Nos huit coups de cœur pour l'année 2014

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© Elsie Heberstein
Nos huit coups de cœur pour l'année 2014
© Elsie Heberstein

La 6e édition du Prix Pèlerin du Témoignage est lancée. Les 25 lecteurs de notre jury profitent de l’été pour plonger dans les huit récits que nous avons sélectionnés.

À propos de l'article

  • Créé le 12/08/2014
  • Publié par :Muriel Fauriat
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6871-6872, 7-14 août 2014

Qui succèdera à la cantatrice des banlieues Malika Bellaribi (Les sandales blanches, Ed. Calmann Levy, Prix Pèlerin 2009), au cavalier de l’impossible Rupert Isaacson (L’enfant cheval, Ed. Albin Michel, prix 2010) à la mère courage Anne Dauphine Julliand (Deux petits pas sur le sable mouillé, Ed.Les Arènes Prix 2011)  à la prisonnière du coma, Angèle Liéby (Une larme m’a sauvée, Ed.Les Arènes Prix 2012), à la surdouée du piano martyrisée par son père Céline Raphaël (La démesure, soumise à la violence d’un père, Ed.Max Milo, prix 2013) ? Réponse début décembre. D’ici là, découvrez, vous aussi, ces parcours de vie et d’espoir.

Spiritualité

Le cheminement d'un condamné à mort


la souffrance et la grace 1

Danièle et René Sirven ont écrit en 2004 « Texas, couleur de la mort », récit de leur accompagnement, pendant dix ans, de l’américain Rickey Lynn Lewis, condamné à mort au Texas pour meurtre et viol. Devenus les « parents adoptifs » de cet homme qui a toujours clamé son innocence, ils sont appelés par celui-ci à l’accompagner dans ses derniers instants, le 9 avril 2013. La souffrance et la grâce, récit à deux voix qui témoigne des méandres de cette exécution, a pour objectif « de traduire en mots la réalité de la mise à mort d’un homme, effectuée froidement ». En décrivant par le menu ce système déshumanisant, leur témoignage questionne sur la violence à l’état pur. Mais il possède aussi sa part de grâce, en racontant le cheminement spirituel d’un condamné « qui parle du ciel parce qu’il en retient un petit morceau dans son cœur ». Un puissant plaidoyer contre la peine de mort. © DR


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La souffrance et la grâce, Danièle et René Sirven,
Ed. Albin Michel, 165 p. ;  15 €.

 

Famille

Adoption, le parcours d'une combattante

enfant du seisme

Costumière à Montréal, la canadienne Diane Lavoie se lance seule, à 47 ans, dans l’aventure de l’adoption internationale. Son parcours du combattant pour obtenir agréments et autorisations du pays d’adoption, que tant d’aspirants parents doivent affronter pendant plusieurs années, est pour elle de courte durée. Quelques jours après le séisme qui a frappé  Haïti, le 12 janvier 2010, Diane Lavoie devient maman d’une petite Mélodine de 3 ans. Leur découverte mutuelle se révèle plus tumultueuse qu’elle ne l’imaginait : pendant deux mois, la petite fille enchaîne crises d’angoisses, boulimie et hurlements. Ce récit d’apprentissage aborde sans faux semblants ni bons sentiments, les doutes et les angoisses des candidats à l’adoption à l’étranger ainsi que les questions qu’ils se posent :  le choix d’un enfant différent, les dons d’argent aux associations, les difficultés de cet apprivoisement mutuel. L’histoire d’amour qui grandit, malgré des soubresauts, entre une mère et sa fille est touchante de vérité. ©Julien Faugere/Flammarion

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L’enfant du séisme, Diane Lavoie, Ed. Autrement, 197 p. ;  17 €.


Guerre

Sur les pas d'une rescapée d'un génocide

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A 10 ans, Elise perd 50 membres de sa famille lors du génocide rwandais d’avril 1994. Dans ce récit sans concessions, elle raconte les années d’après la catastrophe, la difficile reconstruction. Abritée en orphelinat, puis regroupée avec des cousines, l’adolescente se bat pour étudier. Membre de Tubeho, association d’ « orphelins chefs de ménage », ces enfants et adolescents sans parents qui se rassemblent pour survivre, elle répond sans haine à ceux qui aimeraient oublier ce qui s’est passé. « Je dois vivre avec les bourreaux, je dois vivre dans mon pays, où le sol a bu le sang de ma famille », explique cette femme discrète de 30 ans, qui dirige une petite boutique d’artisanant à Kigali. Son témoignage n’est pas chronologique, il n’a ni début ni fin : il est éclats, éclairs, cris et questions ;  il vient d’une femme irriguée par la soif de comprendre et la rage de vivre. Si les lieux de commémoration permettent de pleurer les morts, les plaies psychiques restent béantes. Et la question des réparations demeure cruciale. Les Tutsis ont perdu la propriété de leurs anciennes maisons, détruites ou occupées, et ne sont pas propriétaires des nouveaux logements mis à disposition par l’Etat. « Il existe des rescapés, car le génocide s’est arrêté. Mais les rescapés existent-ils vraiment ? » s’interroge Elise. Un témoignage-cri contre l’oubli. © DR


► Article. Elise, le mal-être d’une rescapée rwandaise du génocide. Source: RFI.

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Le livre d’Elise, Elise Rida Musomander, Ed. Les belles lettres, 110 p. ; 13,90 €.


Travail

Le quotidien d'un jeune ouvrier précaire

Anthony n’a pas supporté la pression du lycée. A 16 ans, il décroche. Que faire sans diplôme, quand on habite la banlieue lyonnaise ? Accumuler les petits boulots, écumer les agences d’intérim. Dur à l’ouvrage, le jeune homme passe une formation de cariste - conducteur de chariot-, et travaille dans la logistique. Les contrats s’enchaînent, les difficultés aussi. Ce récit enrichissant est  une plongée dans la nouvelle classe ouvrière, celle du million d’hommes et de femmes – sur 6 millions d’ouvriers- qui travaille dans les gigantesques entrepôts des périphéries des villes, à charger et décharger des palettes pour les grandes surfaces. Horaires décalés, organisation hiérarchisée, salaires peu élevés caractérisent ces métiers. Ces ouvriers, précarisés et peu syndiqués, sont des variables d’ajustement faciles pour les grandes entreprises. Avec une mère comptable et un père éducateur spécialisé, le parcours d’Anthony symbolise la reprolétarisation de nombreux jeunes aujourd’hui. Mais aussi leur volonté de garder la tête haute.

► Son. Comment se sent-on ouvrier partout dans le monde en 2014 ? Tea time club avec en invité Anthony, 16 juillet 2014. Source: France inter.

 


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Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’hui, Anthony (pseudonyme), Ed. Seuil, coll. Raconter la vie, 80 p. ; 5,90 €.


Handicap

Trisomie 21: halte à la stigmatisation

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Elle le sait, elle dérange parfois. Par ses gestes désordonnés, par sa lenteur, par sa simple présence. Mais elle tient à le dire : elle est heureuse. Non, elle ne jette pas la pierre aux familles qui ne veulent pas garder un enfant trisomique, même si elle trouve ça dommage, mais elle est contente de vivre. Autonome, elle habite dans son appartement, travaille comme secrétaire, écoute de la musique rock, a un petit ami. Ses parents l’appellent leur « rayon de soleil ». Sans fards, sans préjugés, avec énergie, Eléonore Laloux, 29 ans, raconte son parcours de vie, ses parents, son frère Mathurin, la beauté de ses amitiés, les blessures qui viennent du regard des autres, des médecins, de l’ignorance, de la peur, du manque d’information sur sa maladie : la trisomie 21. En 2010, lors du débat sur la révision de la loi bioéthique, la famille crée le collectif des Amis d’Eléonore. Le but : dire oui à la recherche et l’accompagnement plutôt qu’à la stigmatisation. A sa naissance, les médecins avaient parlé « d’aberration chromosomique ». Après un parcours du combattant -opération du cœur,orthophonie, kinésithérapie, psychomotricité, classes spécialisées... Eléonore est devenue une jeune femme épanouie. Et son combat continue. © DR


► Son. Trisomique... et alors ? 19 mars 2014. Source: France inter.

 


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Triso, et alors !, Eléonore Laloux, Ed. Max Milo, 192 p. ; 16 €.


Santé

Dans les coulisses des Urgences

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Il se vieillit pour paraître plus sérieux -lunettes sombres, chemise à carreaux et barbe rousse-, court de chambre en chambre et délivre ses ordonnances de bien-être à tous les étages : Baptiste Beaulieu, interne aux Urgences, illumine la vie de ses patients en leur racontant des histoires. Drôles et authentiques, ces récits de guérison ou de résilience permettent aux malades de tenir le choc, de mettre, un temps, leur douleur de côté. Nourri par une mère conteuse, le jeune apprenti médecin décrit avec tendresse et fantaisie le petit théâtre de l’hôpital – ses chefs autoritaires, infirmières dévouées, patients-courage et malades imaginaires. Surtout, il désacralise l’institution, rendant aux soignants et aux soignés leur valeur, leur humanité. Sous l’autorité de Chef Pocahontas ou Chef Viking, avec ses co-internes Frottis ou Poussin, il se bat, se moque de lui-même, baisse les bras, pour mieux rebondir la page suivante. Baptiste Beaulieu est désormais médecin généraliste dans le sud de la France. Après avoir tenu un blog lors de ses années d’internat, il en a fait un récit. C’est sûr, après cela, vous ne verrez plus les Urgences de la même façon ! © Jean-Marc Gourdon/Fayard

► Vidéo. Témoignage de Baptiste Beaulieu. Source: Fayard.




Alors voilà

Alors voilà, les 1001 vies des Urgences, Baptiste Beaulieu, Ed. Fayard, 324 p. ; 17 €.



Nature

Sur la voie de la renaissance

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Immobilisé suite à une maladie, William Finnes trouve refuge au sein de la demeure familiale dans la campagne anglaise, au côté d’un père passionné par les oiseaux. Il y retrouve un livre de son enfance, qui conte l’adoption d’une oie des neiges blessée lors de sa migration. Pourquoi tant d’oiseaux se lancent-ils dans des périples de milliers de kilomètres ? Comment font-ils pour s’orienter ? Quel effet est-ce de se retrouver parmi ces milliers de volatiles ? A son tour, William ressent l’appel du large et s’envole pour le Texas. Il va suivre le périple de ces millions d’oies des neiges, qui remontent s’accoupler au nord du Canada, après avoir hiverné dans le sud des Etats-Unis. Sur son chemin, il rencontre des gens modestes qui construisent seuls leur maison, des amoureux de la vie au grand air, ornithologues, chasseurs, qui lui offrent une halte réconfortante. L’auteur se fait tour à tour naturaliste ou sociologue, relatant ses observations dans une langue d’une précision infinie, hypnotique, proposant des séquences lumineuses de la vie des hommes et des bêtes. Une voie de renaissance, par la nature, le mouvement, l’attention. © DR

► Vidéo. Présentation du livre "les oies des neiges" sur Marque-page. Source: Payot libraire.

 


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Les oies des neiges, William Fiennes, Ed. Hoebeke, 279 p. ; 19,80 €.


Pèlerinage

Vézelay-Assise : le périple d'un écrivain voyageur

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« Tu ne veux pas marcher vers Assise ? » C’est un « oui », lâché entre le fromage et le dessert à un rédacteur en chef, qui va entraîner Olivier Lemire, écrivain voyageur, dans un périple de 1500 km à travers la France et l’Italie. Empli de doutes et de craintes, l’auteur « pas si catholique que ça », démarre de Vézelay au printemps. Pendant deux mois et demi, il fait corps à corps avec la nature, s’enivre des hautes crêtes et forêts profondes du Morvan, éprouve la dureté et le chaos des Alpes, subit le découragement aux Apennins, retrouve la douceur et luxuriance de la Toscane, mais aussi sa chaleur de fer blanc, sa poussière, avant d’arriver à la ville sainte d’Ombrie et  ses deux majestueuses basiliques. En parallèle à ce chemin de solitude, de manque, de découragement, mais aussi de joie simple et de rencontres, Olivier Lemire évoque saint François, de sa jeunesse dorée jusqu’à son errance avec ses frères, deux par deux, dans le dénuement et la fraternité. Avec une règle simple : vivre de l’amour de Dieu, aller de l’avant, effectuer de menus travaux, mendier. A l’arrivée, la légende, la réalité et l’art se confrontent. Le pèlerin a changé son regard. © Guillaume Camassel

► Vidéo. De Vezelay à Assise à pied, avec Olivier Lemire. Source: La Croix.

 
De Vezelay à Assise à pied avec Olivier Lemire... par la-croix

chemin d'assise

Chemin d’Assise, l’aventure intérieure, Olivier Lemire, Ed. Bayard, 166 p. ; 19 €.






JURY 2014 Un choix difficile mais équilibré

Soixante-seize personnes ont postulé cette année pour faire partie de notre jury et nous n’avons pu en retenir que vingt-cinq. Toutes passionnées de lecture, le choix a été difficile ! Nous avons veillé à un équilibre entre hommes et femmes, entre les différentes tranches d’âge, la répartition géographique et les professions représentées. Si votre candidature n’a pas été retenue, retentez votre chance l’an prochain.

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Paru le 8 février 2018

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