Espérance : la foi en une promesse

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© Hélène Builly
Espérance : la foi en une promesse
© Hélène Builly

Comment s’ouvrir à l’espérance ? Que change t-elle à notre vie ? Quel est le secret de cet élan qui, il y a plus de deux mille ans, fit accourir mages et bergers aux pieds d’un nouveau-né ?

Espérer est le propre de l’homme. Dans cette expérience à la fois intime et collective, le croyant découvre la présence d’un Dieu d’amour.

Jean-Michel Dunand a affronté la désespérance. Cet homme de 50 ans, fondateur de la Communion Béthanie, une fraternité œcuménique au service des personnes homosexuelles (1), a sombré dans une profonde crise intérieure en découvrant son « homosensibilité ».

« Humilié par le regard de mes camarades de collège, j’ai tenté de me protéger en arborant le costume d’un “petit chrétien modèle”. En réalité, j’ai plongé une part de moi-même dans l’ombre. »

Devenu postulant chez les carmes, il vit écartelé entre le jour, où il est un homme pieux, et la nuit, où il répond sans joie à ses pulsions. Il ne voit pas d’issue, pense au suicide.

« Mon désir de vivre n’aurait pas survécu sans le regard que des religieux ont posé sur moi. » Auprès d’eux, il se confie, commence un chemin de vérité. « Ils ne m’ont pas réduit à ce que je vivais.»

Ils ont regardé en moi l’enfant de Dieu que j’essayais d’être.

             

Espérer en l’autre

Pour Jean-Michel, comme pour beaucoup d’autres, tout commence ainsi par un regard. « Il est des regards homicides. Le Christ, à l’inverse, nous enseigne un regard qui espère en l’autre : pour tout homme, quel que soit le mal qui l’habite, il croit en un avenir possible », explique Michel Hubaut, frère franciscain, auteur de Ne désespère jamais (2).

« L’espérance naît d’une expérience : tel ami nous a fait signe, tel parent nous a témoigné combien il tenait à nous, poursuit le jésuite Étienne Grieu, qui enseigne au Centre Sèvres, à Paris. En renouvelant notre désir de vivre, ces personnes font résonner en nous un autre appel – celui de Dieu. Découvrir que notre vie procède de cet appel, voilà ce qui nous ouvre un chemin d’espérance. »

Promesse

Cette découverte intime est un écho de l’expérience biblique. « L’espérance trouve sa source dans l’histoire du peuple d’Israël, lorsque Abraham entend l’appel de Dieu, indique Michel Hubaut. Avec cette promesse, l’histoire prend sens : l’homme va vers un avenir. »

Promesse d’une « terre », d’une Alliance qui donnera à l’homme la croissance et la vie. Au long de son histoire, Israël découvre peu à peu l’objet de cette promesse, dont l’expression devient de plus en plus universelle et spirituelle.

Pour les chrétiens, elle culmine avec l’incarnation du Christ, qui annonce la venue du royaume de Dieu. « La foi en l’incarnation est le motif premier de l’espérance des chrétiens, reprend Michel Hubaut. “Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire”, écrit l’évangéliste Jean (Jn 1, 14). Au matin de Pâques, ayant vaincu la mort, le Christ se manifeste comme le premier-né d’un univers transfiguré. À sa suite, nous sommes tous en voie d’achèvement. »

Prendre au sérieux le temps présent

Les chrétiens espèrent donc en une promesse de salut, à la fois individuelle et collective.

► Sur ce sujet lire aussi notre article « Un Dieu, trois alliances »

 Mais nous ne sommes nullement condamnés à attendre la réalisation de cette promesse dans un avenir incertain. Certes, cette dernière ne sera pleinement réalisée qu’à « la fin des temps ».

Elle se manifeste cependant « à chaque fois que nous vivons entre nous des liens de communion, d’amour véritable », selon Étienne Grieu.

Jésus enjoint de prendre au sérieux le temps présent,

→ renchérit Michel Hubaut. « L’espérance chrétienne serait une théorie fumeuse si elle ne poussait pas à transformer le monde. »

Dieu, qui a confié la Création à sa créature, espère en elle et affermit sa volonté d’agir. « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix/Là où est la haine, que je mette l’amour/Là où est l’offense, que je mette le pardon », priait saint François d’Assise.

Aux côtés de la foi et de la charité, les deux autres vertus « théologales » (qui nous donnent accès à Dieu, NDLR), l’espérance apparaît ainsi première :

« La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle, écrivait Charles Péguy (3). Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance s’avance. C’est elle, cette petite, qui entraîne tout. Car la foi ne voit que ce qui est. Et elle, elle voit ce qui sera. La charité n’aime que ce qui est. Et elle, elle aime ce qui sera. »

L’accueil au quotidien

Pour Françoise, 64 ans, cette espérance en actes se « tricote dans le quotidien ».
« Je crois aux petits pas. Dans un tricot, si vous perdez une maille, c’est fichu ! » Un sourire, un café partagé sur le zinc. Un geste d’accueil qui vous remplit. Comme le mois dernier, après son agression dans le bus.

« Un homme était assis en face de moi. Il m’a arraché ma croix, m’a traitée de “sale chrétienne”. En rentrant, j’ai croisé Ahmed, mon voisin, à qui j’ai confié ma peine. Il m’a invitée à passer l’après-midi chez lui avec ses enfants. Pour moi, c’est dans ces signes discrets que grandit l’espérance. » [...]



(1) Communionbethanie.blogspirit.com

(2) Michel Hubaut, Ne désespère jamais, DDB, 208 p. ; 17 €.

              

 Retrouvez cet article en intégralité dans notre dossier sur la force de l'espérance du Pèlerin n'°6942-6943

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Paru le 18 janvier 2018

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