Les Français sont-ils des assistés?

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Les Français sont-ils des assistés?
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François Fillon, candidat des Républicains à la présidentielle, Benoît Hamon, son concurrent PS, ou encore Emmanuel Macron, envisagent chacun à leur manière une refonte des minima sociaux dans leurs programmes respectifs. Alors que le Secours catholique vient de lancer, justement, une campagne pour casser les idées reçues sur la pauvreté en France, Pèlerin pose la question : « trop » d’aides sociales développent-elles l’assistanat ?

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Alice Le Dréau
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7007 du Jeudi 16 mars 2017

"Les minima sociaux coûtent peu à la société"

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Christophe Ramaux. Économiste, coauteur de Sortir de l’impasse (Éd. Les liens qui libèrent).

« (...) La fraude aux prestations ne représente que quelques millions d’euros (les pauvres sont plus surveillés que les riches !), largement compensés par le « non-recours ». Nombreux sont ceux qui pourraient bénéficier du RSA et ne le demandent pas (un tiers de non-recours), ce qui entraîne une économie de plus de 3 milliards d’euros.

Pourquoi ? Car leur allocation peut être faible (le RSA se calcule comme un complément), les démarches complexes, mais aussi par souci de ne pas se vivre comme « pauvre » alors que leur situation est souvent transitoire (fin d’études…). Il y a bien lieu d’augmenter ces minima, en particulier pour réduire la pauvreté des enfants. »

"Aidons les plus fragiles à sortir de l’assistance"

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Jean-Christophe Sarrot. Membre d’ATD Quart Monde, coauteur de En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté. (Éditions de l’Atelier/Éditions Quart Monde).

 « Le préjugé stipulant que les pauvres sont des profiteurs vient, entre autres, de notre tendance à faire des généralisations : nous connaissons tous quelqu’un qui connaît quelqu’un s’en sortant mieux sans travailler plutôt qu’avec un emploi payé au Smic. Ces cas sont des exceptions. Mais les exceptions marquent toujours davantage les esprits. Le vrai problème, ce n’est pas l’assistanat, c’est l’absence de travail.

Il manque huit à neuf millions d’emplois décents en France. Une personne souffrant de précarité est souvent entraînée dans un cercle vicieux : elle n’a accès le plus souvent qu’à des emplois précaires qui ne permettent pas de déboucher sur un emploi stable. Au lieu de stigmatiser les pauvres, d’en faire des boucs émissaires, il faut agir contre le chômage et l’exclusion, pour que les allocataires bénéficiant d’aides n’en aient justement plus besoin. Personne n’aime être dépendant de la générosité des autres.

Des pistes existent pour créer de l’emploi ! Partager davantage le travail ou encore tester des programmes comme l’opération "Territoire zéro chômeur longue durée", qu’ATD Quart Monde expérimente dans une dizaine de départements en France (Ille-et-Vilaine, Rhône, Calvados…).(...) »


"Les aides sociales peuvent créer du désintérêt pour le travail"

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Agnès Verdier-Molinié. Directrice de la Fondation Ifrap. Auteure de Ce que doit faire le (prochain) Président (Éd. Albin Michel).

 « (...) Dans les faits, le cumul des aides sociales peut atteindre presque le montant d’un Smic (un couple au RSA avec deux enfants peut obtenir 1 652 € par mois), ce qui risque de créer une forme de désintérêt pour l’emploi quand, peu rémunéré, il n’apporte qu’une amélioration financière modeste par rapport à l’absence d’activité. D’autant plus lorsque le bénéficiaire, dès qu’il recommence à travailler, franchit un seuil de ressources qui lui fait perdre des droits connexes (gratuité des transports, tarifs sociaux pour l’électricité…).

Beaucoup d’allocataires hésitent alors à déclarer leurs revenus du travail. D’où l’idée de fusionner ces aides en une seule, l’allocation sociale unique, de la plafonner et de la soumettre à l’impôt. Ce ne seraient plus les Caisses d’allocations familiales qui contrôleraient les fraudes mais bel et bien les services fiscaux. Ces derniers se chargeraient du versement de cette aide en connaissance de la situation de chaque foyer. De surcroît, à chaque fois qu’un bénéficiaire de l’aide unique travaillerait un peu plus, celle-ci serait moins dégressive que ne le sont actuellement les aides sociales. Avoir intérêt à déclarer ses revenus, à travailler, et donc à cotiser soi-même pour la solidarité, doit redevenir la norme au nom du bien commun. »



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Retrouvez l'intégralité de notre débat dans le numéro 7007 de Pèlerin du Jeudi 16 mars 2017

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

Les français sont-ils des assistés ?

GARNAUD JP 16/03/2017 à 17:48

Article nécessaire pour démonter certains argumentaires politiciens et malheureusement répandus dans la population. Intéressante aussi la contribution de Mme Verdier-Molinié qui ouvre une voie de gestion plus cohérente.

Aides sociales

penelope 15/03/2017 à 20:33

Des abus il y en a. Il ne faut pas le nier. Je parlais cet après-midi avec un monsieur qui a racheté dernièrement un magazine d'électronique ménager ; je savais qu'il avait un employé qui était chez moi pour un dépannage, j'apprends que maintenant, ... lire la suite

Paru le 14 septembre 2017

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