Sébastien de Courtois, journaliste et écrivain : "J’ai marché avec les chrétiens d’Orient"

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Sébastien de Courtois, spécialistes des chrétiens d'Orient, dans son appartement à Istanbul, en Turquie. © Mélanie Frey/ReservoirPhoto
Sébastien de Courtois, spécialistes des chrétiens d'Orient, dans son appartement à Istanbul, en Turquie.
Sébastien de Courtois, spécialistes des chrétiens d'Orient, dans son appartement à Istanbul, en Turquie. © Mélanie Frey/ReservoirPhoto

Sébastien de Courtois est parti en Irak, à la rencontre des chrétiens d’Orient forcés à l’exode. Son récit dénonce une épuration.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 15/04/2015
  • Publié par :Muriel Fauriat
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6907, du 16 avril 2015

Pèlerin. Le 7 août 2014, vous partez pour l’Irak. Pourquoi ?
Sébastien de Courtois. Je suis parti dès la chute de la ville de Qaraqosh, à la suite de l’avancée des terroristes de Daech, qui a provoqué l’exode des chrétiens et des yézidis (croyants de religion monothéiste inspirée de différentes fois, NDLR). Je voulais voir.

Je savais que les chrétiens étaient menacés, mais je ne pensais pas que cela allait arriver si vite : 150 000 chrétiens se sont retrouvés sur les routes, avec rien, sinon leur dignité.

Quand nous les avons rencontrés, ils avaient marché quatre jours. Ils étaient calmes, malgré une immense détresse. L’histoire devenait vivante. L’exode de la Bible advenait.

Où sont les chrétiens d’Irak désormais ?
S. de. C. En 1990, l’Irak comptait un million de chrétiens. Aujourd’hui, il y en a moins de la moitié. Beaucoup sont réfugiés au Kurdistan irakien, au Liban, en Turquie… Les chrétiens les plus aisés sont partis depuis longtemps. Les petites gens ont fui en août 2014. Daech avait donné le choix aux chrétiens : se convertir à l’islam, payer l’impôt – soit 400 dollars (380 euros) par mois, une somme impossible à trouver pour la population – ou partir.


Quant aux yézidis, 450 000 d’entre eux ont fui. Daech ne leur propose même pas la conversion. Ils tuent les hommes, violent les femmes et vendent leurs filles…

L’éradication des chrétiens d’Orient a commencé depuis longtemps…
S. de. C. Oui, dès la fin du XIXe siècle, avec des pics d’exactions, comme en 1915. Sous l’Empire ottoman, du XVe au XIXe siècle, la population chrétienne s’était accrue. Les chrétiens vivaient sous le statut de minorité non musulmane. Un statut protecteur : ils pouvaient pratiquer leur religion ; et discriminatoire, car ils n’avaient pas les mêmes droits que les musulmans, et devaient payer un impôt. En revanche, ils n’étaient pas soumis aux mêmes obligations que les musulmans, notamment sur le plan de l’argent. Chrétiens et juifs avaient le droit de faire des prêts… Mais à la fin de l’Empire ottoman, il y a eu des crispations identitaires. Les chrétiens locaux ont été assimilés au monde occidental, au gré des conflits internationaux, et en ont payé le prix.

Que veut Daech ?
S. de. C.  Daech applique un programme idéologique, basé sur l’une des voies de l’islam : le wahhabisme. Les instigateurs sont des gens intelligents qui manipulent les symboles. Ils veulent éradiquer une population et son passé, et construire un monde nouveau.

C’est un nettoyage ethnique associé à la destruction du patrimoine : églises, mosquées…

L’« État islamique » récolte l’impôt, fait du business, a des lois et les fait appliquer. Il utilise pour cela la chair à canon des jeunes musulmans et convertis.

Vous soulignez l’indifférence de l’Occident chrétien vis-à-vis de ses frères d’Orient…
S. de. C. Les chrétiens d’Orient ont longtemps été assimilés par l’Occident à des persécuteurs, aux croisés. Or, cela fait plus de deux mille ans qu’ils vivent dans ces pays ! Peu d’attention et d’aide leur ont été accordées. Aujourd’hui, cela change un peu. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’est énormément impliqué à l’ONU pour leur venir en aide. 

D’où vous vient cette passion pour les chrétiens du Moyen-Orient ?
S. de. C. Je suis passionné par leur histoire depuis mon passage, jeune homme, dans le monastère syriaque de Saint-Gabriel, à la frontière turco-syrienne. Ce fut un choc personnel. J’ai découvert une petite communauté monastique avec un évêque, et trois mille chrétiens, dans des villages de montagne, parlant l’araméen, la langue de Jésus. Je me suis trouvé projeté aux premiers temps du christianisme ! Entre ces murs, dans ces montagnes, nous étions à la fois coupés du monde, protégés mais fragiles… Par la suite, j’ai consacré mes recherches universitaires aux chrétiens orientaux de langue araméenne. Ce livre est aussi celui d’un parcours personnel. L’Orient, c’est l’émerveillement, et le vertige.



Son récit

Livre Sébastien Courtois

C’est l’histoire d’orientales rencontres : avec des chrétiens d’Irak chassés de leur terre ; avec des Kurdes, des Chaldéens… Et d’un journaliste écrivain épris des odeurs de la grecque Patmos et de son monastère byzantin. Poignant.

► Sur les fleuves de Babylone, nous pleurions , de Sébastien de Courtois, Ed. Stock, 190 p. ; 18,50 €.

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Paru le 18 janvier 2018

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