Le jour où... Pierre le Grand embrassa le petit Louis XV

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Louis XV rend visite à Pierre le Grand à l'hôtel de Lesdiguières, le 10 mai 1717. Huile sur toile de Marie-Jeanne Hersent (1838). (Détail). L'artiste a situé la scène en intérieur alors que la rencontre eut lieu dans la cour. © Martine Beck Coppola-Musée du Louvre - Château de Versailles, Christophe Fouin
Le jour où... Pierre le Grand embrassa le petit Louis XV
Louis XV rend visite à Pierre le Grand à l'hôtel de Lesdiguières, le 10 mai 1717. Huile sur toile de Marie-Jeanne Hersent (1838). (Détail). L'artiste a situé la scène en intérieur alors que la rencontre eut lieu dans la cour. © Martine Beck Coppola-Musée du Louvre - Château de Versailles, Christophe Fouin

Le 10 mai 1717, Louis XV rend visite à Pierre le Grand à l'hôtel de Lesdiguières.

À propos de l'article

  • Publié par :Frédéric Niel
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7028-7029 du jeudi 10 août 2017

Paris, 10 mai 1717­­. Estomaqués, les membres de la Cour retiennent leur souffle. Au mépris du protocole, l’empereur de Russie, Pierre le Grand, vient de traverser la cour de l’hôtel particulier du Marais où il loge pendant sa visite à Paris, s’est approché du jeune Louis XV qui sortait de son carrosse, puis, sans façon, il l’a soulevé pour l’embrasser. Certes, il s’agit d’un enfant de 7 ans, mais on ne traite pas ainsi le roi de France !

Pourtant, le geste de Pierre est accompli avec tant de naturel et de bonhomie que l’enfant ne s’en effraie pas, et que l’assistance s’attendrit. Une fois dans l’hôtel, l’enfant roi et le géant de 2,03 mètres, aux manières si brusques d’habitude, devisent courtoisement un quart d’heure, avec l’aide d’un interprète. Puis les deux souverains se séparent. Louis XV retourne au palais des Tuileries. L’invité, lui, reste dans cette maison où il a installé son lit de camp, après avoir jugé trop somptueux les appartements du Louvre mis à sa disposition.

Cette embrassade restera dans les mémoires comme le moment clé d’un voyage véritablement historique.

Ils se reverront plusieurs fois avant que « sa majesté czarienne » (­1) reparte. Mais cette embrassade restera dans les mémoires comme le moment clé d’un voyage véritablement historique. C’est l’une des toutes premières visites officielles d’un chef d’État dans la capitale d’un autre. À l’époque, les rares rencontres avaient en général lieu aux frontières. Surtout, ce séjour de deux mois à Paris est une étape majeure dans l’ambitieux programme de modernisation de son pays que le tsar a lancé vingt ans plus tôt.

Né en ­1672, Pierre Ier présente une personnalité hors du commun, à la fois brutale et subtile. Ses tics nerveux, ses coups de folie,  son goût pour la bamboche et les festins bien arrosés cachent une grande culture et un authentique intérêt pour le monde extérieur.

Au sortir d’une enfance tourmentée par des tentatives de coups d’État sanglants, l’adolescent s’amusait à faire manœuvrer un régiment « pour de rire » en attendant de pouvoir partir vraiment à la guerre. Selon Voltaire, qui écrit en ­1748 des anecdotes sur le règne de Pierre le Grand, l’empereur, âgé de ­19 ans, a fait la connaissance d’un Genevois nommé Lefort, installé à Moscou. « Le citoyen suisse lui fit comprendre qu’il y avait une autre manière de vivre et de régner que celle qui était malheureusement établie de tout temps dans son vaste empire. Et sans ce Genevois, la Russie serait peut-être encore barbare. »


D’une curiosité insatiable, il apprend plusieurs métiers manuels. Sur les chantiers navals de Hollande, il devient le "charpentier Pierre" et se perfectionne dans la fabrication des navires

Il n’est donc pas étonnant que le jeune empereur décide d’accompagner lui-même la « Grande Ambassade » qu’il envoie, en 1697, parcourir les pays les plus avancés d’Europe pour y découvrir les techniques modernes. Afin d’être plus libre de ses mouvements, il exige alors que l’on cache sa véritable identité. « Je suis un étudiant et je cherche des maîtres », dit-il. D’une curiosité insatiable, il apprend plusieurs métiers manuels. Sur les chantiers navals de Hollande, il devient le « charpentier Pierre » et se perfectionne dans la fabrication des navires, une passion qui date de son enfance. Il observe des dissections de cadavres et s’enthousiasme pour la médecine. Pierre Ier se prend même pour un chirurgien-dentiste et arrache les quenottes de ses compagnons qui lui semblent gâtées. Nul n’ose protester lorsque l’empereur, ivre ou trop zélé, ôte aussi un bout de gencive...

L’infatigable voyageur se rend ensuite en Angleterre pour y apprendre la navigation, car il entend doter la Russie d’une véritable flotte de guerre. Bref, l’ambitieux souverain emprunte à chaque pays ce qu’il a de meilleur pour que sa nation s’élève à son niveau. S’il ne fait pas escale à Paris au cours de ce premier voyage, c’est que (…)

(...)


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Retrouvez le récit complet de cet extrait de notre série d'été "Le jour où..." dans le numéro 7028-7029 de Pèlerin du jeudi 10 août 2017.




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À voir

« Pierre le Grand, un tsar en France, ­1717»

Le Trianon de Versailles, visité par Pierre le Grand lors de son voyage, accueille ‑ œuvres et objets associés à ce voyage historique, dont ‑105 prêtés exceptionnellement par le musée

de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. La commissaire de l’exposition, Gwenola Firmin, conservatrice en charge des peintures du XVIII’e siècle au château de Versailles, a déniché un costume du tsar en laine et soie bleu, sobre et élégant, pratique pour le travail manuel ; sa canne règle graduée ; un plan de palais dessiné par le tsar, avec le crayon qu’il avait toujours à la main ; une coupe en noix de coco faite par lui-même... Sur ses portraits, peint par le Français Jean-Marc Nattier, dessiné ou sculpté, Pierre apparaît tour à tour terrible et bienveillant mais toujours impressionnant. Le 29 mai, cette exposition consacrée à un voyage diplomatique est elle-même devenue prétexte à une visite de chef d’État, quand Emmanuel Macron a invité Vladimir Poutine à l’inaugurer.

Si aucun résultat concret n’en est sorti dans l’immédiat - comme pour celle de Pierre le Grand -, la rencontre elle-même est symboliquement importante au moment où la Russie est sous embargo européen pour avoir envahi la Crimée. À Versailles, art, histoire et diplomatie font décidément bon ménage.

Jusqu’au 24 septembre. Le Grand Trianon est ouvert de 12 heures à 18h30, du mardi au dimanche. Entrée (avec le château et le parc) : 12€. Rens. : 0130837800.

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Paru le 16 novembre 2017

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