Pierre Botton, fondateur de l’association Ensemble contre la récidive : "Changer la prison, c’est ma rédemption"

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Marqué par son expérience carcérale, Pierre Botton a créé l’association Ensemble contre la récidive et un centre de réinsertion par le travail. © William Beaucardet
Marqué par son expérience carcérale, Pierre Botton a créé l’association Ensemble contre la récidive et un centre de réinsertion par le travail.
Marqué par son expérience carcérale, Pierre Botton a créé l’association Ensemble contre la récidive et un centre de réinsertion par le travail. © William Beaucardet

Condamné il y a vingt ans pour abus de biens sociaux, Pierre Botton a passé six cent deux jours en détention et tenté de se suicider derrière les barreaux. Depuis, l’ex-homme d’affaires se bat pour rendre la prison plus humaine et empêcher la récidive. Avant qu’il n’intervienne, le 6 octobre 2015, à Lyon, aux Entretiens de Valpré, il s’est confié à Pèlerin.

Pèlerin. Vous décrivez la prison comme un enfer. Dans le même temps, vous affirmez que la justice vous a sauvé la vie. Pourquoi ?
Pierre Botton.Parce que je méritais d’aller en prison, vu les fautes que j’avais commises. Je vivais auparavant dans un monde irréel. L’argent était ma seule valeur. Le pouvoir mon unique ambition. Mes relations aux autres n’étaient dictées que par l’intérêt. Tout cela a explosé dans les égouts de la République, que sont les prisons.

Mais si la justice m’a ouvert les yeux, mon passage en ces lieux d’humiliation a laissé sur moi des marques indélébiles. À l’instant où je vous parle, j’entends encore distinctement un bruit : la serrure de ma cellule noire de 7 m2 à la prison Saint-Paul de Lyon, fermée par un gardien.

Je sortais de quarante-huit heures de garde à vue. Je n’avais pu me laver ni prévenir ma mère, mon épouse, mes enfants. Si vous saviez la haine terrible qui m’a envahi à ce moment-là ! Pas seulement à l’égard de ceux qui m’infligeaient ce traitement, mais aussi pour celui qui m’avait mené dans cette situation. C’est-à-dire moi. Je me haïssais !
 

Est-ce ce « choc carcéral » qui a enclenché votre action en faveur des « nouveaux arrivants » dans les prisons ?
P. B. Oui, vu la solitude et l’angoisse alors ressenties par les détenus. 60 % des suicides ont lieu lors du premier mois de prison ! Je me suis battu pour des choses très concrètes : le remplacement des bancs étroits, qui permettaient juste qu’on y pose une fesse, par d’autres, plus larges, où l’on peut s’allonger ; la pose d’écrans diffusant un petit film d’explication sur les étapes – greffe, fouille qui ne concerne plus, désormais, les parties intimes du corps – qui attendent le détenu ; la mise en place d’une cabine téléphonique pour appeler sa famille ; la distribution d’un « pack » comprenant deux serviettes, un tee-shirt, un survêtement, un parfum sans alcool pour sentir bon lors du premier parloir, une paire de tongs…

Vous pensez que cela peut empêcher les suicides ?
P. B. Je n’imagine pas qu’un père puisse mettre fin à ses jours après avoir parlé à ses enfants. Quant aux tongs, elles préviennent davantage que des mycoses. Que le pied s’infecte dans l’attente du médecin – qui dure longtemps – et il est impossible de mettre des chaussures, d’aller en promenade, de participer à des activités.

C’est la certitude de broyer du noir au fond de sa cellule… Toutes ces attentions, ça n’a l’air de rien pour ceux qui ne sont jamais allés en prison. Mais c’est tellement pour ceux qui y sont !

Votre autre combat, qui ne cesse de prendre de l’ampleur et inspire le nom de votre association, est la lutte contre la récidive… Oui, car il y a urgence : près de 60 % des détenus sont condamnés dans les cinq ans qui suivent leur libération. Or, quel est l’objectif de la prison ? Protéger la société et donc empêcher la récidive. C’est peu dire qu’à ce titre, le système carcéral français se révèle inefficace…

Au lieu d’être un rempart, c’est un tremplin pour recommencer. Les jeunes qui y pénètrent pour la première fois sont condamnés à replonger. Ils sont faibles, en manque de repères. Et notamment face aux prédicateurs qui partagent leur cellule et canalisent leur haine. La prison, le petit délinquant y retourne trop souvent comme grand délinquant ou termine djihadiste. À l’envers de cette destruction, il faut lui donner une seconde chance.

C’est quoi, cette seconde chance ?
P. B. Le point de départ de la réinsertion est d’avoir un métier. Le travail est le meilleur antidote au dégoût de soi, au sentiment d’inutilité. Il instille en l’individu les valeurs de l’effort, de la reconnaissance et du mérite. Voilà pourquoi nous avons créé un centre de réinsertion par le travail de condamnés dont la peine n’excède pas cinq ans (hors crimes sexuels ou crimes de sang), à Saint-Quentin-Fallavier, dans l’Isère.

En fin de peine, en semi-liberté ou sous bracelet électronique, une douzaine d’entre eux reçoivent une formation payée au smic, qui débouche sur un emploi en CDI. Certains, qui passent actuellement le permis poids lourds, sont déjà embauchés pour travailler sur le tunnel du Fréjus ! Sur place, ils bénéficient d’un suivi psychologique, font du sport, participent à des ateliers informatiques. Un centre identique va voir le jour en 2016 dans les Hauts-de-Seine.

Vidéo. Pourquoi « Ensemble contre la récidive ? »

 

Quels rapports les détenus y entretiennent-ils avec leurs gardiens et leurs formateurs ?
P. B. C’est l’inverse de la prison où les conditions de détention n’autorisent que des rapports de force. « Pourquoi je n’ai droit aux douches que trois fois par semaine ? », « Pourquoi je ne vais pas en promenade ? » hurlent les prisonniers à leurs surveillants, pas assez nombreux pour favoriser ces déplacements. Ça crie tout le temps. Alors qu’au centre de réinsertion il n’y a pas de gardiens mais des tuteurs, des formateurs, des éducateurs, les relations de travail sont basées sur l’écoute. Que l’on vous prête attention et, soudain, vous existez.

 Vidéo. Gros plan sur le centre de réinsertion par le travail.

 

Mais la prison doit rester une sanction !
P. B. Oui, une vraie sanction marquée par une peine : la privation de liberté. Mais celle-ci n’implique pas de vivre à l’isolement dans un univers sordide. Au contraire, dès la première minute où on y entre, la prison devrait être utile au détenu pour qu’il n’y remette jamais les pieds.

Et vous convertissez des gens à cette démarche ?
P. B. Et comment, je ne lâche jamais jusqu’à ce que l’on me dise oui ou non ! Depuis que j’ai entrepris toutes ces réalisations, je n’ai jamais perdu un mécène. Des personnalités (Hugo Lloris, Yannick Noah, Michel Drucker, Djamel Bouras) me suivent, ainsi que les plus grandes entreprises (Axa, Schneider Electric, Orange, Sodexo, Vinci, M6, EDF, Safran, etc.). Sans parler de patrons comme
MM. Bolloré, Aulas, Lagardère, Bouygues, Bébéar, etc. Ils soutiennent nos projets à la place d’un État incroyablement défaillant.

Pourquoi cet immobilisme ?
P. B. Par la force d’inertie de la puissante administration pénitentiaire, cette « petite muette » qui ne mise que sur la peine et la répression. Les conditions de détention et la réinsertion ne sont pas ses priorités.

Et puis, il y a le calcul cynique des hommes politiques au pouvoir. Pour eux, l’action en faveur des prisons n’est pas payante électoralement. Leur volonté fait défaut. Regardez Mme Taubira ! Elle a cru bon de résister à 2,5 millions de manifestants contre le mariage pour tous, cmais n’a pas levé le petit doigt pour que les détenus aient droit à une douche par jour dans les prisons françaises.

Les Français eux-mêmes sont peu mobilisés sur cette question…
P. B. Oui, car beaucoup pensent que la prison, cela n’arrive qu’aux autres. Mais les choses évoluent. Avec la répression de plus en plus sévère de la drogue et de l’alcool, au volant notamment, qui peut penser que ses enfants et ses proches sont forcément à l’abri d’une mise en détention ? Et ça bouge aussi du côté de l’administration pénitentiaire ! Au mois de juin dernier, pour la première fois depuis la création de l’École nationale pénitentiaire, ses élèves ont reçu en conférence un ancien détenu, moi en l’occurrence. C’est une révolution.

Finalement, pour entraîner tous ces soutiens, vous utilisez les armes qui vous ont porté préjudice : votre entregent, votre carnet d’adresses…
P. B. Mais je n’ai plus aucun carnet d’adresses ! Presque tous mes « amis » d’avant m’ont tourné le dos. Ceux qui me soutiennent maintenant sont sensibles à la pertinence de mon combat et à ma ténacité qui bouscule les codes mais obtient des résultats.

Je cherchais une cause plus difficile à défendre que la vôtre, je ne l’ai pas trouvée 

→ m’a dit un grand patron que je sollicitais…

Peut-être ces gens sont-ils aussi sensibles au fait que, à la différence d’autres personnes connues ayant vécu votre expérience, vous n’avez pas cherché à rayer ce passé et à oublier vos codétenus ?
P. B. C’est vrai que je revendique mon malheur ! Et pour cause : je n’en finis pas d’expier mes fautes. J’ai reçu une bonne éducation, possédé un argent fou, fondé une famille. Et j’ai tout brûlé ! Aujourd’hui, je cours après 30 000 € de subvention pour mon association, alors que je gagnais jadis cette somme en une demi-journée. Je n’aurais même pas fait le chèque de soutien pour une telle cause : je me serais acheté une Lamborghini. Non, je n’expierai jamais assez, surtout vis-à-vis de mes enfants.

Prochainement, vous emmenez le cardinal Barbarin voir vos réalisations dans les prisons, puis vous participez aux Entretiens de Valpré. Cherchez-vous la caution des catholiques ?
P. B. Non, je désire seulement dialoguer avec ceux qui accompagnent la souffrance en prison depuis bien plus longtemps que moi. Il y a chez eux un vrai terreau de fraternité. J’adorerais croire. Je me pose plein de questions sur la foi. Et aujourd’hui, le pape François, qui délivre un message d’amour en lavant les pieds d’un détenu, m’apporte une première réponse.



Pierre Botton aux Entretiens de Valpré
« De l’échec au rebond, pour un sursaut collectif. » C’est peu dire si le thème des Entretiens de Valpré, qui ont lieu le mardi 6 octobre à Lyon, correspond au parcours de Pierre Botton, qui s’y exprimera. Organisé depuis quatorze ans par la congrégation des Assomptionnistes, ce rendez-vous constitue un espace salutaire de réflexion sur des thématiques très ciblées qui interrogent notre société. Chefs d’entreprise, religieux, hommes engagés y discutent librement. Autres invités cette année : Xavier Lemoine, maire de Montfermeil (93), Élisabeth Tiberghien, fondatrice de l’association La deuxième chance, le cardinal Philippe Barbarin. 

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

prison

penelope 01/10/2015 à 11:03

ce monsieur à souffert d'avoir été emprisonné,a souffert de l'enfermement,mais ne semble pas se rendre compte que s'il n'avait commis de malversation,il ne l'aurait pas connu,la prison est une punition pour une faute commise,elle ne peut pas être un ... lire la suite

Paru le 12 juillet 2018

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