Cardinal Barbarin : "Le courage de la foi des Irakiens est impressionnant "

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Le cardinal Barbarin dans l'église Sainte-Barbara, village de Karemlesh, au Kurdistan irakien. © Samuel Lieven
Le cardinal Barbarin dans l'église Sainte-Barbara, village de Karemlesh, au Kurdistan irakien.
Le cardinal Barbarin dans l'église Sainte-Barbara, village de Karemlesh, au Kurdistan irakien. © Samuel Lieven

L’archevêque de Lyon s’est rendu en Irak auprès des chrétiens chassés de Mossoul par l’État islamique. De retour en France, il témoigne pour Pèlerin.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 06/08/2014
  • Publié par :Agnès Chareton
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6871-6872, 7-14 août 2014.

cettefoiscicestlabonne

Pèlerin. Pourquoi était-ce si important d’aller sur place apporter votre soutien aux chrétiens de Mossoul ?
Cardinal Barbarin. Dans la parabole du Bon Samaritain (Luc, 10.25-37) Jésus nous dit qu’on ne peut pas passer à côté d’un homme à terre sans le voir. De loin, nous pouvons penser aux chrétiens d’Irak, les porter dans notre prière, mais rien ne vaut le fait de venir à leur rencontre, de se faire proche d’eux.

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Le Bon Samaritain a pris soin de celui qui était blessé. C’est la même chose pour nous. Le fait de venir, c’est comme une preuve de notre solidarité, c’est essentiel.

Qu’avez-vous vu, qui avez-vous rencontré en Irak ?
C.B. Nous avons rencontré des chrétiens réfugiés à Erbil, Qaraqosh, Alqosh et Kirkouk. Où que l’on aille les églises étaient pleines. Partout, c’était le même rituel. Ils chantent, on dit le Notre Père en chaldéen, on lit un passage d’Évangile, le patriarche, Louis-Raphaël Sako, les salue et commente ce passage, avant de me donner la parole.

► Vidéo. Le cardinal Barbarin, le premier jour de sa visite en Irak. Source: KTO.

 

Je leur ai dit pourquoi j’étais venu, pour entendre les récits de leur expulsion et leur apporter notre soutien. Ils ont été dépouillés avec une extrême violence. On leur a dit : « Votre maison ne sera plus votre maison, vous n’avez plus de place à Mossoul ! » Au check point, on les faisait descendre de voiture et on les laissait partir sans rien. Ce qui est assez surprenant, c’est qu’il n’y a pas eu un seul mort.

► Vidéo. Chrétiens persécutés en Irak: des martyrs ? 29 juillet. Source: BFM Story.

 

J’ai entendu des récits parfois tristes, des trahisons. Un homme m’a raconté avoir reçu un coup de téléphone de son collègue de bureau, qui l’a menacé : « Tu me donnes 100 000 dollars ou tu ne retrouveras plus ta maison. »

Il y a eu aussi de beaux exemples de solidarité, comme cette personne qui m’a rapporté : « Notre voisin musulman nous a fait passer les check points et on a pu partir avec toutes nos affaires. » Ce qui m’a aussi beaucoup frappé, c’est l’hospitalité de ceux qui accueillent ces réfugiés. Ils disent simplement : « Nous étions un ou deux par chambre, maintenant nous sommes six. »

La fraternité qui existe entre eux est magnifique.

Dans quel état d’esprit se trouvent les chrétiens d’Irak ?
C.B. Leur moral est au plus bas. Pourtant Louis-Raphaël Sako combat leur désespoir en leur disant : « Fondez votre espérance dans votre foi ! Jonas (que Dieu avait envoyé convertir Ninive, l’actuelle Mossoul, dans l’Ancien Testament), est resté trois jours dans le ventre de la baleine, puis il est sorti. Mossoul un jour s’en sortira. » Le patriarche porte la souffrance de son peuple et les exhorte à ne pas se laisser aller au découragement. Il m’a dit : 

 Je pense que depuis dix-huit siècles, c’est la première fois qu’il n’y a pas de messe un dimanche à Mossoul. 

Il a ajouté : « C’est une condition de nos familles chaldéennes d’être cycliquement persécutées de la sorte. » Les chrétiens d’Orient représentent un christianisme très ancien, qui subit une violence dramatique. C’est pour cela que j’ai décidé de faire un jumelage entre le diocèse de Mossoul et celui de Lyon.

►Son. Annonce du jumelage entre le diocèse de Mossoul et celui de Lyon par le cardinal Barbarin. Source: RCF.

 

Au cours de notre visite, le patriarche m’a dit qu’il voyait l’espérance remonter chez les réfugiés. L’évêque de Kirkouk m’a assuré : «  Nous savons désormais que notre voix est entendue dans le monde.  » On ne peut pas être optimiste dans une telle situation.

Garder l’espérance, c’est une exigence chrétienne.

J’ai cet espoir qu’ils vont rentrer à Mossoul. C’est pour cela que je leur ai assuré que je dirai le Notre Père en chaldéen tous les jours, jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer chez eux.

Alors que la France s’est dite prête à les accueillir, vous insistez sur l’importance, pour eux, de rester dans ce pays où ils ont leurs racines…
C.B. Je crois que cette analyse a été entendue par le gouvernement français, qui avait proposé d’accueillir des Irakiens en France. Je ne doute pas qu’ils seraient bien reçus ici, les Français sont généreux. François Hollande a eu un entretien avec le nouveau Président irakien, en lui disant qu’il fallait tout faire pour que les chrétiens puissent rester chez eux.

Que quelqu’un parte, on le comprendra. Mais ils voient bien que ce n’est pas souhaitable et les musulmans le leur disent. Une députée chiite s’est adressée aux chrétiens d’Irak en leur disant : «  Je vous en supplie, restez, l’Irak a besoin de vous pour se reconstruire.  » J’ai entendu la même chose jeudi, à Kirkouk, de la part d’un député sunnite. Il a dit :

Vous les chrétiens, on vous aime, vous avez votre place ici et vous nous apportez beaucoup. 


Pensez-vous que la France a un rôle privilégié à jouer dans la protection des minorités, en particulier chrétiennes ?
C.B. Cela fait partie de l’histoire de la France. On dit qu’elle était la protectrice des lieux saints et des chrétiens du Proche-Orient. Ça a été vrai pour le Liban. Les chrétiens ont d’ailleurs été nombreux à se mobiliser. J’ai montré à ceux que j’ai rencontrés en Irak des photos de la manifestation devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, le dimanche 27 juillet 2014.

Vidéo. Rassemblement pour les chrétiens d'Irak devant Notre-Dame de Paris, dimanche 27 juillet 2014.


Manifestation en soutien aux chrétiens d'Irak... par ERTV

Il y avait des affiches où l’on pouvait lire : « Nous sommes tous des Nazaréens. » À Lyon, beaucoup portaient le petit ن . Pour les chrétiens d’Irak, c’était très émouvant, ils étaient heureux de voir qu’on s’était engagés pour eux.

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Que peut-on faire pour leur venir en aide ?

La première chose, c’est de prier pour que leur espérance ne faiblisse pas.

C.B. La prière est un grand réconfort pour eux. Ce qui m’a bouleversé chez ceux que nous avons rencontrés, c’est qu’il n’y a pas eu un seul reniement. Quand on les a menacés en leur disant : « Tu n’as plus à être chrétien, tu dois devenir musulman », ils n’ont pas fléchi. Même saint Pierre dans l’Évangile renie Jésus. 

Le courage de leur foi est impressionnant.

Matériellement, ils ont besoin d’argent. Dans un petit village entre Alqosh et Erbil, nous avons rencontré des familles accueillies dans des endroits précaires, sous une chaleur épouvantable. Ce qui me réjouirait, c’est qu’ils puissent vivre une année transitoire décente et après, si possible, rentrer chez eux. De l’argent des catholiques de France leur parvient déjà grâce à l’Œuvre d’Orient. Il faut continuer à se mobiliser.

10 juin : les combattants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), devenu depuis État islamique (EI), s’emparent de Mossoul, où vivent 35 000 chrétiens chaldéens.

17 juillet : l’EI lance un ultimatum aux chrétiens de Mossoul : se convertir, payer un impôt, fuir ou mourir. La plupart s’enfuient vers le Kurdistan voisin et sont dépouillés de leurs biens.

28 juillet : la France se dit prête à « favoriser l’accueil » des réfugiés irakiens. Une aide humanitaire de 400 000 € est débloquée.

1er août : la France demande au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution qui condamne « les exactions de l’État islamique » et annonce qu’elle saisit le Conseil des droits de l’homme pour qu’il enquête sur les « crimes » de l’EI.


Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Pour les chrétiens d'Irak

Altobert 06/08/2014 à 20:49

La seule chose à faire c'est intervenir avec les armes contre l'EIIL sinon, ils vont étendre leur territoire encore plus et toujours plus, cela mettra en danger tout l'Occident. Hollande voulait les accueillir en France, mais eux veulent vivre chez, ... lire la suite

Paru le 19 avril 2018

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