Le premier ambassadeur africain au Vatican

agrandir Portrait d'Antonio Manuel (1608). Gravure de Raffaello Schiaminossi (1572-1622). Collection particulière.
Portrait d'Antonio Manuel (1608). Gravure de Raffaello Schiaminossi (1572-1622). Collection particulière. © www.bridgemanart.com
Portrait d'Antonio Manuel (1608). Gravure de Raffaello Schiaminossi (1572-1622). Collection particulière.
Portrait d'Antonio Manuel (1608). Gravure de Raffaello Schiaminossi (1572-1622). Collection particulière. © www.bridgemanart.com

Le 6 janvier 1608 mourait à Rome le premier ambassadeur africain au Vatican. Il s'appelait Antonio Manuel Nsaku Ne Vunda, et venait du Royaume du Kongo représenter son monarque, Mani Kongo, auprès du pape.

À propos de l'article

  • Créé le 01/02/2018
  • Publié par :Eyoum Ngangue
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7053 du 1er février 2018

L'histoire commence le 17 août de l'an de grâce 1604, à Mbanza Kongo, capitale du royaume du Kongo – État dont le territoire est aujourd'hui réparti entre la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, l'Angola et le Gabon.

Le Kongo est aujourd'hui réparti entre la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, l'Angola et le Gabon.

Nsaku « marquis » de Vunda, 33 ans environ, devenu prêtre sous le nom de dom Antonio Manuel, reçoit du Mani Kongo Alvaro II – le monarque local, son oncle –, les lettres de créance qu'il est chargé d'aller présenter au pape, à Rome, pour consolider le catholicisme dans son pays.

Depuis plus d'un siècle, une partie de la population et la dynastie royale de ce pays d'Afrique centrale ont été réceptives au message de l'Évangile apporté par les missionnaires portugais dès 1490.

La population et la dynastie royale de ce pays d'Afrique centrale ont été réceptives au message de l'Évangile.

Des églises ont été construites, des prêtres ordonnés. Les lettrés kongolais portent des prénoms et des titres portugais. C'est ainsi que quelques jours plus tard, à la tête d'une délégation de 26 personnes, Nsaku Ne Vunda, émissaire du Mani Kongo, prend la mer. Son objectif : atteindre le Portugal en bateau, puis gagner Rome par la voie terrestre. Cette odyssée ne sera pas une sinécure, raconte l'écrivain Wilfried N'Sondé, auteur d'une version romancée de ce voyage semé d'embûches*.

« Pour quitter les côtes du royaume du Kongo, il embarque sur le seul galion disponible : un navire négrier qui, avant de rallier Lisbonne, va d'abord aller déposer sa sordide cargaison au Brésil. » Au cours de cette double traversée de l'Atlantique, il a pu voir de près l'ignominie qu'était la traite des Noirs, a essuyé des tempêtes et des attaques de corsaires…

L'Espagne et le Portugal dénient au Kongo le droit d'entretenir des relations diplomatiques avec le Saint-Siège.

Fin 1606, la délégation débarque enfin à Lisbonne, ruinée. Or, ni l'Espagne ni le Portugal ne reconnaissent la souveraineté du Kongo d'alors. Les puissances ibériques évoquent le principe de la padroada, prérogative par laquelle Rome leur concède l'administration des territoires découverts et évangélisés, pour dénier au Kongo le droit d'entretenir des relations diplomatiques directes avec le Saint-Siège.

Grâce à un échange de courriers avec le Vatican, dom Antonio Manuel plaide la cause de son pays.

Séquestré des mois durant à Lisbonne, puis à Madrid, dom Antonio Manuel ne renonce pas. Grâce à un échange de courriers avec le Vatican, il plaide la cause de son pays. Finalement, « la Congrégation des rites du Vatican, ayant examiné la question, décide que l'envoyé du Mani Kongo peut être reçu aussi solennellement que les ambassadeurs des autres rois », peut-on lire sur une note conservée à l'Institut royal colonial belge.

Avec l'aide du Saint-Siège, dom Antonio Manuel, malade et épuisé, arrive à Rome.

Avec l'aide matérielle du Saint-Siège, dom Antonio Manuel, malade et épuisé, peut donc poser le pied sur la côte italienne le 20 décembre 1607, accompagné de sa délégation désormais réduite à cinq membres, après quatre ans d'aventures.

Le pape Paul V se déplace personnellement pour le rencontrer.

Il arrive à Rome le jeudi 3 janvier 1608, et le pape Paul V, qui lui a au préalable envoyé ses meilleurs médecins, se déplace personnellement pour le rencontrer. Celui dont le tout Rome souligne une certaine ressemblance avec le Roi mage Melchior expire le 6 janvier 1608, jour de l'Épiphanie, avec la satisfaction d'avoir accompli sa mission.


des funérailles dignes d'un légat.

Après des funérailles dignes d'un légat, il est inhumé à la basilique romane Sainte-Marie-Majeure. « Ses tribulations dévoilent un pan méconnu de l'histoire de l'évangélisation de l'Afrique », conclut Wilfried N'Sondé.


Un océan deux mers

* Un océan, deux mers, trois continents, Éd. Actes Sud, 272 p. ; 20 €.

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Paru le 8 février 2018

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