Marcel Rufo, pédopsychiatre : "Les mariages princiers sont l'affaire de tous"

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Marcel Rufo © Alain Tendero
Marcel Rufo
Marcel Rufo © Alain Tendero

Les mariages royaux nous touchent, notamment celui de Kate Middleton et du prince William, célébré le 29 avril 2011. Ces événements fascinent, tous les enfants s'imaginent être issus d'une lignée bien plus remarquable que la leur. Au terme de ce processus imaginaire, ils se sentent plus forts et finissent par accepter leurs parents.

À propos de l'article

  • Créé le 25/09/2013
  • Modifié le 25/09/2013 à 12:00
  • Publié par :Marcel Rufo
  • Édité par :Marine Bisch

Reconnaissez que, dans la salle d'attente de votre dentiste, vous vous jetez comme moi sur le magazine dont la couverture met en scène des mondanités royales et princières. Quel homme n'aurait pas rêvé d'offrir à l'être aimé le saphir bleu de la bague arborée par Kate Middleton après sa promesse d'union avec le prince William ?

Et comment ne pas être sensible au conte de fées moderne qui verra une Sud-Africaine d'origine roturière devenir la future Grimaldi, en convolant bientôt avec le prince Albert de Monaco, faisant ressurgir en partie la légende de Grace Kelly ?

Si ces histoires nous touchent, c'est parce que tous les enfants, vers l'âge de six ans, traversent une période de doutes concernant leurs origines et en viennent à se demander s'ils sont bien les enfants biologiques de leur famille. Je n'y ai pas échappé...

Dans le village où je réside, je croise régulièrement un ami né le même jour que moi, au sein du même centre hospitalier, alors que régnait un grand désordre consécutif à la Seconde Guerre mondiale. Nous plaisantons parfois encore - non sans quelque doute - du fait que nos berceaux ont pu être intervertis, au risque d'un profond bouleversement de nos destinées.

Abandon, perte, voire enlèvement : cette fascination enfantine est une façon d'exprimer tout à la fois son désir d'appartenance et sa crainte de la perte. Les enfants s'imaginent souvent être issus d'une lignée bien plus remarquable et puissante que la leur.

Cette ascendance présumée leur laisse entrevoir un avenir glorieux. Mais le fait d'avoir été porté dans le ventre de leur mère vient s'opposer à ce fantasme, désigné par les psychologues sous le terme de « roman familial ».

Une autre stratégie psychologique se met alors en place : « Ma mère a eu une relation amoureuse avec un roi et je suis donc l'enfant adultérin de ce puissant personnage. » Comme toujours, la mère est sûre et le père incertain. Au terme de ce processus imaginaire héroïque, l'enfant se sent plus fort... et finit par accepter sereinement ses parents.

Vous savez maintenant pourquoi les fastueux mariages anglais et monégasque résonnent en nous comme un souvenir, un désir infantile enfouis. Alors, pas de complexe ! Faute d'être invités à l'abbaye de Westminster pour assister aux noces de Kate et William le 29 avril 2011, il nous reste la télévision, regardée du coin de l'oeœil.

Et si, un jour, il n'y avait plus de rois et de reines, de princes et de princesses ? Il nous faudrait passer aux chanteurs et aux sportifs de haut niveau. En attendant cette modernité, soyons délicieusement classiques, à la fois monarchiques et républicains, en somme français.

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Paru le 18 janvier 2018

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