Isabelle, femme de militaire : "Attendre, question de survie"

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Isabelle, femme d'officier © Thierry Pasquet / Signatures
Isabelle, femme d'officier
Isabelle, femme d'officier © Thierry Pasquet / Signatures

Isabelle, femme de militaire, vit les temps d'absence et de retrouvailles au fur et à mesure des missions de son mari. Une vie de famille différente, qui se construit dans la foi et l'attente.

À propos de l'article

  • Créé le 30/07/2013
  • Publié par :Dominique Lang
  • Édité par :Marine Bisch
  • Publié dans Pèlerin
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Isabelle s'est installée il y a peu, en Bretagne, loin de Paris, sa terre natale. « Moi qui n'avais jamais quitté la capitale, je suis venue ici sans regrets pour être au plus près d'André, mon mari, et partager au maximum avec lui les instants du quotidien. »

Des instants d'autant plus précieux pour cette jeune épouse et maman d'un petit garçon qu'ils sont régulièrement entrecoupés de longues périodes d'absence, de trois à six mois, parfois plus, du fait des missions en opérations extérieures de son mari, officier de marine.

Après avoir servi sur le porte-hélicoptères Jeanne-d'Arc, André a enchaîné avec quatre missions en deux ans de mariage.

→ Rappelle Isabelle.

Des missions aussi dures à vivre pour elle, d'autant que ni la date de départ ni la date de retour ne sont jamais certaines. « En fait, je suis obligée d'organiser mon quotidien sans mon mari. C'est là le lot des femmes de militaires, que je partage avec bien d'autres par ici. Il faut vivre de telles périodes pour saisir ce que cela veut dire vraiment.»

Cette dimension de l'absence, Isabelle n'y était pourtant pas particulièrement préparée. « Contrairement à ma belle-famille, la vie avec un militaire ne fait pas partie de ma culture familiale. Et même dans mon métier d'avocate, s'il arrive de devoir patienter dans certaines affaires qui n'en finissent pas ou pour certains jugements à venir, cela n'a pas grand-chose à voir avec ce que je vis en couple. »

La jeune femme qui se définit comme une « personne indépendante parmi les autres », a plutôt choisi d'apprendre à utiliser le temps de l'attente intelligemment. « C'est pour moi une question de survie. »

La jeune femme est enceinte d'un deuxième enfant. « Pour le premier accouchement, j'étais seule. Je l'ai bien accepté. » Pour le second, qui doit arriver au mois de mai, le papa sera rentré de mission.

« Je savais depuis le début qu'il fallait que je me débrouille seule pour assumer le quotidien de la famille. Lorsque je suis venue m'installer ici, j'ai dû retrouver un nouvel emploi tout en cherchant seule un autre appartement. »

Un quotidien qu'Isabelle essaye de raconter à son mari lors des quelques contacts téléphoniques qu'elle peut avoir avec lui lorsqu'il est au loin. Mais les liaisons sont souvent mauvaises et peuvent être interrompues à n'importe quel instant.

Une maison bâtie sur le roc 
Pour Isabelle, si l'attente est longue dans ces moments-là, elle ne peut pas être désespérante.

« Les dix premiers jours sont les plus durs. Après, je reprends mon rythme et je comble mieux la période de l'absence. Ainsi, pour les deux premiers mois de sa mission actuelle, j'ai organisé mon planning pour être occupée chaque fin de semaine jusqu'à Noël. Et pour le reste, mon travail d'avocate me passionne suffisamment pour m'empêcher de trouver le temps long. » 

Un amour sincère est cependant possible pour leur couple, malgré la distance. Isabelle pense ainsi souvent à la parabole de la maison bâtie sur le roc.

Une parabole qui la soutient au quotidien : « Il s'agit bien de cela en effet, pour résister aux grosses rafales de vents qu'accompagnent les longs temps d'attente. »

La foi au Christ permet de déplacer des montagnes à l'intérieur de soi, manifeste-t-elle à l'envi par un sourire déterminé et confiant. Elle s'en souvient aussi chaque soir lorsqu'elle prie avec son fils pour son mari au loin.

Son choix de vie, Isabelle le referait s'il le fallait. Après le dernier départ en mission, il y a quelques semaines, Isabelle est allée découvrir le sanctuaire de Sainte-Anne-d'Auray. Elle a retrouvé le geste de sa grand-mère qu'elle accompagnait souvent à la messe dans son enfance : « Comme elle, j'ai allumé un cierge pour ceux que j'aime. »

Peu à peu, la tristesse a laissé place à la sérénité et à la confiance. Pour ce deuxième Noël qui arrive et qu'elle va vivre à nouveau sans son mari, un autre rituel permettra d'habiter l'attente.

« Le colis de Noël à préparer et à envoyer. Il contiendra quelques bonnes victuailles, des biscuits de Noël, des photos et des films de notre fils. Sans oublier les images de ma première échographie, que je passe demain. »

■ Par mesure de sécurité, les noms des personnes citées ont été changés.

Photo double page Isabelle femme de militaire

Retrouvez dans Pèlerin n°6731 du jeudi 1 décembre 2011, un article de trois pages "Isabelle, femme d'officier : Attendre, question de survie ". Notre journaliste Dominique Lang a rencontré Isabelle, femme de militaire originaire de Paris, qui a choisi de venir vivre en Bretagne pour partager au maximum avec lui les instants du quotidien.

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Paru le 12 juillet 2018

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