Barbara Hendricks : “L’amour du prochain est le seul antidote à la peur de l’autre”

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Barbara Hendricks soutient la cause des réfugiés avec le Haut-Comissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) dont elle est l'ambassadrice. © Denise Grünstein
Barbara Hendricks soutient la cause des réfugiés avec le Haut-Comissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) dont elle est l'ambassadrice.
Barbara Hendricks soutient la cause des réfugiés avec le Haut-Comissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) dont elle est l'ambassadrice. © Denise Grünstein

Par son parcours, sa carrière et ses engagements, Barbara Hendricks incarne la générosité. Dans un français impeccable, teinté d’un savoureux accent américain, la célèbre soprano évoque la petite flamme qui brille en elle.

Votre dernier album revisite les classiques du blues. Est-ce une manière de retrouver vos racines ?

→ " Depuis 1994, le jazz faisait partie de mon répertoire. À l’époque, pour réussir mon immersion dans ce genre musical, j’ai entamé des recherches et j’ai découvert qu’il venait du blues dont j’ai compris la profondeur et la richesse au fil des années. J’ai eu envie de le chanter pour lui rendre justice.

Votre père, pasteur, considérait le blues comme la « musique du diable ». N’avez-vous pas eu l’impression de le trahir ?

→ Le blues a longtemps souffert d’une mauvaise réputation. Il était diabolisé à cause des paroles paillardes qu’il véhicule. Il était naturel que mon père le condamne alors que dans les Églises « noires » aux États-Unis, on chante le gospel depuis toujours.

En fait, le blues est né avec les chants des esclaves des plantations de coton au XIXe siècle. Il a joué un rôle important dans la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Grivoises au premier abord, les paroles cachent en réalité des messages politiques dénonçant les injustices.

Elles étaient d’ailleurs chantées lors des meetings de Martin Luther King.

Ces dernières années, les violences policières contre la communauté afro-américaine augmentent. Craignez-vous un retour en arrière ?

→ Beaucoup de choses se sont améliorées en soixante ans. L’élection de Barack Obama en témoigne. Mais les bavures raciales de ces derniers mois montrent qu’en matière de droits, rien n’est jamais acquis.

Si on n’est pas vigilant, les droits civiques des Noirs, conquis de haute lutte il y a plus d’un demi-siècle aux États-Unis, seront à nouveau menacés.

J’ai le sentiment que chaque génération doit se battre pour conserver ou acquérir ses libertés.

En Europe, l’afflux de migrants a connu son paroxysme cette année. En tant qu’ambassadrice de bonne volonté  du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), pensez-vous qu’on puisse résorber cette crise ?

→ Si j’avais la solution, j’aurais été nommée conseillère de Barack Obama (rires). Plus sérieusement, le premier pas est de faire cesser les guerres.

Depuis 1987, je suis ambassadrice du HCR. J’ai visité de nombreuses zones confrontées à des crises migratoires majeures. Le phénomène est nouveau pour l’Union européenne, car en très peu de temps elle doit accueillir un flux de personnes fuyant la guerre en Libye, en Érythrée et en Syrie, etc.

Mais, selon moi, elle aurait dû anticiper ces mouvements de populations au vu des conflits armés qui naissaient çà et là. Il était évident que la capacité d’accueil des pays comme le Liban, la Turquie ou la Jordanie allait être limitée.

L’Europe et le reste du monde doivent maintenant trouver le moyen de gérer le problème avec justice et solidarité.

Comprenez-vous que les images de foules aux frontières de l’Europe inquiètent les citoyens de l’UE ?

→ Avoir peur ne doit pas nous empêcher d’y faire face. En essayant dans un premier temps, par exemple, de se mettre à la place de ces migrants.

Si on venait vous dire : « Vous avez cinq minutes pour partir avec vos enfants vers un lieu inconnu », quel accueil souhaiteriez-vous y recevoir ?

Pensez-vous qu’un parent puisse monter sur une barque de fortune avec son enfant s’il n’est pas convaincu que cette embarcation est plus sûre que l’endroit qu’ils quittent ?

Lorsque je visite des camps de réfugiés où je vois des jeunes en grande détresse, je ne peux m’empêcher de m’imaginer mes propres enfants dans cette situation. On craint les réfugiés parce qu’on ne les connaît pas.

Pour moi, le seul antidote à la peur de l’autre, c’est l’amour du prochain. Quand il y a la lumière, l’obscurité ne peut pas exister. [...]

► Retrouvez cet entretien en intégralité dans Pèlerin n°6942-6943 disponible en kiosque.

6942 ESPERANCE ouverture

► Cet article appartient à notre ensemble de 44 pages sur la force de l’espérance publié dans notre numéro de Noël.


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Paru le 4 janvier 2018

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