Les catholiques en France : la nouvelle donne

Ils étaient promis à la traversée du désert : voici les catholiques qui sortent du tunnel ! Moins nombreux, ils sont plus fervents, mieux formés et s’engagent hors des sacristies. Notre sondage le confirme : loin de menacer la laïcité, leur parole est attendue, même si elle n’est pas toujours prise en compte. Radioscopie d’une nouvelle identité catholique en France.

Qu’est-ce qu’être catholique ? Le sondage Ifop/Pèlerin, auquel ont répondu 2 450 personnes représentatives de la population française de plus de 18 ans, n’a pas la prétention de dire la croyance de chacun, de sonder l’intime, ni de rendre compte des méandres de la foi personnelle.

Les résultats de notre questionnaire permettent d’abord de mesurer que 56 % des Français continuent à se dire catholiques. Parmi eux, seuls 15 % se disent « pratiquants », un terme dont la définition est aujourd’hui beaucoup plus ouverte qu’il y a une quinzaine d’années.

Sans surprise, ces pratiquants sont plus âgés et comptent plus de femmes que la moyenne des Français. Politiquement, ils sont également plus à droite.

Mais réduire l’image du catholique pratiquant à un profil majoritaire n’en donne qu’une vision très partielle. En revanche, interroger le système de valeurs des pratiquants et des non-pratiquants permet de dessiner des lignes de force inattendues.

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Des clivages qui ne sont peut-être pas sans lien avec le mystère de Pâques… À la question : « Pour vous, qu’est-ce qu’être catholique ? », 71 % des pratiquants répondent : « Croire en la résurrection du Christ. »

C’est beaucoup plus que la moyenne des Français (54 %), et, plus surprenant, bien davantage que la moyenne des catholiques non pratiquants (44 %).

Dès lors, comment expliquer que cette croyance fondatrice du christianisme ne soit pas centrale pour tous les catholiques ?

Cela ne m’étonne pas que des personnes croient en Jésus, en son message de charité, ou en Dieu, mais qu’elles aient des difficultés avec la vérité fondamentale de la Résurrection. Cette affirmation que la mort peut être vaincue et que nous sommes tous appelés à la vie éternelle est un dogme difficile 

→ convient le P. Paul Valadier, théologien au Centre Sèvres à Paris.


Pour la majorité des Français, un catholique est avant tout un baptisé. C’est ce que pensent 67 % des personnes interrogées, 72 % des catholiques pratiquants et 81 % des non-pratiquants.

Ces derniers sont décidément très attentifs au baptême : 53 % d’entre eux estiment qu’être catholique c’est aussi faire baptiser ses enfants (chez les pratiquants, ce chiffre tombe à 30 %).

« Il y a un clivage très significatif entre catholiques pratiquants et non pratiquants, explique Jérôme Fourquet, de l’Ifop. Les premiers sont plutôt centrés sur la croyance tandis que les non-pratiquants sont plutôt attachés aux rites. »

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Et en particulier aux rites qui accompagnent les grands temps de la vie : la naissance, l’union conjugale et la mort. Les non-pratiquants accordent plus d’importance que les pratiquants au mariage à l’église et au fait d’être enterré religieusement. À l’inverse, les catholiques pratiquants mettent en avant la prière personnelle, largement plus que le suivi hebdomadaire de la messe !

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Aucun danger pour la laïcité

Notre sondage ne s’est pas seulement intéressé à l’identité catholique : il mesure aussi les attentes de la société envers les catholiques. Sont-ils les bienvenus dans le débat public ? Ou au contraire devraient-ils, au motif du respect de la laïcité, circonscrire leur foi et leurs convictions à la discrétion de la sphère privée ?

Les chiffres sont sans appel : 92 % des Français jugent que la présence des catholiques dans la société ne présente aucun danger pour la laïcité. De quoi relativiser la polémique de l’hiver dernier, partie de Vendée, sur l’interdiction des crèches dans les lieux publics…

Bien qu’elle reste minoritaire, une part croissante des Français considère que les catholiques ne font pas assez parler d’eux. En 2010, 29 % des Français trouvaient qu’ils n’étaient pas assez visibles. Ils sont désormais 35 %.

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Et cette hausse ne semble pas due aux catholiques pratiquants : la part de ceux-ci, qui revendiquent une plus forte visibilité, est restée stable depuis 2010 (autour de 67 %). Que dire de ces chiffres ? Comment les analyser ? Est-ce un effet de la popularité toujours croissante du pape François ?

Vidéo. Christophe Henning, journaliste à Pèlerin : « Il y a un effet pape François pour les catholiques français ». Souce I<Télé.

 

Faut-il y voir un retour au spirituel et au christianisme, ou bien – du fait de la peur de l’islam – une volonté de réaffirmer une identité chrétienne, pas nécessairement connectée au dogme et à la pratique ?

Outre la pratique, les Français attachent une importance croissante à certaines valeurs, sur lesquelles ils voient le christianisme jouer un rôle positif. À la question : « Dans quels domaines les valeurs chrétiennes ont-elles un rôle positif à jouer ? », famille et éducation prennent la tête du classement.

La famille est manifestement un des lieux majeurs d’unité.Elle est le lieu de l’amour conjugal, qui est l’un des grands apports des Évangiles. Avant le christianisme, en effet, le mariage n’était pas pensé en termes d’amour

→ explique le théologien Xavier Lacroix, professeur à l’Institut catholique de Lyon.


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En 2010, 37 % des Français manifestaient leur attention à la famille. Ils sont 46 % en mars 2015, deux ans après les manifestations contre le mariage homosexuel.


Le noyau père-mère-enfant est remis en question dans la culture actuelle, mais pas tellement dans les mœurs ni dans les mentalités des Français – ce sondage le montre encore. Je ne suis pas étonné qu’il y ait une réaction d’attachement à la famille nucléaire. 


→ observe Xavier Lacroix.


Et cette réaction est très forte chez les jeunes. À la question : « Pour vous, être catholique est-ce défendre la famille traditionnelle ou s’engager auprès des pauvres et des exclus ? », les 25-34 ans sont 60 % à répondre « défendre la famille traditionnelle ».


Les plus de 65 ans sont plus partagés ; 51 % d’entre eux préfèrent l’engagement auprès des plus pauvres. Cette différence pose une question de taille : le catholicisme social, engagé sur le terrain de la solidarité face à l’exclusion, est-il en train de s’estomper ? Ou les nouvelles générations portent-elles aussi ce souci, mais autrement ? Autant de questions auxquelles les portraits qui suivent  tentent, à leur mesure, d’apporter des réponses.



Pratiquant, non-pratiquant, de qui parle-t-on ?, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion publique à l’Ifop.

Crédit photo : Jeoffrey Guillemard

Crédit photo : Jeoffrey Guillemard


« Depuis les années 1960,  les catholiques étaient ­analysés en fonction de leur fréquence d’assiduité à  la messe. Les messalisants – ceux qui déclarent se rendre chaque dimanche à la messe – étant devenus trop peu nombreux, l’Ifop a fait le choix, il y a une quinzaine d’années, de poser la question autrement, en demandant directement aux gens s’ils se déclarent eux-mêmes pratiquants ou non. »

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« Malgré un plus grand flou autour de la notion de “pratique catholique”, ce nouveau critère permet de faire émerger des informations, notamment l’adhésion à un système de valeurs très spécifique chez les personnes se déclarant catholiques pratiquantes. »




Les analyses complètes du sondage de Pèlerin est à retrouver dans le numéro 6905, du 2 avril 2015.

► Son. Ecoutez l'émission Grand Angle, animée par Christophe Henning, sur RCF. Le thème : "Qui sont les catholique français ?" Durée : 55 minutes.


 


Document. Toutes les données du sondage Ifop pour Pèlerin.

 

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Paru le 10 août 2017

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