Quitter l'Irak ? Il n'en est pas question !

agrandir Repas en famille à Kirkouk (Irak).
Repas en famille à Kirkouk (Irak). © Édouard de Mareschal
Repas en famille à Kirkouk (Irak).
Repas en famille à Kirkouk (Irak). © Édouard de Mareschal

Carnet de route n°6/7. Depuis 2003, on estime que près de 70 % des chrétiens d'Irak ont quitté leur pays. Pourtant aujourd'hui, au sein de la communauté chaldéenne de Kirkouk, la plupart des familles sont décidées à rester malgré les difficultés.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 28/11/2013
  • Publié par :Laurence Desjoyaux
  • Édité par :Gilles Donada
  • Publié dans Pèlerin
    6770, du 30 août 2012

L'accueil oriental n'est pas un mythe. Pour nous, c'est presque devenu un rituel. Un père de famille, un frère, un ami, vient nous chercher en voiture pour nous emmener chez lui partager le repas avec toute la famille. Nous n'avons rien à offrir, ne parlons pas la même langue mais ils nous ouvrent grand leurs portes et racontent leur vie à Kirkouk.

Plan. La ville de Kirkouk, Irak.

 

Ce soir, nous allons dîner chez une famille de paroissiens de la cathédrale du Sacré-cœoeur. Ils habitent à côté du gouvernorat de Kirkouk. Le détail a son importance. Il y a quelques jours, une roquette est tombée sur leur toit. Évidemment, c'est le gouvernorat qui était visé, mais c'est chez eux que la roquette est tombée.

Vidéo. Nouvelle période de deuil pour les chrétiens d'Irak. Source : Euronewsfr.

 

L'aîné des trois enfants, 16 ans, montre les photos des dégâts. Heureusement, le dispositif artisanal semble avoir été tiré de loin et n'a pas complètement explosé. Plus de peur que de mal, mais l'incident montre la précarité de leur situation. "Nous ne sommes même pas en sécurité chez nous, s'inquiète le père de famille, pourtant, la maison devrait être l'endroit où l'on se sent protégé..."

Nous ne sommes même pas en sécurité chez nous

À mesure que les grands plats de dolma et de maklouba arrivent sur la table de la salle à manger, il raconte son quotidien.

Comme beaucoup de chrétiens, il travaille à la North Oil Company, l'entreprise d'État qui exploite les énormes ressources pétrolières de la ville."3500 barils de pétrole sortent de Kirkouk tous les jours, et vu le prix du baril, nous devrions être riches ! Mais où passe tout cet argent ?" se demande-t-il.

Les chrétiens sont considérés comme honnêtes, mais peu occupent des postes à responsabilité...

Entre les lignes, quand il explique son métier, on sent la frustration de celui qui peine à progresser dans l'entreprise parce qu'il n'appartient pas à la bonne ethnie.

À Kirkouk, les chrétiens font partie des plus diplômés de la ville. Beaucoup sont employés dans les administrations ou à la North Oil Company car ils sont considérés comme honnêtes. Mais peu occupent des postes à responsabilités.

De l'autre côté de la table, l'aîné des enfants nous parle un peu de sa vie dans un anglais parfait. Il est habillé comme les adolescents du monde entier, jeans, T-shirt, a un compte Facebook, aime jouer du piano. Mais il parle avec une maturité qui n'est pas de son âge quand il évoque ce qu'il appelle "la dernière mode" des "sticky bombs", ces explosifs collés sous le châssis des voitures, ou raconte la vie à Kirkouk sous occupation américaine.

Vidéo. Chrétiens d'Irak: 10 ans d'attaques et d'exil. Source : AFP.

 

"Ils étaient aussi violents que les autres, se souvient-il. Un jour, ils ont débarqué ici parce qu'ils cherchaient des armes. Après ils sont allés chez un voisin un peu plus loin. L'homme s'est énervé, ils lui ont tiré dessus..."

Puis il ajoute, gravement, mais avec un sourire, comme s'il avait peur de nous ennuyer : "Des histoires comme ça, je pourrais en raconter toute la soirée, il y a eu tellement de guerres ici..."

Pourtant, la soirée est des plus joyeuses. Pendant l'apéritif, qui est déjà un dîner en soi, on fabrique des animaux en pâte à modeler avec "Chouchou", la petite dernière, qui en profite pour nous apprendre des rudiments d'arabe.

Leur vie est ici, explique le père de famille, leur communauté, leurs amis

On entre dans la cuisine, où la mère de famille dévoile la recette du fameux dolma. On rigole à table en tentant d'expliquer avec des gestes qu'on ne pourra pas se resservir une cinquième fois même si c'est délicieux...

Quitter l'Irak, il n'en est pas question. Leur vie est ici, explique le père de famille, leur communauté, leurs amis. Et puis il sait très bien que partir à l'étranger n'est pas la solution.

"Quand je vois ces jeunes de Kirkouk qui n'ont qu'une idée en tête, partir, soupire-t-il. Ici, si on leur proposait un travail de serveur dans un restaurant, ils diraient "moi ? Jamais !". Mais une fois là-bas, ils se retrouvent à faire des boulots encore pire..."

► Le journal de bord complet :  Comprendre la vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui. 

Chrétiens irakiens, de tragédie en exil

"Chrétiens irakiens, de tragédie en exil", un article de trois pages à lire dans Pèlerin n°6770 du 30 août 2012.

Fuyant la guerre et son lot de violences, de nombreux chrétiens irakiens se sont réfugiés en Syrie. Aujourd'hui, alors que le conflit syrien s'emballe, quelques familles préfèrent rentrer. Irak-Syrie : récit d'un douloureux aller-retour.

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Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Il ne faut pas les déraciner

SYLVESTRE14 07/08/2014 à 10:10

Il convient de faire pression sur l'Arabie Saoudite et la Qatar pour que les pays, telles l'Irak, cessent de persécuter les chrétiens d'orient. I8 d'entre viennent d'arriver en France, seulement 213 en 2013, 243 en 2012, beaucoup plus les années ... lire la suite

Paru le 23 mars 2017

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