Le P. Roland de Vaux face aux manuscrits de la mer Morte

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Roland Guérin de Vaux (1903-1971), dominicain, a coordonné le travail sur les manuscrits découverts à Qumrân, près de la mer Morte. Il a également dirigé les fouilles du site. © SYSTEM
Le P. Roland de Vaux face aux manuscrits de la mer Morte
Roland Guérin de Vaux (1903-1971), dominicain, a coordonné le travail sur les manuscrits découverts à Qumrân, près de la mer Morte. Il a également dirigé les fouilles du site. © SYSTEM

Il y a 70 ans, au printemps 1947, on découvrait les Manuscrits de la Mer morte sur le site de Qumrân. Immédiatement, le P. Roland de Vaux, dominicain, commence les fouilles et comprend l'importance de ces textes juifs antiques du temps de Jésus.

À propos de l'article

  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7015 du jeudi 11 mai 2017

À l’été 1948, Gerald Lankester Harding, directeur britannique du département des antiquités de Jordanie, vient trouver à Jérusalem le P. Roland de Vaux. Ce religieux français, reconnaissable à son béret et sa barbe, dirige depuis la fin de la guerre la prestigieuse École biblique et archéologique française de Jérusalem, un couvent qui rassemble la fine fleur des chercheurs dominicains. « Il est un des fils spirituels du fondateur, le P. Marie-Joseph Lagrange », précise Estelle Villeneuve, auteure de Sous les pierres, la Bible (Éd. Bayard, avril 2017, 264 p. ; 26,90 €.) 

Harding a besoin du savant : depuis un an, des manuscrits juifs très anciens sont apparus chez des antiquaires de Bethléem. Or, les Bédouins qui les ont apportés acceptent enfin de montrer aux archéologues la grotte, près de la mer Morte, dans laquelle ils les ont trouvés. Elle est située en Cisjordanie, dans un vallon désertique – un wadi – nommé Qumrân. Le P. de Vaux est alors fort occupé à un projet d’envergure : une traduction de la Bible directement à partir de l’hébreu et du grec – et non plus d’une traduction latine –, que l’on appellera bientôt « la Bible de Jérusalem ». Car il enseigne aussi l’exégèse (l’analyse de la formation des textes bibliques) depuis son arrivée en Terre sainte, en 1934.

Ses étudiants l’apprécient pour son charisme et son humour. Le dominicain comprend immédiatement l’intérêt d’aller fouiller à Qumrân. Entre 1949 et 1956, son équipe va étudier onze grottes ayant servi de cachettes à un ensemble de textes antiques, protégés dans des jarres. Dans le même temps, au musée Rockefeller, à Jérusalem, le P. de Vaux installe une équipe de déchiffreurs qui tente de reconstituer le puzzle des dizaines de milliers de fragments de parchemins : des textes bibliques, plus vieux de mille ans que les plus anciens manuscrits alors connus, sont identifiés ! Inouï et bouleversant. D’autres textes sem­blent se référer à des règles très strictes de pureté qu’il faudrait observer pour être un juif vraiment respectueux de la Loi…


Aujourd’hui, on pense que Qumrân était plus probablement un lieu où les esséniens se réunissaient pour la pâque juive.

Roland de Vaux fait le rapprochement avec les récits des historiens antiques qui évoquent les esséniens, une communauté de juifs pieux du désert de Judée, très attentifs aux rituels de purification et qui rejetaient l’autorité des grands prêtres de Jérusalem. Les bâtiments découverts près des grottes formaient-ils une sorte de « monastère » juif, où les esséniens auraient pieusement recopié des manuscrits ? Tout semble concorder, et l’archéologue désigne bientôt « un réfectoire », « un scriptorium »… parmi les ruines.

« Cette interprétation était valable avec les éléments dont le P. de Vaux disposait à l’époque, explique Estelle Villeneuve. Aujourd’hui, on pense que Qumrân était plus probablement un lieu où les esséniens se réunissaient pour la pâque juive. » Roland de Vaux, décédé d’une crise cardiaque en 1971, n’a pas vu la fin de la publication des 900 manuscrits reconstitués, en 2001. Mais il avait déjà compris qu’ils allaient permettre de cerner l’univers religieux juif de l’époque de Jésus.


À lire 

Sous les pierres, la Bible (Éd. Bayard, avril 2017, 264 p. ; 26,90 €.) 

« Qumrân », dossier no 220 du Monde de la Bible, mars-avril- mai 2017 ; 15 €.

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Paru le 22 juin 2017

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