Les enjeux de la bataille de Mossoul

agrandir 24 octobre 2016. À Bartalla, située à 15 kilomètres à l’est de Mossoul, un prêtre retourne dans son église après que les forces irakiennes aient repris le contrôle de la ville irakienne chrétienne.
24 octobre 2016. À Bartalla, située à 15 kilomètres à l’est de Mossoul, un prêtre retourne dans son église après que les forces irakiennes aient repris le contrôle de la ville irakienne chrétienne. © SAFIN HAMED / AFP
24 octobre 2016. À Bartalla, située à 15 kilomètres à l’est de Mossoul, un prêtre retourne dans son église après que les forces irakiennes aient repris le contrôle de la ville irakienne chrétienne.
24 octobre 2016. À Bartalla, située à 15 kilomètres à l’est de Mossoul, un prêtre retourne dans son église après que les forces irakiennes aient repris le contrôle de la ville irakienne chrétienne. © SAFIN HAMED / AFP

Une coalition hétéroclite a lancé, le 17 octobre, une vaste offensive contre Mossoul, ville du nord de l’Irak, aux mains du groupe État islamique depuis 2014. La bataille sera d’autant plus difficile que les assaillants sont divisés.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Publié par :Frédéric Niel
  • Édité par :Cécile Picco

1 - Combien de temps durera la bataille ?

Beaucoup moins nombreux que les assaillants, environ 4 000 combattants de l’État islamique (EI ou Daech) ont eu le temps de préparer leur défense. Ils ont creusé des tunnels, caché des milliers de mines et de bombes sur les routes et dans les maisons, posté des tireurs embusqués qui surgissent sur les arrières des troupes de la coalition. Celles-ci craignent en outre les véhicules bourrés d’explosifs conduits par des candidats au suicide de l’EI.

Pire, Daech a réussi à lancer une attaque surprise de diversion à Kirkouk, ville du Kurdistan irakien, en partie grâce à des cellules dormantes infiltrées dans la population. À Mossoul, il resterait un million d’habitants, parmi lesquels les hommes de Daech pourront se fondre le cas échéant. Les organisations humanitaires ont préparé des camps, notamment au Kurdistan, pour accueillir les réfugiés. Mais Daech interdit tout exode et semble vouloir utiliser les civils comme boucliers humains, ce qui gênera les bombardements de la coalition. « Les combattants de Daech qui n’ont pas fui en Syrie se battront jusqu’au bout, ils sont prêts à détruire Mossoul pour faire un maximum de victimes et de dégâts », avertit Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak*.

Dans ces conditions, la bataille pour Mossoul devrait durer des semaines.

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2 - Quel objectif poursuit chaque membre de la coalition ?

« Cette coalition est plus qu’hétéroclite, elle est fragmentée », insiste Myriam Benraad. Si l’EI est leur ennemi commun, chacun a ses priorités, parfois conflictuelles, et lourdes de menaces pour la période qui suivra la prise de Mossoul.

Venant du sud, l’armée régulière irakienne doit laver son honneur deux ans après avoir fui Mossoul en abandonnant ses armes lourdes à l’EI. L’armée est épaulée par des unités de la police et surtout les forces spéciales antiterroristes, commandos d’élite entraînés par des conseillers américains.

Les Français, eux, aident plutôt les peshmergas (combattants) kurdes. Ceux-ci ont avancé vers le nord et l’est de la ville de Mossoul, depuis le territoire quasi-indépendant qu’ils contrôlent. « Depuis 2014, ce sont eux qui ont fait le gros du travail contre Daech, avec l’appui aérien américain, rappelle Myriam Benraad. Mais à Mossoul, leur implication devrait être limitée, car cette ville n’a pas vocation à faire partie du territoire kurde. »

Des milices musulmanes appuient cette offensive. Elles se divisent entre groupes sunnites et chiites rivaux. Les vengeances des combattants chiites sont redoutées des populations sunnites, soupçonnées d’avoir soutenu Daech (sunnites ultra-radicaux).
« Les milices chiites sont perçues comme étrangères par les habitants du nord de l’Irak », relève Myriam Benraad. Elles ne devraient donc pas être déployées à grande échelle Mossoul même.

Pour compliquer le tableau, la Turquie veut s’en mêler. Elle a envoyé des unités au Kurdistan irakien pour y soutenir des groupes armés sunnites. Une ingérence dénoncée par le gouvernement de Bagdad, dominé par les chiites. Mais les dirigeants turcs n’en ont cure : ils ne manquent pas une occasion de rappeler que Mossoul et Kirkouk faisaient partie de leur pays jusqu’au traité de Lausanne de 1923, qui achevait le dépeçage de l’empire ottoman.

3- Les chrétiens irakiens vont-ils retrouver leur foyer ?

La plupart des chrétiens ont fui la plaine de Ninive à l’arrivée de l’EI en 2014. Beaucoup patientent dans des camps de réfugiés au Kurdistan irakien, notamment à Erbil.

« Les chrétiens ont retrouvé l’espoir depuis le début de cette offensive, qu’ils suivent en direct à la télévision et sur Internet, constate François-Xavier Gicquel, chef de la mission Irak de l’association SOS Chrétiens d’Orient. Mais ils ne pourront pas retourner chez eux, à Karakoch ou d’autres villes chrétiennes autour de Mossoul, tant qu’elles n’auront pas été entièrement déminées, ce qui peut prendre des semaines. »

Selon lui, beaucoup de chrétiens hésitent à rentrer chez eux, même après la défaite de l’EI, car ils ont perdu l’essentiel de leur pouvoir économique et politique dans les bouleversements qui ont suivi l’invasion américaine de 2003.

À plus long terme, la chute prévisible de Mossoul ne sera qu’une étape avant la poursuite de la guerre contre les autres fiefs de Daech, en Syrie notamment.

* Auteure de Irak, la revanche de l’histoire, éd. Vendémiaire, 288 p. ; 22 €.


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1 Commentaire Réagir

Bataille de Mossoul

Toto le hirsute 27/10/2016 à 09:01

Depuis 5 ans, la "coalition" occidentale à armé, financé et formé les djihadistes pour destituer Sadam Hussein, Mouhammar Kadhafi et Bachar El Assad afin de déverrouiller la porte de l'Afrique, de l'Asie et de l'Orient en y installant des ... lire la suite

Paru le 23 novembre 2017

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