Kirkouk, ville sous tension

agrandir Deux filles irakiennes devant leur maison à Kirkouk (Irak).
Deux filles irakiennes devant leur maison à Kirkouk (Irak). © D.R.
Deux filles irakiennes devant leur maison à Kirkouk (Irak).
Deux filles irakiennes devant leur maison à Kirkouk (Irak). © D.R.

Carnet de route irakien n°2/7. Kirkouk, cité de plus d'un million d'habitants au nord de l'Irak, est une ville complexe. Elle reste l'objet de nombreux attentats terroristes. Les chrétiens qui y vivent servent de pont entre tous.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 28/11/2013
  • Publié par :Laurence Desjoyaux
  • Édité par :Gilles Donada
  • Publié dans Pèlerin
    6770, du 30 août 2012.

Pour entrer à Kirkouk, à 230 km au nord de Bagdad, il faut passer plusieurs check point. La ville est un territoire disputé. Officiellement, elle dépend du gouvernement central de Bagdad, mais elle est aussi considérée par les kurdes comme la capitale du Kurdistan autonome.

Vidéo. Irak: Kirkouk au coeur d'un conflit entre Kurdes et Arabes. Source : AFP.

 

Sous une chaleur écrasante — il fait 50 degrés — baignant dans les effluves de pétrole, des soldats en armes scrutent l'intérieur des voitures, en arrêtent certaines, font descendre les passagers.

Surtout, prendre un air détendu et naturel. Pas de lunettes de soleil qui montreraient immédiatement que nous sommes des occidentaux peu habitués à l'intensité lumineuse et à la poussière du désert.

Vidéo. Irak: Retrait des troupes américaines. Source : France 24.

 

Dans cette ville de plus d'un million d'habitants, on croise un homme en uniforme tous les 300 mètres. Quatre d'entre eux sont postés devant l'évêché de Kirkouk, kalachnikovs en bandoulière.

La guerre est finie, les soldats américains ont quittés la ville en décembre dernier, mais les attentats terroristes sont encore nombreux.

Vidéo. Irak: Dix morts dans des attentats à Kirkouk. Source : AFP.

 

Dix jours avant notre arrivée, des explosions de voitures piégées ont fait des dizaines de morts. Il serait d'ailleurs assez dangereux d’'aller à Kirkouk les mains dans les poches et notre venue avait été préparée avec minutie

Pourtant, malgré les apparences, la situation s'est nettement améliorée depuis l'an dernier, explique Monseigneur Louis Sako, l'évêque chaldéen catholique de Kirkouk. "Sur le plan de la sécurité, cela va mieux. Mais rien n'est stable, tout est précaire, fragile. L'avenir de cette ville est inconnu", témoigne-t-il.

La ville de Kirkouk concentre à elle seule plusieurs problématiques locales et régionales. "Notre sort dépend de la bonne entente entre les groupes ethniques qui se côtoient ici : les kurdes, les arabes, les turkmènes, explique Mgr Sako.

Vidéo. Les chrétiens d'Irak trouvent refuge au royaume hachémite. Source : France 24.

 

À cela s'ajoute l'influence des pays voisins. Ce qui se passe en Syrie, en Iran, dans les pays du Golfe a des répercussions directes dans la ville."C'est un mélange de raisons religieuses et ethniques. Par exemple, la tension dans la région entre les musulmans chiites et sunnites a un impact sur la situation irakienne".

Les chrétiens assurent un lien entre les différentes communautés

Les chrétiens représentent 4 % de la population de Kirkouk. Ils tentent de faire le lien entre les différentes communautés. La grande pièce de réception de l'évêché est le seul endroit où se retrouvent les chefs religieux et politiques de la ville.

"Tout le monde apprécie notre présence, constate l'évêque. Nous tenons un discours équilibré de paix et de réconciliation. Ici, ils ont la possibilité de s'asseoir ensemble, de résoudre les problèmes de manière civilisée, loin de la violence".

Nous tenons un discours équilibré de paix et de réconciliation

Le soir de notre arrivée, Abbouna Stéphane, l'un des prêtre vivant à l'évêché, était invité à la rupture du jeûne du ramadan dans une mosquée voisine. Depuis trois ans, Mgr Sako invite tous les membres du conseil de la ville chez lui pour le début du ramadan. Cette année, il y avait 700 personnes.

Mais les chrétiens sont aussi des victimes faciles. Une situation difficile à expliquer. "C'est très compliqué de parler de la persécution des chrétiens, insiste Mgr Sako. Les raisons des attaques sont multiples. Nous ne sommes pas ciblés spécifiquement parce que nous sommes chrétiens. Les raisons sont plus politiques que religieuses".

Nous ne sommes pas ciblés spécifiquement parce que nous sommes chrétiens. Les raisons sont plus politiques que religieuses

Au milieu d'un échiquier politique complexe, souligne l'évêque, "nous sommes des cibles faciles, directes. Il n'y a pas de tribu, pas de milice pour nous protéger".

Le calme règne. Il est 16 h, et toute la ville semble dormir. Il fait tellement chaud que personne ne songe à sortir. Dehors, le muezzin appelle à la prière. On peine à ressentir le danger. "Mais dans une minute, il peut y avoir une explosion, rappelle Mgr Sako. Lorsqu'on on sort, on n'est pas sûr de revenir sain et sauf. Mais je crois qu'il ne faut pas vivre dans la peur. Il faut être attentif et prudent, mais il faut vivre".

► Le journal de bord complet :  Comprendre la vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui. 

Chrétiens irakiens, de tragédie en exil

"Chrétiens irakiens, de tragédie en exil", un article de trois pages à lire dans Pèlerin n°6770 du 30 août 2012.
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Paru le 22 juin 2017

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