Les divorcés remariés peuvent-ils communier ?

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Xavier Lacroix et le père Guy de Lachaux © Gil Fornet
Xavier Lacroix et le père Guy de Lachaux
Xavier Lacroix et le père Guy de Lachaux © Gil Fornet

Quel accueil dans l'Eglise pour les divorcés remariés ? L'interdiction d'accéder aux sacrements (confession, communion) est-elle irrémédiable ? Débat entre Xavier Lacroix, philosophe et théologien à l'Université catholique de Lyon, membre du Comité consultatif national d'éthique, et le P. Guy de Lachaux, prêtre du diocèse d'Evry, qui accompagne des personnes divorcées.

À propos de l'article

  • Créé le 25/09/2013
  • Modifié le 25/09/2013 à 12:00
  • Publié par :Philippe Demenet
  • Édité par :Marie-Yvonne Buss

Pèlerin. Le divorce ne pose pas de problème à la loi de l'Eglise... C'est le remariage qui en pose un. Est-ce normal ?
Xavier Lacroix. Le divorce en tant que tel ne pose pas de difficulté à la loi de l'Eglise. Elle comprend - quand il y a menace pour la vie psychique ou la santé des personnes -, que le meilleur possible - d'autres diraient le moindre mal - soit de se séparer (canon 11-53). C'est le remariage qui posera une difficulté canonique, parce que - s'il y a deuxième mariage -, il y a deuxième lien. Or, la conviction de l'Eglise est que le lien sacramentel est unique et « pour la vie ». Les difficultés canoniques commencent donc avec le remariage. Pour autant, chacun est bien conscient que de graves difficultés humaines ont surgi avec le divorce qui est un véritable tremblement de terre.

Guy de Lachaux. Quand quelqu'un traverse ce séisme, il a plus que jamais besoin de présence spirituelle, de sens, de miséricorde. Lorsqu'un membre souffre, nous dit saint Paul, c'est tout le corps qui devrait souffrir. Or, cette présence, le divorcé ne la trouve pas toujours dans la communauté chrétienne. Quand il la rejoint, il a l'impression que la réalité de ce qu'il vit est ignorée, mise de côté... Ce n'est pas une question de « loi » de l'Eglise, mais d'attention du peuple chrétien à ses membres souffrants.

Xavier Lacroix. Réfléchir au lien d'alliance permet de mieux comprendre la souffrance du divorce. « Alliance » signifie l'entrée de deux histoires l'une dans l'autre, comme deux anneaux entrelacés. Et lorsque cette intimité a été partagée cinq, dix, voire trente ans, il serait hypocrite d'affirmer qu'il n'en reste rien. C'est une des raisons de la souffrance du divorce. Le divorce, signe de faiblesse du lien, est aussi la marque de la profondeur du lien.

Que dire à ces divorcés remariés qui frappent à la porte de l'Eglise et découvrent, à cette occasion, qu'ils n'ont pas accès aux sacrements ?
Guy de Lachaux. C'est souvent au moment précis où les personnes divorcées commencent à reconstruire leur vie, qu'elles découvrent que l'Eglise n'est pas prête à les accueillir sans leur poser des conditions. Elle leur dit : « Vous êtes dans une situation objective qui vous empêche de vivre toute vie sacramentelle, l'eucharistie, la réconciliation, mais aussi le baptême, si l'un des conjoints se convertit. » Ce discours se veut le plus objectif possible. Pourtant, les personnes divorcées remariées ne peuvent pas le recevoir. Elles le prennent pour une condamnation sans appel, comme s'il s'agissait d'un péché qu'on ne veut pas leur pardonner...

Xavier Lacroix. Il existe un problème d'accueil, c'est vrai, mais quel est l'enjeu, au fond ? L'Eglise appelle à témoigner de l'indissolubilité du lien au sein même du divorce et même du remariage. C'est le sens du mariage pour les générations futures qui est en cause ! Pour répondre à cet appel, pour manifester qu'ils reconnaissent la permanence du premier lien, les divorcés remariés sont invités soit à s'abstenir de communier, soit à vivre en frère et soeœur. Je ne dis pas que tout le monde puisse le faire. Mais comment être de bons chrétiens, en communion avec l'Eglise, tout en ayant deux liens, voire trois ? Il y a là une contradiction intrinsèque à laquelle il n'existe pas de solution simple.

Guy de Lachaux. Pour moi, aucune des alternatives que vous évoquez - l'abstinence de communion ou la vie « en frère et soeœur » -, n'est recevable. Pour une raison très simple : toutes deux nient le corps. Demander à un couple de ne plus avoir de relations sexuelles, c'est lui demander de se priver de quelque chose qui fait partie intégrante de la relation d'amour. Lui demander de renoncer à la communion, c'est le priver du contact corporel auquel Jésus nous invite quand il dit « ceci est mon corps, prenez, mangez ». L'intégrité même de la foi est en cause ! 

Peut-on refuser à vie l'accès au sacrement de réconciliation ?
Xavier Lacroix. Les textes du Magistère disent que pour obtenir le sacrement de réconciliation, il faut que les divorcés remariés changent de vie. Or ces personnes, qui ont fondé un couple, une famille, ne peuvent pas changer de vie. Du coup, leur abstinence eucharistique prend un caractère définitif. Cela pose problème. Une pénitence qui ne peut pas aboutir à une démarche de réconciliation risque d'être mal vécue, dans la mesure où elle peut être confondue avec un interdit pur et simple. Pour que la pénitence prenne un sens dynamique, il faut y poser un terme. Pourquoi pas sept ans, durée habituelle dans l'Eglise ancienne ? Les personnes divorcées remariées, aidées par un groupe de chrétiens, pourraient ainsi clarifier leur rapport à l'Eglise, à leur premier lien, au second, aux enfants... A la suite de quoi, elles pourraient avoir accès au sacrement de réconciliation et à l'Eucharistie, sachant que la demande de réconciliation est une demande de pardon. Cela implique une reconnaissance de ses torts.

Guy de Lachaux. Personnellement, je ne me sens pas le droit d'autoriser quelqu'un à communier. L'Eglise doit pouvoir s'adresser à tout être humain, là où il en est, pour l'aider à avancer. En ce sens, je me sens proche du recours à la « conscience éclairée », telle que l'ont définie Mgr Jean-Charles Thomas (ancien évêque de Versailles, ndlr.) et Mgr Armand Le Bourgeois (aujourd'hui décédé, ndlr). Aux personnes divorcées remariées que j'accompagne, je propose un certain nombre de points de repère à partir desquels elles sont invitées à faire une révision de vie. Alors, en conscience, elles décident si elles peuvent ou non s'approcher du sacrement de l'Eucharistie. C'est à elles de le décider après avoir éclairé leur conscience.

Xavier Lacroix. Je reconnais, comme vous, que le critère ultime est la « conscience éclairée ». « Aucune autorité, pas même celle de l'Eglise, n'est au-dessus de la conscience », a rappelé l'épiscopat français en 1992. En dernier ressort, chacun est appelé à écouter sa conscience, ce que lui dit la voix de Dieu. En revanche je crains qu'avec les critères élaborés par Mgr Thomas et d'autres évêques, on ne s'estime soi-même trop facilement apte à communier. Je préfère la démarche de  pénitence / réconciliation parce que dans la demande de pardon, il y a la reconnaissance du péché. Ce n'est pas un dû, c'est un don que l'on demande.

Guy de Lachaux. Benoît XVI, tout au début de son pontificat, a rencontré des prêtres qui lui ont posé des questions sur les divorcés remariés. J'ai beaucoup aimé ses réponses, ce jour-là. Il se disait « très troublé » par la souffrance profonde des personnes divorcées et divorcées remariées. Il se disait écartelé, sachant que l'acte même de communier et la possibilité de recevoir le pardon font partie intégrante de la vie en Eglise et de la recherche de l'amour de Dieu. Ce sont les mêmes sentiments que j'éprouve, lorsque je chemine avec des divorcés remariés. Quand un couple qui s'est remarié voilà dix ou vingt ans, vit la fidélité, éduque ses enfants dans la foi des chrétiens, peut-on encore dire qu'il est un « signe objectif de la négation du lien entre le Christ et l'Eglise » ? Pour avancer, il faudrait rendre possible, à mon avis, une réintégration sacramentelle « officielle » des divorcés remariés.

Xavier Lacroix. Je souhaite qu'il y ait possibilité de réconciliation et de réintégration, mais en faisant bien attention à ne pas « brader » l'indissolubilité. C'est le sens du mot alliance qui en serait affecté. Je crois donc qu'il faut conserver ce temps d'épreuve, même si, j'allais dire, c'est le corps qui « trinque ». Il y a eu transgression, il y a donc pénitence. En revanche, là où l'on se rejoint c'est lorsque nous disons qu'une pénitence définitive, jusqu'à la mort, est très difficile à comprendre.

Faut-il s'inspirer de la théologie orthodoxe ?
Guy de Lachaux. Oui. Les orthodoxes admettent que des secondes noces puissent être célébrées à l'Eglise, après une prière de pénitence. Pour eux, le mariage est un « couronnement ». Les mariés sont investis de la fonction royale du Christ. Cette manière de rendre compte du sacrement de mariage, qui avait cours dans l'Eglise des origines, n'a jamais été condamnée par l'Eglise catholique.

Xavier Lacroix. Autant je comprends que des prières soient dites, en privé, à l'occasion d'un remariage, autant je trouve qu'une célébration de secondes noces à l'église, brouillerait tout et notamment l'idée que c'est en étant unique que le mariage est sacramentel. 

Guy de Lachaux. A l'issue d'un colloque oeœœcuménique sur la théologie du mariage, des orthodoxes m'ont glissé : « Nous mettons en avant la miséricorde, mais nous avons du mal avec l'indissolubilité. » Chez nous, dans l'Eglise catholique, c'est le contraire. On tient ferme sur l'indissolubilité, mais on a du mal avec la miséricorde. Il y a sans doute un travail commun à entreprendre, pour nourrir cette tradition qui appartient à nos racines communes.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

A propos d'un sujet à vaste enjeu apostolique !

anaclara 08/04/2014 à 11:22

Je suis divorcée remariée, maman de deux enfants de deux mariages civils différents. Je suis en cours de démarche de reconnaissance de nullité de mon sacrement de mariage. Néanmoins, tout en m'étant pliée à cette démarche de vérité à laquelle je ... lire la suite

Paru le 18 janvier 2018

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