Emmanuel Hussenet, guide polaire, reçoit le prix Pèlerin « En chemin »

Emmanuel Hussenet, guide polaire, reçoit le prix Pèlerin « En chemin »

Emmanuel Hussenet a reçu le Prix Pèlerin du témoignage, mention « En chemin », le 7 avril, à Paris, au Forum des Pèlerins de la Terre, pour son récit « Robinson des glaces » (Ed. les Arènes).

À propos de l'article

  • Créé le 10/04/2018
  • Publié par :Muriel Fauriat
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7062 du 5 avril 2018

Ce défenseur de notre planète est allé en kayak au fin fond de l’Arctique pour alerter sur le réchauffement climatique. A la fois récit d’aventure et œuvre philosophique, ce puissant témoignage a conquis notre jury. Interview d’un guide dans l'Arctique, qui n’a pas perdu le Nord…


Pèlerin. Quel est le sens de votre périlleux périple en kayak au cœur de l'Arctique ?

emmanuel hussenet_par florent pommier2

©Florent Pommier
Emmanuel Hussenet. Cela peut paraître risqué mais cet environnement m'est familier. Je suis guide polaire depuis l'âge de 22 ans. Préoccupé par le réchauffe-ment climatique, j'avais besoin d'actes concrets. Mon projet était d'aller jusqu'à l'île de Hans, au milieu des glaces de la mer de Lincoln, îlot symbolique revendiqué à la fois par le Danemark et le Canada.

Je propose d'être propriétaire virtuellement d'une partie de l'île Hans.

Ces pays veulent contrôler une future route des pôles et en exploiter les gisements. Avec le projet « Hans île universelle », je propose à chaque habitant de la Terre d'être virtuellement propriétaire d'une partie de l'île. Cette terre est notre avenir, elle nous appartient à tous.

Défendre la Terre, la calotte glaciaire, est-ce primordial ?
Enfant, déjà, je me sentais lié à la nature. À Poissy (Yvelines), j'étudiais les chants d'oiseaux en forêt de Saint-Germain… Très jeune, j'ai compris que la société matérialiste allait dans la mauvaise direction.


La Terre est un paradis que nous sommes en train de saccager.

À 20 ans, je suis parti dans l'Arctique. J'ai tout appris là-bas : la nature – la roche, le vent, la glace –, l'intimité que nous avons avec elle, notre capacité à nous adapter à elle. Or, l'homme moderne ne cherche qu'à dominer la nature et l'épuise. Jusqu'à se mettre en danger, car nous appartenons à la Terre. Elle est un paradis que nous sommes en train de saccager.

Pourtant, les États se sont engagés à diminuer les rejets de gaz à effet de serre, à accroître les énergies renouvelables…
C'est dérisoire. Et encore faut-il étudier sous tous les aspects ces technologies et leurs impacts, notamment sur la biodiversité. Mais pour l'essentiel, rien ne vient concurrencer le pétrole, indispensable pour se déplacer, produire, se nourrir.

Alors la première des choses à faire serait de réaffirmer cette simple vérité : pour stopper le réchauffement de la Terre, il ne faut plus utiliser ces ressources fossiles. Cela n'étant, pour l'heure, pas possible, il faut trouver une autre approche.

Que faire alors ?
Les solutions sont de deux ordres : d'abord, des solutions partielles à des problèmes précis. Contre la fonte des glaces, par exemple, des technologies peuvent être envisagées pour réfléchir davantage le rayonnement solaire et diminuer ainsi l'élévation de la température dans ces parties du monde.


Accepter de remettre  en question notre mode de vie.

On pourrait imaginer aussi un vaste filin d'acier qui retiendrait les mastodontes de glace qui glissent des Pôles jusque dans les océans. Mais l'essentiel est d'œuvrer pour un changement de paradigme : accepter d'être remis en question dans notre mode de vie. Est-il bien nécessaire de chauffer nos maisons à + 20 °C, d'avoir de la lumière artificielle partout et tout le temps ? D'utiliser l'avion sans vergogne ?

Notre société est de plus en plus tendue vers quelque chose de faux, de déséquilibré. Les gens le sentent, aspirant à plus d'harmonie et à davantage de liens, notamment avec la nature. On souffre quand on emprunte un chemin qui ne nous correspond pas.

Pensez-vous que cette prise de conscience progresse ?
Oui, il y a un mouvement de fond très puissant, des îlots de conscience qui émergent un peu partout.

Des personnes expérimentent des retours à la terre, comme ce pilote de ligne découvert dans un documentaire. Il ne supportait plus de « blesser » la Terre par ces trajets incessants pour satisfaire des touristes. Il s'est reconverti dans l'agriculture et s'occupe dans la Sarthe d'une ferme en biodynamie. Mais c'est encore trop peu.


Même le pape actuel pousse à ces changements, en invitant, par exemple à renoncer à un certain confort.

Je suis frappé de voir que même le pape actuel pousse à ces changements, en invitant, par exemple à renoncer à un certain confort, non pas comme une contrainte mais comme une joie. L'enjeu est de réveiller le feu sacré en chacun de nous, cette énergie primordiale de tout être, qu'il croie en un Dieu ou pas.

Le rôle de la spiritualité est d'apporter ce savoir : s'accepter petit, apprendre à échanger, à pardonner, à mettre sa vie en cohérence avec sa pensée. Le vrai combat est profond, universel, spirituel. Et s'incarne localement, avec un changement de notre propre mode de vie à tous. Nous avons besoin de forces pour faire basculer ce monde matérialiste vers une société en harmonie avec la nature.


Emmanuel Hussenet

Robinson des glaces, Éditions Les Arènes, 272 p. ; 18 €. 

Un livre démesuré, sauvage et philosophique.





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Notre jury de 20 lecteurs a été enthousiasmé par Robinson des Glaces :

Christine, formatrice et prof de Lettres, Le Havre (Seine-maritime)
« On est impressionné par cette expédition dans des conditions extrêmes, loin de toute civilisation, au milieu de paysages superbes »

Martine, de Boulogne (Hauts-de-Seine)
Le récit de l’exploit d’Emmanuel Hussenet pour nous sensibiliser au réchauffement climatique est le témoignage d’une vocation, une quête, un engagement. Son exigence de vérité, de cohérence entre les intentions et les actes, s’accompagnent de lucidité sur sa propre responsabilité et sa part de profiteur du système. Il va au bout de sa passion et fait réfléchir sur le sens à donner à sa vie.

Chantal, documentaliste, Paris 15
Ce récit m’a particulièrement intéressée et touchée parles qualité s humaines de son auteur, son courage, sa détermination, les conditions extrêmes de ce voyage, la solitude totale qu’il a affrontée, les risques qu’il a pris (accident, kayak retourné, bloc de glace s’écroulant, froid, ours…)

En lisant son récit j’ai beaucoup appris et mieux pris conscience de l’importance du rôle de la banquise et des glaciers des pôles pour l’avenir de notre planète.

Il nous fait part de ses réflexions et de son combat pour la survie de notre planète avec des arguments, des exemples, des chiffres. Son livre nous donne de nombreuses informations et j’ai découvert un monde inconnu où la nature encore vierge est rapidement chamboulée par les activités des hommes à des milliers de kilomètres de là.

Même si la solution qu’Emmanuel Hussenet propose pour freiner la fonte des glaces au Pôle peut paraître utopique, elle a le mérite de donner à réfléchir aux enjeux qui engagent les conditions de vie des générations futures

L’auteur parle d’écologie, d’éthique, de spiritualité, de philosophie, de l’homme confronté à une nature puissante et encore vierge. En un mot, il parle de l’Humain.

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Paru le 19 juillet 2018

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