La prison fait sa révolution

agrandir Au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, construit il y a moins de dix ans, Philippe a la charge du potager de la prison dans le cadre du module Respect. Ce détenu applique avec fierté ses techniques familiales : marc de café dans les plantes, pièges antimoucherons…
Au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, construit il y a moins de dix ans, Philippe a la charge du potager de la prison dans le cadre du module Respect. © Ulrich Lebeuf
Au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, construit il y a moins de dix ans, Philippe a la charge du potager de la prison dans le cadre du module Respect. Ce détenu applique avec fierté ses techniques familiales : marc de café dans les plantes, pièges antimoucherons…
Au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, construit il y a moins de dix ans, Philippe a la charge du potager de la prison dans le cadre du module Respect. © Ulrich Lebeuf

Décrépites, surpeuplées, ne prévenant pas assez la récidive… Les prisons françaises sont décriées. Le centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan (Landes) teste le programme « Respect ». Les prémices d’une révolution carcérale ?

À propos de l'article

  • Publié par :Pierre Wolf-Mandroux
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7030 du 24 août 2017

Une délicate fragrance de menthe s’élève du petit potager aménagé et géré par les détenus de la maison d’arrêt de la prison de Mont-de-Marsan. Outre des herbes aromatiques, les prisonniers y font pousser, entre deux grillages, fraises ou radis, avec l’aide du Secours catholique qui a fourni des plants. Ils ont même décidé d’installer un compost pour améliorer le rendement.

Nous sommes loin, ici, des pestilences d’ordures ou de rats que l’on fleure dans tant de prisons françaises, comme l’attestent les rapports longs comme le bras d’Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. Dans la cour attenante au potager, on tombe sur un cours de boxe animé par un détenu, ancien instructeur de ce sport, sous le regard d’un surveillant. Un peu plus loin, d’autres prisonniers fument une cigarette, torses nus pour défier la chaleur de l’été. Certains se promènent avec la clé de leur cellule autour du cou. D’autres jouent aux cartes dans la salle informatique, préparent le repas ou transpirent dans la salle de sport.

Si ces détenus bénéficient d’une telle latitude, c’est parce qu’ils ont la chance d’être les cobayes d’une expérience pionnière à Mont-de-Marsan : le programme Respect.

Celui-ci est né en Espagne en 2001. L’idée était de laisser aux captifs la clé de leur cellule pour qu’ils puissent circuler dans l’établissement à leur guise une grande partie de la journée. Lorsque l’administration pénitentiaire française a eu vent de l’expérience et de son succès, elle a proposé de l’introduire dans une de ses prisons. Le directeur de celle de Mont-de-Marsan s’est porté volontaire et l’a mise en place en janvier 2015 dans un bâtiment du centre de détention et de la maison d’arrêt. 260 prisonniers en bénéficient, soit 40 % des effectifs du centre pénitentiaire.

Des règles à respecter et plus d’activités

Les détenus ont des règles strictes à respecter. Ils doivent se lever à 7 heures. Faire leur lit. Nettoyer leur cellule. Se doucher quotidiennement. Ne pas être torse nu à l’intérieur des murs. Ou encore contrôler le volume de leur téléviseur. À chaque manquement, un « moins » est apposé à côté du nom du détenu. Arrivé à cinq, c’est le retour à la détention classique. Certaines grosses infractions sont éliminatoires, tels qu’une échauffourée avec un détenu ou un portable saisi dans la cellule.

Les captifs doivent aussi pratiquer un minimum de 25 heures d’activités par semaine : théâtre, cours d’histoire du Moyen-Orient, brevet de secourisme, formation professionnelle… Ils ont même le droit d’animer eux-mêmes des ateliers en fonction de leurs facultés. Une personne sourde et muette a ainsi monté un cours de langage des signes. Une autre enseigne le yoga. Certains prisonniers avouent se plier à l’exercice pour obtenir des remises de peine. Mais les autres sont surtout heureux d’apporter quelque chose aux autres et de s’occuper.

On ne retrouve ici presque nulle trace de cette oisiveté qui dévore bien des détenus en régime classique, passant parfois toute la journée devant leur téléviseur.


C’est une minirévolution et une bouffée d’oxygène

« C’est une minirévolution et une bouffée d’oxygène » résume le directeur adjoint du centre pénitentiaire, Laurent Cachau, « avec “au” à la fin », précise-t-il, sourire en coin.

« Le matin, je prends le temps de petit-déjeuner, je fais une petite promenade dehors, je me grille une cigarette, apprécie Guillaume, un détenu. Puis je m’occupe de la bibliothèque. C’est un renouveau extraordinaire. Avant,
on devenait sauvage. »

« Quand on enferme un lion en cage, il ne faut pas s’étonner qu’il en veuille à la terre entière », approuve Hicham. Il est bien placé pour en parler. Ce condamné pour trafic de drogue a connu la redoutable maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), l’une des plus surpeuplées – jusqu’à 200 % –, avec ses murs suintant de crasse et ses rats grouillant en masse au pied des bâtiments.

« On m’a donné envie de faire des choses. Je prends des cours de français, de maths… Je n’ai plus l’esprit de vengeance en moi. »

« Je restais enfermé 22 heures sur 24. On fumait parfois un pétard pour ne pas craquer. Ici, avec le module Respect, on m’a donné envie de faire des choses. Je prends des cours de français, de maths… Je n’ai plus l’esprit de vengeance en moi. »

Le programme Respect visait avant tout à diminuer la violence et ... Lire la suite dans Pèlerin n°7030 du 24 août 2017.

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Paru le 23 novembre 2017

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