Prisons, lieux de misère

Jusqu’au 5 avril, la Maison européenne de la photographie, à Paris, présente le travail de Grégoire Korganow consacré aux prisons françaises. Premier photographe autorisé à travailler « en toute liberté » dans les établissements pénitentiaires grâce à son statut de contrôleur des lieux de privation de liberté, il témoigne, sans voyeurisme, de l’extrême dureté des conditions de détention.

En photographiant les prisons françaises, Grégoire Korganow voulait décrire plutôt que dénoncer.

Il s’est abstenu de photos spectaculaires, cherchant la juste distance avec les détenus.

Je voulais que le spectateur ait une image réelle de la prison, qu’il ressente ce qu’est la privation de liberté, punition ultime. 

Au fil des 100 photos présentées lors de l’exposition (250 dans le livre), le quotidien des prisonniers se déploie, dans les cellules, les cours, les parloirs, les couloirs.

Les clichés transmettent une atmosphère angoissante, comme une chape de malheur et de misère : fenêtres grillagées, filets antisuicides, serviettes étendues tant bien que mal pour sécher, denrées alimentaires empilées sur le coin d’une table, matelas rajouté dans une cellule, et une saleté qui s’invite partout.

L’auteur, parfois au prix de longues discussions, a obtenu l’accord des détenus pour les photographier. Les visages ne sont pas vraiment reconnaissables et les lieux, pour des questions de sécurité, ne sont pas identifiés.

Cela rejoint le désir de Grégoire Korganow de composer une œuvre documentaire et pérenne.

« Je veux, explique-t-il, que l’on puisse dire dans 30 ans : “ Voilà à quoi ressemblaient les prisons au début du XXIe siècle. ” Je ne fais pas d’angélisme. Je sais que, parmi les personnes incarcérées, il y a des meurtriers, des trafiquants. »

Toutefois, comme beaucoup de ceux qui pénètrent en détention, le photographe n’en est pas ressorti indemne.

« Aujourd’hui, je garde en moi une colère froide. La prison, c’est le miroir de l’ombre, de tout ce qui nous fait peur dans la société. Puissent ce livre et cette exposition permettre au public d’avoir de l’empathie pour ces détenus. Même s’ils ne sont pas des saints. »

Prison - livre

5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris.
Du mercredi au dimanche, de 11 heures à 19 h 45.
Rens. :  www.mep-fr.org 
Catalogue de l’exposition : Prisons 67065, Éd. Neus/ Les Belles Lettres, 432 p. ; 39,90 €.

 

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Paru le 19 avril 2018

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