Serge Hefez, psychiatre : « L'’amour est devenu l’'enjeu du couple »

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Serge Hefez, psychiatre et thérapeute de couple © Hanna/Opale
Serge Hefez, psychiatre et thérapeute de couple
Serge Hefez, psychiatre et thérapeute de couple © Hanna/Opale

En 1959, un mariage sur cinq est un mariage d'’amour. Aujourd'hui, si les unions sont plus fragiles, on revendique plus l'amour. Serge Hefez, psychiatre et thérapeute de couple, nous éclaire sur cette contradiction.

À propos de l'article

  • Créé le 25/09/2013
  • Modifié le 25/09/2013 à 12:00
  • Publié par :Sophie Viguier-Vinson
  • Édité par :Sophie Viguier-Vinson
  • Publié dans Pèlerin
    6632 du 17 janvier 2010

Pèlerin. Qu'’est-ce qui a changé pour les couples au cours des dernières décennies ?
Serge Hefez. En un siècle, les bouleversements ont été considérables. Les femmes se sont émancipées et sont devenues économiquement indépendantes de leur époux, ce qui a fait voler en éclats les rôles traditionnellement établis. La sexualité a été séparée de la procréation avec les nouvelles méthodes de contraception, et cela a eu des conséquences immenses sur la vie intime des conjoints.
De même, il ne faut pas oublier que le sentiment amoureux n’'était pas central dans le couple jusqu’'aux années 1950 et les institutions – la famille, l'’Église – encadraient fermement l'’union. Elles la soudaient presque de l’'extérieur. Aux yeux du monde, on se devait donc d’'aimer son conjoint, car c'’était sa femme ou son mari. Ce qui ne veut pas dire qu'’il n'’y avait pas d’'amour à l’'origine de l'’histoire, comme par la suite, mais ce n’'était pas revendiqué comme l'’élément essentiel.

Aujourd’'hui, les sentiments ont-ils pris toute la place dans la vie du couple ? 
La logique est inversée de nos jours. On fait sa vie avec quelqu'’un avant tout parce qu’'on l’'aime, que l’'on a reconnu la « bonne » personne et l’'engagement ne regarde que les deux intéressés. On choisit également d’'avoir des enfants, au bon moment, quand on le veut bien. Tel est le fruit de la révolution individualiste qui a fait du principe du libre choix la clé de voûte de la sphère conjugale. C’'est exaltant, mais cela fragilise la relation parce que les sentiments sont nécessairement mouvants, les imprévus inévitables, et qu'’il existe aussi des milliers de bonnes personnes avec lesquelles on aurait pu faire notre vie. Cela porte un coup à l'’idéal romantique moderne et distille une incertitude très insécurisante.

Est-il donc plus difficile de s’'aimer et de vivre à deux à présent ? 
C’'est sûrement plus compliqué et plus exigeant. La révolution conjugale n'’est pas achevée et les couples cherchent de nouveaux modèles de vie à deux. Jadis, on ne divorçait pas, on n’'était pas plus heureux mais on n’'avait pas de question à se poser.

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Paru le 18 janvier 2018

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