La société civile au secours de la politique

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Les candidats de la République en marche aux législatives étaient en formation au quai Branly, à Paris. 52% d'entre eux n'ont jamais exercé un mandat politique. © Gilles Bassignac/Divergence
La société civile au secours de la politique
Les candidats de la République en marche aux législatives étaient en formation au quai Branly, à Paris. 52% d'entre eux n'ont jamais exercé un mandat politique. © Gilles Bassignac/Divergence

Pour les législatives, des mouvements politiques comme ceux d’Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon font une large place aux candidats issus de la société civile. Coup de jeune ou coup de pub ?

À propos de l'article

  • Publié par :Alice Le Dréau
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7016 du jeudi 18 mai 2017

Un attroupement sur le trottoir, des cartables à la main, du stress et des sourires… Ce samedi 13 mai, le musée parisien du quai Branly-Jacques-Chirac ressemble à une école un jour de rentrée. Dans le rôle des élèves, 428 candidats aux élections législatives (1) investis par le mouvement La République en marche sont convoqués pour un séminaire.

Dans l’amphithéâtre, Cédric Villani, mathématicien et lauréat de la prestigieuse médaille Fields, Mireille Robert, institutrice, Marion Buchet, pilote de chasse ayant servi en Syrie. Leur point commun ? Être issus de la société civile et n’avoir jamais exercé de mandat politique. 52 % des candidats de La République en marche sont dans ce cas.

Même si certains « petits nouveaux » sont pourtant loin d’être des néophytes en politique, à l’image de Benjamin Griveaux, porte-parole d’Emmanuel Macron ou d’Aurore Bergé, ex-collaboratrice d’Alain Juppé. C’était une promesse du désormais plus jeune président de la Ve République mais aussi un point central du programme de Jean-Luc Mélenchon, durant la campagne présidentielle : injecter au gouvernement et à l’Assemblée nationale du sang neuf à un monde politique sclérosé. « Les électeurs n’en peuvent plus de ces hommes et femmes qui ont fait de la politique un métier », note Corinne Lepage, avocate, ancienne ministre et député européenne, auteure du livre Tous président ! (2).

Elle l’a constaté, de l’intérieur : « À force de fonctionner en professionnels de la politique, on se déconnecte de la réalité et on n’agit plus. Ou mal. » Le sociologue Albert Ogien, spécialiste des nouvelles formes de démocratie, complète : « Les électeurs ne se sentent plus représentés, parce que l’Assemblée nationale ne leur ressemble pas. » De fait, parmi les parlementaires, il y a des avocats, quelques agriculteurs, beaucoup de cadres supérieurs, mais peu d’ouvriers, alors que ces derniers sont encore plus de six millions en France. Même couac du côté de la parité : seules 27 % des députés sont des femmes, quand celles-ci comptent pour 48 % au sein de la société française. Et cela ne va pas mieux si l’on examine l’âge moyen de nos parlementaires : 60 ans, contre 42 ans pour l’ensemble des Français.

Le même quotidien difficile

Qu’apporte la société civile ? Des Français mieux représentés. Et puis, de « l’expérience », explique Pierre Polier, 40 ans, candidat aux législatives en Indre-et-Loire pour 577-Les indépendants de la droite et du centre, le mouvement lancé par le député-maire (divers droite) de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin. « En tant que chef d’entreprise, je connais la réalité du monde du travail, ses atouts, ce qu’il faudrait améliorer », note Pierre Polier. « Je suis issue de la ruralité, travaille auprès de personnes handicapées et d’associations, précise, à Agen, Céline Boussié, candidate pour La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Je partage le même quotidien difficile que des millions de Français. Là est ma légitimité. » Mais une institutrice ou un entrepreneur peuvent-ils s’improviser député ? « Il faut des compétences, quand même… » s’interroge, perplexe, Marie, une touriste de passage devant le quai Branly. « La politique est un métier qui exige d’aborder des sujets parfois très techniques.

Mais franchement, personne, pas même un énarque, ne possède un savoir omniscient », reconnaît Corinne Lepage. « Aucun candidat ne se lance en politique à la légère », précise, « pas du tout inquiète », Céline Boussié, l’insoumise. Je maîtriserai mes dossiers à force de travail. Le ­mouvement a d’ores et déjà mis en place des ateliers thématiques, pour accompagner les candidats, dont 63 % sont issus de cette fameuse société civile. Je ne serai pas seule », précise- t-elle, rejointe par Pierre Polier qui, lui aussi, croit à la vertu du collaboratif pour s’aguerrir. « Il y a toujours eu des parlementaires et des ministres issus de la société civile », rappelle Albert Ogien. René Monory débuta comme garagiste, Pierre Bérégovoy avait un CAP d’ajusteur, Claudie Haigneré était rhumatologue et astronaute, David Douillet champion de judo.

« Chacun jugera de leur réussite ou pas, remarque Albert Ogien. Reste que cette société civile apparaît depuis quelques années comme un contre-pouvoir nécessaire. » « Le temps où les électeurs réclamaient du sang neuf mais votaient toujours pour les mêmes apparatchiks par sécurité me semble révolu », espère Corinne Lepage. De là à y trouver la recette miracle pour réconcilier les Français et leurs gouvernants… Encore faudra-t-il veiller à ne pas créer une nouvelle forme d’élite – les mécanismes de participation citoyenne attirent souvent un public éduqué et aisé. Le renouvellement, c’est maintenant ?

(1) À l’heure où nous bouclions cet article pour le numéro 7016 de Pèlerin, paru le 18 mai, l’ensemble des candidats – ils sont désormais 526 – n’avait pas encore été présenté, pas plus que le gouvernement d’Emmanuel Macron.

(2) Éd. Les liens qui libèrent, 224 p. ; 16 €.

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Paru le 23 novembre 2017

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