Législatives 2017. Alain Duhamel : "Et maintenant, de l’audace et de l’autorité !"

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Une session parlementaire à l'Assemblée nationale, le 6 octobre 2015. © CITIZENSIDE/YANN KORBI/AFP
Une session parlementaire à l'Assemblée nationale, le 6 octobre 2015.
Une session parlementaire à l'Assemblée nationale, le 6 octobre 2015. © CITIZENSIDE/YANN KORBI/AFP

Le second tour des législatives, marqué par une forte abstention, et au terme duquel le parti du président de la République a obtenu à lui seul la majorité absolue à l’Assemblée nationale, vient de clore une interminable période électorale. Place à l’action politique avec du style, de la volonté et du rythme, espère notre chroniqueur, Alain Duhamel.

À propos de l'article

  • Créé le 19/06/2017
  • Publié par :Alain Duhamel
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    7021, du 22 juin 2017

Ne nous égarons pas ! L’abstention record intervenue au second tour des élections législatives confirme non pas une crise des institutions politiques, mais une crise de la société politique. Les premières viennent, une fois de plus, de faire leur preuve avec l’élection normale d’un président pourtant totalement inattendu, dont le gouvernement fonctionne et qui vient d’acquérir la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

En revanche, la société politique française, elle, est bien malade. Et la dépression économique et sociale qui sévit chez nous depuis des décennies n’explique pas tout. D’autres pays subissent la même épreuve, ou pire encore, avec moins de dégâts.

Les Français souffrent en fait d’une profonde crise d’identité. Alors qu’ils se demandent ce qui les unit et ce qu’ils vont devenir, les trois derniers quinquennats ont achevé de les égarer sur ces points cruciaux, sans apporter de réponse non plus à propos de l’originalité et du rôle de la France dans le monde.

D’où notamment l’abstention, qui témoigne des clivages sociaux d’aujourd’hui. Les citoyens qui croient à l’Europe pour maîtriser la mondialisation, qui ont confiance en la France pour qu’elle s’adapte et se fortifie à l’avenir se sont rendus aux urnes. Mais ceux qui sont anxieux, désespérés, ne comprennent plus l’univers dans lequel ils vivent et soutiennent des forces politiques marginales ont beaucoup moins voté.

Voilà pourquoi il ne faut pas relativiser l’abstention, même si elle progresse aussi pour d’autres raisons. Depuis l’inversion du calendrier électoral, qui a placé la présidentielle avant les législatives, ce second scrutin est devenu la conséquence du premier.


Enfin, je le répète, nous venons de vivre une période électorale longue de dix-huit mois, durant laquelle ceux qui ont participé aux deux primaires ont voté… huit fois !

J’en tire la conclusion que la formule des primaires n’est pas la meilleure et qu’il paraît indispensable, à l’avenir, que l’on vote le même jour pour la présidentielle et les législatives.

Quant au résultat, à défaut de triomphe, c’est une victoire claire et nette pour La République en Marche (REM). La majorité est ample, solide, mais raisonnable au point de laisser une place aux oppositions. À mes yeux, la nouvelle Assemblée a deux avantages : d’abord la proportion de femmes dans ses rangs, non seulement parmi les élus REM, mais aussi, à un degré moindre, chez Les Républicains (LR).

L’autre bonne nouvelle est le fort pourcentage de députés issus du secteur privé et qui connaissent la réalité quotidienne des entreprises. Cela tranche avec les derniers hémicycles dominés par les fonctionnaires et les anciens collaborateurs parlementaires, qui n’avaient guère l’expérience de l’économie réelle.

La droite et le PS ont l'obligation de rebâtir un projet

Pour la droite, qui n’avait jamais connu si faible représentation sous la Ve République, ce second tour marque une défaite impressionnante. Elle n’en demeure pas moins la principale force de l’opposition, alors que rien, pour elle, ne semblait gagné à cet égard après le premier tour de la présidentielle, où Marine Le Pen avait devancé François Fillon.

Bref le grave revers de la droite n’est pas une déroute, ni le début d’une désintégration. Il lui reste néanmoins à dégager de ses rangs un leader, à éviter dans l’immédiat une scission de son groupe parlementaire et, à plus long terme, à rebâtir de fond en comble un projet politique cohérent.

Le Parti socialiste subit à son tour une défaite, mais dans des proportions autrement plus importantes. Il se retrouve avec un tout petit groupe parlementaire, sans leader non plus, divisé et conscient du fait que l’idéologie sociale-démocrate a vieilli partout en Europe. Il lui faut lui aussi réinventer, mais il en est pour l’instant incapable.

Toujours dans l’opposition, la France insoumise (LFI) devient pour la première fois une voix à l’Assemblée nationale. Ce n’est certes qu’une petite voix, ce parti n’ayant pas d’influence sur les scrutins et ses députés n’étant pas assez nombreux pour déposer une motion de censure, mais nul doute qu’elle se fera entendre ! La force de FI sera essentiellement oratoire…

Le FN obtient, lui, davantage de députés que prévu, dont l’origine géographique est très intéressante. La plupart viennent en effet du Nord ouvrier jadis communiste ou socialiste, plutôt que du Midi de tradition identitaire. Cela illustre un sérieux paradoxe dans les résultats du Front national : ce parti puise sa force d’électeurs séduits par le discours social, de gauche et ultrasouverainiste de Florian Philippot, alors que lui-même est battu à Forbach.


Dans les semaines à venir, le premier défi du groupe REM sera de s’organiser, alors qu’il fourmille de parlementaires débutants et par nature inexpérimentés.

Comme après les législatives de 1958 et de 1981, qui avaient dégagé de très larges majorités, il va falloir que s’exerce en son sein une forte autorité, capable d’imposer une réelle cohésion et une rigoureuse organisation.

Ce sera peut-être plus facile qu’après la victoire de François Mitterrand en 1981. En effet, si le programme d’Emmanuel Macron est ambitieux, il n’incarne pas une farouche volonté de rupture. Par ailleurs, les « frondeurs » socialistes qui se sont déchaînés durant la dernière législature auront rendu un grand service au nouveau pouvoir : ils lui auront montré ce que jamais un Président de la République et un Premier ministre ne devaient accepter des députés de leur propre camp, et cela à aucun prix.

La dernière majorité socialiste s’est alors suicidée elle-même, de manière constante, visible et sotte. En fait, pour réussir l’amalgame au sein de ce nouveau groupe parlementaire massif et composé en plus de députés venant de différents horizons politiques, il faut que le chef de l’État fasse preuve d’autant d’autorité que d’audace. Puis qu’il aille vite et fort en prenant à bras-le-corps les dossiers les plus sérieux, tel celui de la réforme du code du travail.

Tout est affaire de style et de rythme, et ce pouvoir sera jugé non à ses résultats en fin de mandat, comme on l’espérait sous quinquennat, mais à ses résultats rapides. À ce propos, Emmanuel Macron a de la chance : la conjoncture économique lui est nettement plus favorable qu’elle ne l’était à François Hollande en 1012, à Nicolas Sarkozy en 2007 et même à Jacques Chirac en 2002.

À lui, enfin, de donner le sentiment que, grâce à sa politique internationale, la France retrouve un prestige et une influence concrète dans le monde, et particulièrement en Europe.

Là encore, la chance est de son côté dans la mesure où Angela Merkel paraît bien partie pour remporter les élections législatives de septembre prochain en Allemagne. Or, la chancelière démontre une forte envie de travailler avec Emmanuel Macron, en tout cas bien d’avantage qu’avec ses prédécesseurs. Avec pour but d’infléchir les politiques de l’Union vers plus de sécurité et d’investissements pour la croissance l’emploi.

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Paru le 19 octobre 2017

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