el-Assad à son vice-président et la création d'un gouvernement d'union nationale pour assurer la transition vers l'organisation d'élections libres.

Jusqu'à présent, nous nous sommes heurtés au veto des Chinois et des Russes, mais nous ne renonçons pas à faire adopter une résolution par le Conseil de sécurité de l'ONU. Devant l'horreur des crimes commis, l'ensemble de la communauté internationale doit s'impliquer.

Pourquoi sur le terrain la situation en Syrie est-elle compliquée ? 
P. Pascal Gollnisch. L'opposition syrienne au régime de Bachar el-Assad est diverse. Une partie vit en exil. Une autre résiste, les armes à la main. Certains opposants sont des démocrates avec lesquels on peut travailler à la construction d'une Syrie à venir, d'autres incarnent une mouvance islamiste violente qui pourrait, demain, causer des dégâts considérables. Je comprends, dès lors, l'inquiétude de certains chrétiens syriens face au mouvement insurrectionnel. Nous devons rester vigilants pour bien appréhender ces réalités.

Père Gollnisch, qui sont ces chrétiens syriens ?

Les chrétiens en Syrie au risque de la révolution Mgr Pascal Gollnisch

 P. G. Ce sont les descendants de ces chrétiens de Jérusalem qui, après la Pentecôte, ont trouvé refuge à Damas ou Antioche, en Grande Syrie, pour fuir les persécutions. On voit cela dans les Actes des Apôtres. Sans refaire toute l'histoire, disons que c'est une population qui, pour être divisée en de multiples confessions - Syriaques, Arméniens, Chaldéens, Maronites, Assyriens... - a su rester, malgré les vicissitudes, fidèle à la foi de ses pères.

Ce sont des Églises extrêmement dynamiques, avec des évêchés, des paroisses, des séminaires, des œoeuvres sociales, des écoles, des hôpitaux très actifs. Et si elles subissent des violences et souffrent de discriminations, elles ne sont en rien illégales ou persécutées, comme on l'entend trop souvent. Nous pensons, au contraire, qu'elles ont un avenir dans leur propre pays.

Roland Dubertrand, comment garantir aux chrétiens syriens qu'’ils n'’auront pas à souffrir d'’un changement de régime ? 
 R. D. L'enjeu est bien de garantir à tous les Syriens, et pas seulement aux chrétiens, qu'ils vivront demain dans un pays démocratique. Pour être réellement protégées, les minorités doivent être reconnues dans leur citoyenneté pleine et entière. Nous avons plaidé en ce sens auprès du Conseil national syrien (CNS), reconnu comme interlocuteur légitime par la communauté internationale.

En novembre 2011, le CNS a adopté un programme pour la construction d'une Syrie où tous les citoyens seront traités de la même manière, quelles que soient leur origine ou leur religion. Dans une charte adoptée récemment, le CNS s'engage à instaurer un État civil, démocratique et pluraliste qui respectera les droits de l'homme et accordera des droits égaux à tous les citoyens quelle que soit leur communauté.

Nous veillerons à ce que tous ces engagements soient confirmés et tenus à l'avenir. Ce sera au conseil de sécurité de l'ONU de prendre ses responsabilités, selon nous, si les droits des populations sont bafoués au péril de la paix et de la sécurité dans la région.
 
Que peuvent faire les chrétiens de France pour aider leurs frères d'’Orient ?
P. G. D'abord apprendre à les connaître, avoir le désir de les rencontrer, dans leur pays ou en France, en poussant les portes de leurs églises et de leurs communautés. Ensuite les soutenir, pour eux-mêmes et dans notre propre intérêt. Car nous devons comprendre que si les chrétiens d'Orient devaient disparaître du sud de la Méditerranée, ce serait tout l'équilibre, déjà fragile, de la région qui serait mis en péril. Et nous aurions, en retour, à en payer le prix.


Syrie les chrétiens au risque de la révolution

La rencontre Syrie Les chrétiens au risque de la révolution (4 pages) est à lire dans Pèlerin n°6750 du 12/04/12

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Paru le 19 juillet 2018

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