Chrétiens d’'Irak, des pleurs et des questions

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Camp de réfugiés irakiens à la frontière jordanienne. © Wikicommons/USMC
Camp de réfugiés irakiens à la frontière jordanienne.
Camp de réfugiés irakiens à la frontière jordanienne. © Wikicommons/USMC

Après l'attaque d'un commando islamiste qui a fait 46 morts et 67 blessés, le 31 octobre 2010, dans la cathédrale syriaque catholique de Bagdad (Irak), bien des questions restent en suspens. Qui a perpétré le massacre ? Les chrétiens sont-ils condamnés à quitter leur pays pour survivre ?

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 28/11/2013
  • Publié par :Luc Balbont
  • Édité par :Marine Bisch
  • Publié dans Pèlerin
    6676, 11 novembre 2010

Depuis le 31 octobre 2010, Einaman, 25 ans, est veuve. Charbel, son mari, 30 ans, figure au nombre des 46 fidèles tués en pleine prière dans la cathédrale des syriaques catholiques à Bagdad (Irak), par des hommes se réclamant de l'État islamique d'Irak.

Carte. Ville de Bagdad (Irak).

 

« D'habitude, mon mari va prier à 18 heures dans une autre église, murmure-t-elle. Mais en cette veille de Toussaint, il voulait aller à la messe à 17 heures pour avoir le temps de se promener avec nos deux enfants de 2 et 4 ans. C'est pour cette raison qu'il est allé à la cathédrale Notre-Dame. » Einaman a attendu toute la soirée. Vers une heure du matin, elle a appris la mort de Charbel.

Vidéo. PLe douloureux Noël des chrétiens d'Irak . Source : BFMTV.

 

Que s'est-il passé ? Historien, chrétien de Déhok, dans le nord de l'Irak, Joseph Ali Choran, 45 ans, installé en France, résume : « Alors que la messe commençait, treize hommes armés ont pénétré dans la cathédrale. Les terroristes ont pris les 150 fidèles en otages et menacé de les tuer si, en échange, des combattants islamistes détenus en Irak n'étaient pas libérés. Ils ont également exigé la libération de deux chrétiennes égyptiennes converties à l'islam. Ces deux épouses de prêtres coptes orthodoxes seraient, soi-disant, retenues dans un monastère égyptien à cause de leur prétendue conversion. »

Vidéo. Pax Christi avec les chrétiens d'Irak. Source : KTO. Durée : 50 minutes.

 

Terreur au quotidien

Les forces de sécurité irakiennes ont donné l'assaut vers 20 h 30. Il s'en est suivi un effroyable carnage, 58 morts dont 46 fidèles. Parmi les victimes, cinq femmes, sept enfants et deux jeunes prêtres.

« Il faut de tels drames pour que l'on s'intéresse aux chrétiens d'Irak, s'emporte Joseph. Mais ils vivent quotidiennement dans la terreur. Les musulmans extrémistes nous harcèlent depuis le 1er août 2004, jour des premiers attentats (contre sept églises). Les menaces, les enlèvements, les assassinats se multiplient. »

Depuis 2003, date de la présence de la coalition occidentale en Irak, plus de 1 300 chrétiens ont été tués, 300 000 ont quitté le pays et 100 000 se sont réfugiés dans des zones plus sûres, au nord de l'Irak.

Karakosh est l'une de ces communes sécurisées. Des chrétiens armés y assurent seuls la protection de leurs familles. Mais, précise l'archevêque syriaque catholique de Mossoul (nord du pays), Mgr Georges Casmoussa : « Il ne s'agit pas d'une milice chrétienne, seulement de jeunes paroissiens qui font le travail que le gouvernement ne fait pas. Peut-on se laisser enlever et égorger sans se défendre ? »

Vidéo. Monseigneur Georges Casmoussa. Source : KTO. Durée : 27 minutes.

 

Au lendemain du drame du 31 octobre 2010, sur la chaîne de télé Al Charquya (en arabe, l'Orient), un responsable de la sécurité affirmait que la majorité des assaillants venait d'Égypte. Des affirmations qui mettent Mgr Casmoussa en colère : « Les étrangers ont bon dos ! Les vrais coupables sont nos leaders politiques. Depuis les élections législatives de mars, ils ne parviennent pas à se mettre d'accord pour former un gouvernement. Résultats : la police est inefficace et la sécurité s'en ressent. »

L'exil des chrétiens Mgr Casmoussa remercie le gouvernement français pour les annonces d'Éric Besson. Le ministre de l'Immigration, dès le lendemain de la tragédie, a promis d'accueillir 150 chrétiens d'Irak, qui s'ajouteront aux 1 300 compatriotes vivant en France depuis 2003. Déjà 36 blessés de l'attentat devraient arrivés à Paris, le 8 novembre 2010.

Vidéo. Entretien avec Mgr Casmoussa. Source : KTO. Durée : 8 minutes.

 

Si cette solution permet de sauver des vies, elle ne règle pas la question. « L'exil des chrétiens est un vrai drame, déplore Mgr Casmoussa. Il serait temps que nos autorités assurent notre protection. »

Dans une lettre commune des cinq évêques irakiens, il appelle à la prière et au « soutien fraternel et moral » des catholiques de France. Reste que la mise en cause de l'Égypte, par certains responsables irakiens, est troublante.

Le P. Samir Khalil, jésuite égyptien, se montre sceptique : « La revendication du groupe de faire libérer ces deux Égyptiennes 'converties' peut accréditer la thèse d'une implication d'islamistes égyptiens. Mais cela me paraît étrange qu'un commando venu d'Égypte se revendique comme membre de 'l'État islamique d'Irak'. Il faut rester vigilant car les imams intégristes, qui prônent le retour à un islam 'pur' et appellent au rejet des valeurs occidentales, privilégient l'islamité sur la nationalité. Une internationale islamiste se met peu à peu en place. Un danger pour le monde entier. »

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Paru le 19 avril 2018

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