Un 15 août exceptionnel à Mossoul

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Monastère saint Elie de Mossoul (Irak). © Doug/Wikicommons
Monastère saint Elie de Mossoul (Irak).
Monastère saint Elie de Mossoul (Irak). © Doug/Wikicommons

Carnet de route irakien n°3/7. À Mossoul, au nord de l'Irak, il ne reste plus que 2 000 familles chrétiennes contre 25 à 30 000 avant 2003. Des membres de l'association Fraternité en Irak s'y sont rendus pour la messe du 15 août. Témoignage.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 28/11/2013
  • Publié par :Laurence Desjoyaux
  • Édité par :Gilles Donada
  • Publié dans Pèlerin
    6770 du 30 août 2012

Laurence Desjoyaux a recueilli le témoignage de Benoit Camurat, 29 ans, le président de l'association Fraternité en Irak, qui, le jour de l'Assomption, a rendu une visite symbolique exceptionnelle à Mossoul, noyau dur du terrorisme en Irak où la population vit dans le danger permanent.

Vidéo. Irak: attentat sanglant à Mossoul. Source : Euronewsfr.

 

"Pour rentrer à Mossoul, le passage le plus difficile pour nous est le check point d'entrée de la ville. Se faire arrêter, c'est prendre le risque d'être signalé et donc enlevé, bref, de devenir une cible.

Les risques que nous prenons sont néanmoins mesurés. Nous avons préparé minutieusement le déplacement et nous bénéficions de conditions de sécurité exceptionnelles. Aller à Mossoul est une des parties les plus importantes de notre voyage en Irak.

Vidéo. Là où Dieu pleure_ Chrétiens à Mossoul, Irak. Source : H2Onews. Durée : 6 minutes.

 

Nous voulons montrer très concrètement aux chrétiens qui ont choisi de rester dans la ville ou qui y sont contraints qu'ils ne sont pas seuls et que le monde ne les a pas oublié. Notre visite est donc un symbole de fraternité, une manière de briser le huis-clos, d'autant plus qu'il semblerait que depuis notre passage l'an dernier, aucun européen n'ait pu venir rencontrer les chrétiens de Mossoul.

Vidéo. Chrétiens d'Irak - Interview de Mgr Stenger (2008).

 

Nous passons le premier check point sans encombre. Chose frappante : toutes les rues adjacentes à la rue principale que nous empruntons sont bloquées par d'autres check point. Tous les 200 mètres, on croise un poste de garde de l'armée irakienne lourdement armé.

Entrer à Mossoul, c'est revivre l'histoire. Nous apercevons les vestiges des murailles de l'ancienne Ninive. Nous passons à côté d'une église arménienne en ruine. Sa construction s'est achevée en 2005, mais elle a été détruite par des terroristes avant même sa consécration. Puis surgit devant nous l'immense mosquée aux 12 dômes dont la construction a été commencée par Saddam Hussein et qui reste encore aujourd'hui inachevée.

La ville de Mossoul est divisée en deux par le Tigre. Pour nous rendre à la messe dans le centre ville historique, nous devons emprunter l'un des 5 ponts qui traversent le fleuve. Mais nous apprenons que celui-ci est fermé ; un militaire vient de s'y faire assassiner. Nous changeons d'itinéraire, le danger se fait plus présent.

Vidéo. Prière pour la paix en Irak à la messe de suffrage de Mgr Rahho (2009). Source : H2Onews.

 

En traversant le Tigre, un superbe spectacle s'offre à nous. Les ruines de l'ancienne citadelle qui domine le fleuve, un temple Yézidis, une mosquée et l'évêché chaldéen surmonté d'une statue de la Vierge Marie, apparaissent dans le soleil couchant en surplomb du fleuve.

Nous nous enfonçons dans le vieux Mossoul. Ici, la ville vit, les gens déambulent dans le souk gardé par des militaires à pied. Brusquement la voiture tourne dans une étroite ruelle, l'impression d'être dans une impasse, puis tourne encore. Nous débouchons sur une petite place, havre de paix où se trouve l'église syriaque catholique.

Les habitants ont pris des risques pour venir à la messe

Les fidèles ont déjà commencé les vêpres, ils ne sont qu'une quinzaine. On se dit que malheureusement l'église sera un peu vide pour ce 15 août à Mossoul. Mais au fur et à mesure de l'office, au compte goutte, les chrétiens entrent.

Lorsque la messe commence, un rapide coup d'oeil par dessus l'épaule permet de voir que l'église est désormais pleine. Environ 400 personnes sont là. Toutes les générations sont venues célébrer l'assomption de la Vierge Marie. Il y a beaucoup de jeunes, des enfants jouent par terre. La messe est très recueillie, animée par des chants et rythmées par des cymbales.

Vidéo. La situation des chrétiens d’Irak. Source :Le Jour du Seigneur.

 

À la sortie, les fidèles se retrouvent dans la cour de l'église pour discuter, manger des gâteaux et boire des jus de fruits. Tout le monde se presse autour de nous. Nous sommes gênés par les remerciements.

En interrogeant ces chrétiens, on réalise le risque qu'ils ont pris pour venir à la messe. La plupart d'entre eux habitent loin de l'église et se déplacer dans Mossoul est toujours dangereux surtout qu'une fois la messe finie, la nuit commence à tomber avec son lot d'incertitudes.

Une femme m'aborde et m'explique que son pays est ici, qu'elle compte bien rester en Irak et à Mossoul. Une autre, à qui l'on demande pourquoi elle n'est pas partie, répond : "ici, nous sommes le levain dans la pâte".

ici, nous sommes le levain dans la pâte

On comprend le courage qu'une telle réponse implique, le courage de ceux qui continuent à vivre dans cette ville où Mgr Georges Casmoussa, l'ancien évêque syriaque a été enlevé puis libéré en 2005, et où l'évêque chaldéen, Mgr Faraj Rahou, a été enlevé et tué en 2008, ainsi que le fut l'un de ses prêtres, le P. Raghid, en 2007.

La nuit tombe, il ne faut pas s'attarder, déjà plusieurs familles sont parties. Nous refusons à contre cœur les invitations à dîner. Nous ne pouvons pas rester plus longtemps. Sur le chemin du retour, dans la nuit de Mossoul, les rues sont bien vides..."

► Le journal de bord complet : Comprendre la vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui.

Chrétiens irakiens, de tragédie en exil

"Chrétiens irakiens, de tragédie en exil", un article de trois pages à lire dans Pèlerin n°6770 du 30 août 2012.
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Paru le 23 novembre 2017

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