Les chrétiens d’Orient voués à disparaître ?

Mardi 17 mai, Arte ouvre sa soirée Thema sur un documentaire à la rencontre des communautés chrétiennes d’Orient. Un panorama saisissant.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 11/05/2016
  • Publié par :Raphaëlle Simon
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6063 du 12 mai 2016

« Chassés et menacés, surtout depuis l’émergence de Daech, les chrétiens d’Orient ont-ils encore un devenir sur la terre qui les a vus naître ? », s’interroge ce vibrant reportage.

Didier Martiny, le réalisateur, a voulu « évoquer ce drame humain, mais surtout expliquer qui sont ces chrétiens à un public occidental qui ne les connaît pas ». Une gageure, en 90 minutes !

Ce travail pédagogique passionnant l’a conduit dans cinq pays : en Irak, en Syrie, en Turquie, au Liban et en Égypte, des pays aux réalités pourtant très différentes.

Les chrétiens d’Orient vivent sur ces territoires depuis les premiers siècles. Les premières communautés essaiment depuis Jérusalem à Damas, Alexandrie, Antioche… Certaines restent unies à Rome, d’autres se sont réparties sous l’autorité d’un patriarche autonome, avec son rite propre (byzantin, arménien, syriaque, chaldéen, maronite et copte).

Au VIIe siècle, les communautés chrétiennes ont accompagné l’avènement de l’Islam. Pour Jean-François Colossimo, spécialiste du christianisme et de l’orthodoxie (1), « les chrétiens d’Orient ont toujours été un entre-deux, entre l’Occident et l’Islam ». Ils sont aujourd’hui pris en étau, victimes du conflit chiite-sunnite et ne représentent pas un enjeu stratégique pour l’Europe et les États-Unis.

En outre, les minorités ont sans cesse cherché la protection des pouvoirs en place. L’irruption de Daech en Syrie et en Irak, notamment avec la prise de Mossoul, a précipité leur sort .

« J’ai tout laissé à Ninive, là où mes ancêtres sont nés », raconte avec émotion un responsable du parti politique chrétien d’Irak, condamné à l’exil. Les populations fuient l’État islamique qui cherche à effacer toute trace de leur culture. On voit ainsi le Père Najeeb Michael sauver providentiellement des manuscrits millénaires en les embarquant dans des cartons sur les routes de l’exode…

Trouver les moyens de rester

Réfugiés, témoins, résistants, experts religieux ou politiques replacent chaque communauté dans son contexte. Points communs à la complexité de la situation : le partage franco-britannique désastreux de la région en 1918, l’instrumentalisation des communautés religieuses à des fins politiques, l’échec du panarabisme, courant nationaliste et unificateur du monde arabe, « qui fait le lit de l’islamisme et pose le problème de l’accès à la laïcité et à la citoyenneté », analyse le réalisateur.
La fin des chrétiens d’Orient est-elle inéluctable ? « Je suis très pessimiste », avance Didier Martiny.

« Arrêtons de dire que tous les chrétiens d’Orient sont persécutés et chassés, tempère Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’œuvre d’Orient. Ce sont des caricatures. En Syrie par exemple, ils subissent cette guerre civile, comme tous les Syriens. Les chrétiens d’Orient ne vont pas si mal au Liban, en Égypte, ou en Jordanie. »

Ce grand connaisseur et auteur d’un récent ouvrage sur le sujet (2) montre que le maintien des communautés en Orient est non seulement primordial, mais possible : « Les réfugiés d’Irak préfèrent rentrer chez eux. Il est de notre responsabilité de leur en donner les moyens. »

En clair, il faut neutraliser Daech. Car derrière les chrétiens, il y a d’autres minorités. Dès lors que les chrétiens partent, toutes risquent de disparaître et chaque pays, de se raidir sur sa propre majorité (sunnite, chiite, kurde…).


Les minorités participent à accompagner leur pays vers plus de citoyenneté, ce que désire aussi une immense majorité de musulmans

→ affirme Mgr Gollnisch.

« S’il y a un avenir pour les chrétiens d’Orient, c’est en Orient ! », plaide aussi, dans le documentaire, Louis Raphaël Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens.

Il demande aux communautés et à ses prêtres de rester en Irak. Lui-même ne se sent pas seulement pasteur d’un petit troupeau de chrétiens, mais aussi utile aux musulmans.

D’autant que partir, c’est risquer de ne jamais revenir.

Si le Moyen Orient, berceau historique de la civilisation, était vidé de ses minorités, ce serait un drame universel. Ce documentaire nous invite à ouvrir les yeux.
 
(1) Auteur de Les Hommes en trop, la malédiction des chrétiens d’Orient, Ed. Fayard, 2014.
(2) Chrétiens d’Orient, résister sur notre terre, Ed. Cherche midi, 2016.

Arte
La fin des chrétiens d’Orient ?
Documentaire
Mardi 17 mai - 20 h 55
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Paru le 14 juin 2018

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