Mariage mixte : comment construire un couple islamo-chrétien ?

agrandir Latifa et Benoît vivent heureux avec leurs trois enfants à côté de Valence.
Latifa et Benoît vivent heureux avec leurs trois enfants à côté de Valence. © Guillaume Squinazi
Latifa et Benoît vivent heureux avec leurs trois enfants à côté de Valence.
Latifa et Benoît vivent heureux avec leurs trois enfants à côté de Valence. © Guillaume Squinazi

Les mariages islamo-chrétiens se multiplient depuis plusieurs années. Comment construire une vie de couple et une famille malgré les différences religieuses et culturelles ?

À propos de l'article

  • Créé le 25/09/2013
  • Modifié le 25/09/2013 à 12:00
  • Publié par :Antoine Dhulster
  • Édité par :Alice Mécker

Elle est musulmane, il est catholique. Lorsqu'ils se sont dit « oui », il y a près de dix ans, Latifa et Benoît Avignon se moquaient bien de ne pas partager la même religion.

Leur histoire ressemble à celle de milliers de couples qui choisissent de s'unir malgré leurs différences. Pour le meilleur, comme c'est le cas pour Latifa et Benoît, qui vivent heureux avec leurs trois enfants à côté de Valence. Et parfois pour le pire, comme le montre l'exemple de tant d'autres couples qui finissent par se déchirer pour « incompatibilité » religieuse ou culturelle après des années de mariage.

Combien sont-ils en France, ces couples islamo-chrétiens ? Les données officielles n'existent pas, car la loi française ne permet pas de tenir compte du critère religieux dans les recensements. Du reste, ces mariages sont bien souvent célébrés selon des formes qui rendent impossible toute statistique : tantôt à l'église, tantôt à la mosquée, parfois juste à la mairie.

Pour Benoît et Latifa, cette dernière solution n'était pas envisageable. La mère de Benoît, catholique pratiquante, voulait « marier son fils à l'église ». La famille de Latifa, peu religieuse, tenait à une fête musulmane. Des attentes difficilement conciliables, en apparence.

Au coeœur des échanges, le respect mutuel  

Depuis des années, le Service des relations avec l'islam (SRI) (1) de la Conférence des évêques de France réfléchit à ces unions interreligieuses.

Délégué diocésain du SRI à Valence, le P. Roger Michel (2) prépare au mariage pendant un an les amoureux qui viennent frapper à sa porte. Au cœoeur de leurs échanges, le respect mutuel. « Lorsque Benoît et Latifa sont venus à moi, ils avaient tous deux peur de devoir renoncer à leur religion. Mais à aucun moment cette question ne doit se poser », précise le P. Michel.

Le jour tant attendu, la célébration, catholique, laisse une large place à l'islam. Ainsi, la lecture de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens est précédée de celle de la Fatiha, première sourate du Coran, récitée à chaque moment important de la vie des musulmans.

Le mariage s'achève sur des rythmes de musique orientale. « C'était plus exotique qu'une messe classique », s'amusent les deux époux.

(1) 71 rue de Grenelle, 75007 Paris. Site Internet : www.le-sri.com ; 
Contact : P. Christophe Roucou, directeur, tél. : 01 42 22 03 23.
(2) Auteur de Peut-on dialoguer avec l'’islam ? Éd. Peuple Libre, 200 p. ; 14 €€.  


Leur unique regret : malgré une cérémonie de fiançailles traditionnelle musulmane, organisée par la famille de Latifa quelques jours avant le mariage, leur union n'a pas été reconnue par un imam. Et pour cause : seule une minorité d'entre eux accepte, sous certaines conditions, les unions islamo-chrétiennes.

Parmi ces imams, Abdallah Dliouah, l'une des figures du dialogue interreligieux à Valence, en lien étroit avec le P. Roger Michel. Ce mois-ci, il doit marier une catholique à un musulman. D'abord réticent, l'imam a accepté cette union car le couple vient d'avoir son premier enfant.

« Dans une telle situation, il est préférable qu'ils se marient, estime-t-il. D'ailleurs, il n'y a pas d'obstacle théologique réel à leur union. Mais leurs différences religieuses et culturelles risquent de leur poser problème plus tard. Nous, imams, accordons une grande attention à la compatibilité culturelle, sociale, et surtout religieuse, entre les époux. »

Regrets des proches et tensions familiales  

Ces réserves et ces arguments, l'imam a pris l'habitude de les échanger avec le P. Roger Michel au sein du groupe d'amitié islamo-chrétienne de leur ville, qui se réunit plusieurs fois par mois.

Tous les enjeux du « vivre ensemble » y sont abordés. Notamment les mariages interreligieux, qui génèrent souvent des tensions au sein des familles.

Henri Rebatel, membre du cercle d'amitié islamo-chrétienne, peut en parler. Ce catholique de 70 ans est père d'une fille mariée à un musulman pratiquant. Il est aujourd'hui grand-père de trois petits-enfants... tous élevés dans la tradition musulmane. « Je regrette cette situation, confie-t-il, bien que je l'accepte. Lorsque je garde les enfants pour un dimanche, je les emmène avec moi à la messe, pour leur transmettre tout de même quelques éléments de ma culture catholique... »

Un ton qui tranche avec la confiance de tant de couples « mixtes », qui racontent leur histoire d'amour en faisant volontiers l'impasse sur le ressenti de leurs proches. De fait, les regrets de ce grand-père, et au-delà, les conflits entre familles au sujet de la religion des enfants apparaissent comme le problème principal posé par les unions interreligieuses.

Aucune règle consensuelle n'existe en la matière, et malgré certaines concessions de part et d'autre, prêtres comme imams revendiquent l'éducation des enfants respectivement dans le catholicisme et dans l'islam.

Confrontés à ces exigences, les parents réagissent très diversement selon leur milieu et leur éducation... bien souvent en improvisant. « Pour tous les aspects de ma vie de couple avec Latifa, c'est comme si nous devions inventer nous-mêmes un mode d'emploi, résume Benoît Avignon. Pour l'instant, nos trois enfants ne sont pas baptisés. Ils vivent les fêtes de nos deux cultures, Noël comme l'Aïd. S'ils veulent plus tard se diriger vers l'islam ou le catholicisme, ils feront leur choix librement. »

Des livres pour aller plus loin

- Chrétiens et musulmans ont-ils le même dieu ? de Dalil Boubakeur et François Bousquet, Éd. Salvator, 96 p. ; 10 €€. 
- Prophètes du dialogue islamo-chrétien, de Maurice Borrmans (dir.), Le Cerf, 257 p. ; 27 €€. 
- Penser l'islam dans la laïcité, de Franck Fregosi, Fayard, 496 p. ; 22 €€. 
- Islam, les questions qui fâchent, de Bruno Étienne, Bayard, 130 p. ; 15 €€.

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