Irak : la survie des chrétiens de Qaraqosh

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Des familles de réfugiés chrétiens ont trouvé refuge, fin juin 2014, à Bartala, à 20 km de Mossoul, ville prise par les combattants sunnites de l’EIIL. © Karim Sahib / AFP
Des familles de réfugiés chrétiens ont trouvé refuge, fin juin 2014, à Bartala, à 20 km de Mossoul, ville prise par les combattants sunnites de l’EIIL.
Des familles de réfugiés chrétiens ont trouvé refuge, fin juin 2014, à Bartala, à 20 km de Mossoul, ville prise par les combattants sunnites de l’EIIL. © Karim Sahib / AFP

Après avoir fui, fin juin 2014, leur ville menacée par des djihadistes, 40 000 chrétiens de la ville de Qaraqosh, au nord de l’Irak, viennent de retrouver leur cité désormais protégée par l’armée kurde. Pèlerin a suivi une famille sur le retour.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 16/07/2014
  • Publié par :Emmanuel Haddad
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6868, du 17 juillet 2014

Un vrombissement perce le silence épais de Qaraqosh en ce matin du mois de juillet 2014. Il est 7 heures dans cette ville chrétienne aux douze clochers que l’on dit vieille de deux mille ans, peuplée de 45 000 habitants, pour la plupart des chaldéens, des syriaques catholiques et orthodoxes.

Vidéo. Irak : les chrétiens sous la menace jihadiste. Source : I < Télé

 


Le générateur vient de se mettre en marche pour pallier l’absence d’électricité publique. Celle-ci ne fonctionne plus que deux heures par jour depuis le 10 juin 2014, où la ville de Mossoul, située à 30 km plus à l’ouest sur la plaine de Ninive, a été prise par les combattants sunnites de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Vidéo. Irak: les chrétiens ont fui en masse. Source : la Radio Télévisions suisse.

 

Déjà en sueur, Hadi* quinquagénaire et père de six enfants, sort de chez lui un bidon à la main, pour se ravitailler en eau, ressource rare à Qaraqosh.

Ancien étudiant en littérature française à l’université de Mossoul, Hadi vit ici depuis 1992 avec Teresa, son épouse. Ensemble, ils ont ouvert une boutique de « jahme beajine », des sandwichs à la viande. « Cela nous permet de survivre et de payer l’éducation de nos enfants », précisent-ils.

13 000 chrétiens qui ont fui Mossoul et Bagdad ces dix dernières années

Face aux menaces d’Al-Qaida qui se sont intensifiées après la chute de Saddam Hussein en 2004, ils ont songé à quitter la ville. Mais leur demande de visa pour la Jordanie n’a jamais abouti.


Tous les habitants de Qaraqosh qui ont les moyens sont partis vivre en Occident

→ affirme Teresa. Elle et Hadi ont finalement choisi de rester.

Vidéo. Chrétiens d'Irak : dix ans d'attaques et d'exil. Source : AFP.

 

La solidarité entre chrétiens les a aidés à vaincre leurs difficultés. Ils ont continué de vivre leur foi, participant aux célébrations religieuses en habits traditionnels cousus par la mère de Hadi.

Et ils se sont investis dans l’aide aux 13 000 chrétiens qui ont fui Mossoul et Bagdad ces dix dernières années, et auxquels il fallait trouver un logement et un travail.

Soudain, le 24 juin 2014, des obus sont tombés sur Qaraqosh, tirés par les tribus sunnites environnantes, alliées de l’EIIL. Après avoir investi Mossoul, les djihadistes menaçaient la cité chrétienne, seulement défendue par un groupe d’autodéfense composé de 1 300 hommes armés de fusils d’assaut.

Avec leurs papiers d’identité pour seul bagage, Teresa, Hadi et leurs enfants se sont unis à la masse des 40 000 habitants fuyant désespérément, en voiture et à pied, vers Erbil, la capitale du Kurdistan voisin.


Nous nous attendions au pire depuis la chute de Mossoul. Les réfugiés en provenance de cette ville nous avaient raconté les exécutions sommaires pratiqués par l’EIIL à l’encontre des chiites. Les djihadistes avaient eux-mêmes filmé leurs exactions, que nous avons vues avec horreur à la télévision. 

→ explique Hadi

Seul Mgr Petros Moshe, l’évêque syriaque catholique de Qaraqosh, est resté sur place. « Je préférais rester ici et mourir plutôt que d’abandonner la ville », dira-t-il plus tard.

Arrivés à la frontière du Kurdistan irakien, Teresa, Hadi et leur famille ont été parqués près d’un camp d’accueil de réfugiés géré par les Nations unies et abritant déjà des centaines de familles musulmanes fuyant les violences à Mossoul.

Puis ils ont trouvé refuge à Ainkawa, cité chrétienne collée à la capitale kurde, Erbil. Là, un prêtre, le P. Rayan, a négocié pied à pied avec le gouverneur le droit de les accueillir au milieu d’une foule de 12 000 chrétiens déplacés.

Avec le soutien de bénévoles et d’organisations internationales, comme l’Unicef, nous avons ouvert 19 centres d’hébergement, organisé le ravitaillement en eau et en nourriture 

→ raconte le P. Rayan dans son église chaldéenne Saint-Georges de Ainkawa.

Une ville désertée où toute activité a cessé

Pendant ce temps, l’armée kurde a riposté aux obus des insurgés par des tirs de roquettes. Puis, elle a progressivement sécurisé la région de Qaraqosh où, dès le samedi 28 juin, Mgr Petros Moshe a appelé les réfugiés à rentrer chez eux.

Teresa et Hadi ont retrouvé leur maison et leur commerce. Mais ils n’ont pu rouvrir leur boutique de sandwichs dans leur ville isolée par le conflit, où toute activité a cessé.

« Nous avons toujours eu des bonnes relations avec les Arabes des villages environnants, qui venaient faire leurs courses et travailler ici, raconte Teresa. Mais les soldats kurdes refusent désormais de les laisser entrer pour des raisons de sécurité. Résultat : nos commerces se meurent ».

Seule source de revenu : la « solde » de 500 000 dinars mensuels (440 euros) que Hadi reçoit pour son engagement dans le groupe de défense de Qaraqosh. Le retour est si précaire que Teresa songe à partir au nord du Kurdistan où sa famille a des contacts, tandis qu’Hadi pense aux États-Unis, où vit son frère. Mais avec quel argent ? En attendant, vêtu de son uniforme militaire, il se dirige vers le poste de sécurité situé au pied de l’église Tahira. Une nuit de garde l’attend.

*Tous les prénoms ont été modifiés. 

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Paru le 19 juillet 2018

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