Conjoint de divorcé, quelle place dans l'Eglise ?

Ils étaient de « bons croyants ». En s’unissant à un divorcé, ils se sont mis dans l’irrégularité vis-à-vis de l’Église. Entre résignation et révolte, les conjoints de divorcés se cherchent désespérément une place dans la communauté chrétienne.

À propos de l'article

  • Créé le 19/11/2013
  • Publié par :Elodie Chermann
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6834, du 21 novembre 2013.

« Quand j’ai rencontré Maurice, fin 1971, j’étais sûre que c’était l’homme de ma vie, raconte Marie-Christine, 64 ans, ancienne secrétaire aux affaires maritimes à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Il était gentil, drôle, intelligent. L’homme idéal en somme. »

À un détail près. Maurice était divorcé et père d’un petit garçon de 4 ans. « Quand je l’ai présenté à mes parents, cela a créé un vrai scandale dans la famille, se souvient-elle. Pour eux, une jeune fille issue de la petite bourgeoisie catholique ne pouvait pas fréquenter un homme divorcé. Ils m’ont dit que l’Église me bannirait. J’avais l’impression de commettre un péché mortel. »

Nous nous trouvons aujourd’hui face à un vrai défi pastoral

Trente ans se sont écoulés, et la question des secondes noces continue à diviser les catholiques. À la demande du pape François, un synode extraordinaire consacré à la famille relancera le débat en octobre 2014.

« Nous nous trouvons aujourd’hui face à un vrai défi pastoral, commente Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre et président du conseil Famille et société de l’Église de France  : Nous devons réussir à satisfaire l’impératif de miséricorde sans déroger au principe d’indissolubilité du mariage. »

Vidéo. Trois questions au P. Alexandre Denis, animateur du groupe de divorcés-remariés « Rebondir, à Saint-François-Xavier », Paris, VIIe arrondissement. Source : lacroix.com

 

Dans le Catéchisme de lÉglise catholique, le mariage se veut en effet un engagement unique et définitif, à moins d’être reconnu comme nul par un tribunal ecclésiastique.

 Quiconque épouse un divorcé contrevient donc objectivement à la parole d’Évangile selon laquelle « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mc 10, 9).

 À ce titre, il doit renoncer aussi bien au baptême, en cas de conversion, qu’au sacrement de réconciliation ou à la communion.

« Recevoir l’eucharistie, c’est incarner publiquement la fidélité du Christ à son peuple, rappelle Mgr Brunin. Le divorce est un échec dans un parcours de vie, on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé. »

Cette discipline est cependant souvent vécue comme une double peine. « Lorsque mon mari est décédé en 1986, le monde s’est écroulé autour de moi, raconte Raphaëlle, une Rouennaise de 58 ans. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée seule avec mes trois enfants de 2, 4 et 6 ans. »

  

C’est très dur de croire en l’eucharistie et de ne pas y avoir accès

Tiraillée entre sidération et révolte, la jeune maman piétine sur le chemin de la reconstruction. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Jacques, un père divorcé qu’elle finit par épouser.

Avec lui, elle redécouvre les joies de la vie familiale et se heurte en même temps à la doctrine canonique : « Autrefois, je pataugeais dans la foi sans me poser de questions, reconnaît-elle. Il a fallu que je sois privée des sacrements pour en percevoir le sens profond. »

Désormais, chaque fois que l’assemblée des fidèles se lève pour se mettre en procession de communion, de grosses larmes jaillissent sous ses paupières.

« C’est très dur de croire en l’eucharistie et de ne pas y avoir accès, témoigne-t-elle. Mais je considère l’Église comme ma mère. Si elle me dit de ne pas communier, j’obéis. »

Dans une étude de l’Ined de juillet-août 2008, un homme sur six et une femme sur dix parmi les pratiquants déclaraient avoir connu une nouvelle union.

► Document. A télécharger en PDF : "La pratique religieuse influence-t-elle les comportements familiaux ?", article dans Population & Sociétés, édité par l'Ined. N° 447, juillet-août 2008. 4 pages.

Devant cette augmentation du nombre de divorces et de remariages, le Vatican a dû entrouvrir une porte.

Dans son exhortation apostolique Familiaris Consortio de 1981, Jean-Paul II tendait la main en indiquant que les chrétiens en situation matrimoniale irrégulière « rest[ai]ent membres de la communauté ».

« Loin d’être exclus du Peuple de Dieu, ils sont au contraire invités à prier, à méditer la Parole, à pratiquer les commandements… » insiste Mgr Jean-Charles Thomas, évêque émérite de Versailles (Yvelines).

Entre le dogme et le vécu, libre à chacun de tracer son propre chemin.

► Lire la suite dans Pèlerin, n° 6834, du 21 novembre 2013.

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Paru le 18 janvier 2018

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